Une réforme de l’OMC est nécessaire pour s’attaquer aux « causes profondes » des distorsions de concurrence
Selon Denis Redonnet, de la Direction générale pour le Commerce de la Commission européenne, des mesures sont nécessaires pour protéger l'économie de l'UE, tant que les distorsions économiques actuelles ne sont pas corrigées par une révision des règles de l’OMC.
Selon Denis Redonnet, directeur adjoint de la Direction générale pour le Commerce de la Commission européenne, des mesures sont nécessaires pour protéger l’économie de l’Union européenne (UE), tant que les distorsions économiques actuelles ne sont pas corrigées par une révision des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Dans une adresse aux eurodéputés à Bruxelles, Denis Redonnet a expliqué que seule une amélioration du cadre de l’OMC pourrait, à terme, dissiper les frictions commerciales au niveau mondial.
« Les instruments de défense commerciale sont actuellement les mesures les plus efficaces pour lutter contre ces [distorsions], en l’absence de règles ou de mécanismes pour s’attaquer à leurs causes profondes au niveau mondial », affirme-t-il.
« Il faut développer et améliorer les règles mondiales, en évoquant les subventions gouvernementales dans le cadre de l’OMC », estime-t-il. Dans le cas contraire, il est nécessaire de traiter ces problèmes « à la frontière », si cela s’avère nécessaire.
D’ici la fin du mois d’octobre, l’exécutif de l’UE doit décider si elle applique des droits de douane de 35,3% sur les véhicules électriques produits par la Chine.
Selon Denis Redonnet, les tensions géopolitiques croissantes sur la scène mondiale rendent très improbable la résolution à court terme de ces problèmes commerciaux. « Les conditions pour parvenir à de nouvelles règles mondiales [ne sont] pour l’instant pas réunies », souligne-t-il.
Le mois dernier, la Commission a publié un rapport qui indique que l’UE avait, à la fin de l’année 2023, mis en œuvre 53 instruments de défense commerciale supplémentaires par rapport à 2018, soit une augmentation de 40 %. Les mesures antidumping visant les importations chinoises représentent la « majeure partie » d’entre eux.
Le rapport souligne que l’augmentation des mesures protectionnistes de l’Union s’est faite en parallèle de celle des autres pays, ce qui pose « une difficulté pour les exportateurs de l’UE ».
Les États-Unis ont actuellement mis en place 38 mesures protectionnistes contre des exportations de l’UE, tandis que la Chine et la Turquie en ont imposé 18 chacune.
Rien que cette année, Pékin a imposé des droits de douane sur les importations de cognac européen et lancé des enquêtes antisubventions sur les produits laitiers et porcins de l’UE, en réponse à l’enquête sur les véhicules électriques chinois de la Commission, qui avait été annoncée par la présidente Ursula von der Leyen en septembre de l’année dernière.
Pékin a également menacé à plusieurs reprises d’introduire des droits de douane sur les véhicules européens à moteur à combustion, ce qui pourrait avoir un impact considérable sur l’Allemagne, première économie européenne, dont l’industrie automobile est fortement dépendante de la Chine.
Ces tensions commerciales s’inscrivent dans un contexte géopolitique de frictions entre Bruxelles et Pékin au sujet des liens entretenus par la Chine avec la Russie, ainsi que du statut de Taïwan.
[Édité par Anna Martino et Laurent Geslin]