Une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE déplacée de Budapest à Bruxelles sur fond de tensions

En réponse à la visite du Premier ministre hongrois Viktor Orbán en Russie début juillet, une réunion des ministres des Affaires étrangères qui se tient à la fin du mois d’août aura lieu à Bruxelles et non à Budapest, a annoncé le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.

Euractiv.com
6b4abaf7-158a-4676-af04-c1f8bbf1e3e3
« Nous devons envoyer un signal, même s’il s’agit d’un signal symbolique pour signifier que se positionner contre le politique étrangère de l'Union européenne [...] a des conséquences », a indiqué Josep Borrell, Haut représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité. [Consilium/Union européenne]

En réponse à la « mission de paix » controversée du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, une initiative diplomatique unilatérale visant à mettre fin à la guerre en Ukraine, une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères et de la Défense de l’UE qui se tient à la fin du mois d’août aura lieu à Bruxelles et non à Budapest, a annoncé Josep Borrell, Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, lundi (22 juillet).

« Nous devons envoyer un signal, même s’il s’agit d’un signal symbolique pour signifier que se positionner contre le politique étrangère de l’Union européenne […] a des conséquences », a indiqué M. Borrell aux journalistes après une réunion des ministres des Affaires étrangères qui s’est tenue ce lundi à Bruxelles, annonçant le changement de lieu de la réunion du 28 au 30 août.

« Mais je refuse le terme de boycott, la réunion aura bien lieu avec la participation de tous les États membres [dont la Hongrie] », a-t-il précisé.

Début juillet, Viktor Orbán a débuté ce qu’il qualifie de « mission de paix » pour l’Ukraine en rencontrant le président ukrainien Volodymyr Zelensky à Kiev. Quelques jours plus tard, il a rendu visite à Vladimir Poutine en Russie, sucitant l’ire des autres États membres de l’UE.

Dans le cadre de cette mission diplomatique, qui coïncidait avec le début de la présidence hongroise du Conseil des ministres de l’UE, il a également rencontré Xi Jinping en Chine et Donald Trump en Floride.

La Hongrie assure la présidence tournante du Conseil jusqu’au 31 décembre, mais Budapest n’a jamais explicitement précisé si ces missions étaient conduites dans le cadre nationale ou de la présidence du Conseil de l’UE.

La décision annoncée par Josep Borrell lundi fait suite à la décision de plusieurs États membres de l’UE de réduire leur participation aux réunions informelles prévues à Budapest pendant la présidence hongroise.

La semaine dernière, la Commission européenne a également demandé à ses commissaires de ne pas participer aux réunions ministérielles informelles pendant les six mois de la présidence hongroise en signe de protestation contre les efforts diplomatiques personnels de M. Orbán.

La même semaine, le Parlement européen a aussi adopté une résolution approuvée à une très large majorité dans laquelle il condamne la visite du Premier ministre hongrois à Moscou, jugeant qu’elles constituait une « flagrante violation des traités de l’UE et de la politique étrangère commune ».

Selon plusieurs diplomates européens, 13 États membres souhaitaient que la réunion des ministres des Affaires étrangères et de la défense des 28 au 30 août ait lieu à Budapest, cinq ont déclaré qu’ils n’y participeraient pas et huit ont laissé à M. Borrell le soin de décider.

Certains avaient même émis l’idée que le chef de la diplomatie européenne puisse déplacer symboliquement la réunion à Kiev. Les partisans de cette idée sont toutefois restés minoritaires.

Mais étant donné que 25 pays de l’UE — à l’exception de la Slovaquie et de la Hongrie elle-même — ont soutenu la condamnation de l’initiative d’Orbán, M. Borrell a décidé d’aller de l’avant avec cette décision, a-t-il déclaré.

« Nous soutenons sans réserve la Hongrie et son initiative en faveur de la paix {en Ukraine] », a affirmé le ministre slovaque de l’Intérieur, Matus Sutaj Estok, lundi avant la réunion informelle des ministres de l’Intérieur de l’UE à Budapest, qui se tient les 22 et 23 juillet.

Tensions avec Budapest

Ces dernières semaines, la Hongrie a accusé l’UE de mener une « politique belliqueuse » en maintenant son soutien militaire et financier à l’Ukraine.

« [Valdimir] Poutine est responsable de la guerre, le seul qui provoque est [Vladimir] Poutine, qui appelle à la division et à la restitution de l’Ukraine comme conditions préalables à tout dialogue et à tout cessez-le-feu », a déclaré M. Borrell à l’issue de la réunion.

Plusieurs diplomates de l’UE ont confié que la majorité des États membres avaient exprimé leur colère à l’égard du ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, au cours de la réunion de lundi.

« Quelle réponse incroyable ils ont apportée », a commenté M. Szijjártó à l’issue de la réunion. « Je ne veux froisser personne, mais j’ai l’impression d’être à l’école maternelle. »

La Hongrie est soumise à l’article 24.3 des traités de l’UE, qui prévoit que tous ses membres doivent soutenir la politique étrangère de l’Union « activement et sans réserve […], dans un esprit de loyauté et de solidarité mutuelle », a rappelé le Haut représentant de l’UE.

L’article en question, déjà cité plus tôt par certains États membres, n’est ni là pour « décorer », a-t-il ajouté.

« Chaque État membre est souverain en matière de politique étrangère, c’est vrai. Mais dans la mesure où ils sont membres de cette union, ils doivent respecter les traités. »

Interrogé sur le fait de savoir si les actions de M. Orbán constituaient une violation de la loi, M. Borrell a répondu : « Pour moi, il est clair que ce qui s’est passé relève d’un manque de coopération loyale ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]