Une visite pour réchauffer les relations franco-turques

Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, en visite à Paris, et le président Nicolas Sarkozy ne devraient pas évoquer le sujet majeur qui fâche les deux pays : la question de l’adhésion de la Turquie à l’UE.

EURACTIV.fr

Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, en visite à Paris, et le président Nicolas Sarkozy ne devraient pas évoquer le sujet majeur qui fâche les deux pays : la question de l’adhésion de la Turquie à l’UE.

La saison de la Turquie en France, qui s’achève, devait favoriser les interactions à tous niveaux pour renforcer le dialogue entre les deux pays. Au plan politique, pourtant, le bilan est maigre  : pas plus qu’en octobre la question de l’adhésion de la Turquie à l’UE ne devrait être évoquée, lors de la visite du premier ministre turc les 6 et 7 avril à Paris.

Si la question des négociations d’adhésion pourrait être traitée lors de la rencontre avec le secrétaire d’État aux affaires européennes, Pierre Lellouche, cela ne devrait pas être le cas avec Nicolas Sarkozy, estime le chargé de mission auprès du directeur de l’IRIS et spécialiste de la Turquie contemporaine, Didier Billion. En octobre 2009, le sujet avait été rapidement évoqué lors de la rencontre du président turc Abdullah Gül avec le premier ministre François Fillon, mais pas avec le président français. A l’issue de son séjour en France, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan aura également rencontré François Fillon, le président de l’Assemblée nationale Bernard Accoyer et le président du Sénat Gérard Larcher.

Le dossier de l’adhésion de la Turquie à l’UE est un sujet sensible, qui bloque les relations entre certains pays européens et la Turquie, en particulier la France et l’Allemagne. Les Turcs considèrent que les Européens ne peuvent pas revenir sur la question de l’adhésion car ils ont décidé d’ouvrir les négociations. Mais, lors d’une visite de la chancelière allemande en Turquie, fin mars, Angela Merkel a rappelé que le processus de négociation avec Ankara, entamé en octobre 2005, avait « une issue ouverte ». En clair, le processus pourrait ne pas s’achever nécessairement par une adhésion pleine et entière.

Quant au président français, opposé à l’adhésion de la Turquie, il a régulièrement déclaré qu’elle n’avait pas vocation à intégrer l’UE. Nicolas Sarkozy préfère notamment parler de « partenariat privilégié », notion que le ministre turc des affaires européennes Egemen Bagis avait contesté à l’automne, déclarant qu’elle n’avait « aucun fondement légal ».

Outre l’opposition à l’adhésion de la Turquie, les deux dirigeants ne semblent pas avoir « d’atomes crochus », selon Didier Billion. En témoignent les mots très durs que le premier ministre turc a eu à l’encontre de Nicolas Sarkozy ces derniers mois, notamment lors de l’inauguration du service turc d’Euronews à Istanbul fin janvier 2010. « M. Sarkozy dit parfois des choses que la raison ne saurait accepter. Mais quoi qu’il fasse, nous allons continuer tant que tous les membres de l’UE n’auront pas dit qu’ils ne veulent pas de la Turquie », avait-il déclaré.

Avant d’arriver en France, M. Erdogan s’est à nouveau montré incisif dans un entretien accordé au Figaro en rappelant que Nicolas Sarkozy n’était toujours pas venu en Turquie. « Il raconte sans cesse un voyage qu’il a effectué dans sa jeunesse. Il doit venir voir à quoi ressemble la Turquie d’aujourd’hui », a déclaré le premier ministre turc qui appelle à combler cette méconnaissance et à venir évaluer le niveau de développement du pays. Selon lui, « il faut se rendre sur place pour constater que la Turquie devance de nombreux pays de l’Union européenne dans plusieurs domaines. »

Un léger réchauffement des relations

Quelques petits signes positifs auraient cependant contribué à réchauffer doucement la relation entre la France et la Turquie. « Nicolas Sarkozy n’a plus évoqué la question de la Turquie depuis les élections européennes en juin 2009 », rapporte par exemple Didier Billon. 

Alors que le premier ministre turc avait également menacé de ne pas venir clôturer la saison de la Turquie, sa venue manifeste un « relatif réchauffement », ajoute le chercheur.

Si le sujet qui fâche, à savoir celui de l’adhésion de la Turquie, ne devrait pas être évoqué, les points d’accords sur les autres thèmes de la rencontre devraient être minimes. Les deux dirigeants pourraient certes tomber d’accord sur la question de la condamnation de la construction de logements israéliens à Jérusalem-Est, selon Didier Billion. Mais, sur les aspects internationaux comme l’Iran, les deux dirigeants ont des visions opposées  : Erdogan ne veut pas entendre parler de sanctions, contrairement à Sarkozy qui veut les durcir. En réalité, la France et la Turquie sont « davantage en concurrence que complémentaire dans la région ».