Véhicules électriques, transition énergétique, aides d’État : Teresa Ribera répond aux eurodéputés

Teresa Ribera soutient fermement la décision de la Commission européenne d’imposer des droits de douane sur les véhicules électriques fabriqués en Chine, ainsi que l’accélération et l’augmentation des aides d’État au service des objectifs politiques de l’UE.

/ EURACTIV.com
‘Women decide in Europe. Women and European governance’ conference in Madrid
epa11615160 Spanish Minister for Ecological Transition and Demographic Challenge, and EU Commissioner-designate for Clean, Just and Competitive Transition Teresa Ribera attends the opening of the conference 'Women decide in Europe. Women and European Governance' in Madrid, Spain, 20 September 2024. The conference is organized by Alternativas Foundation in Madrid. EPA-EFE/FERNANDO VILLAR

Teresa Ribera soutient fermement la décision de la Commission européenne d’imposer des droits de douane sur les véhicules électriques (VE) fabriqués en Chine, marquant un changement significatif dans sa position. Elle a également signifié sa volonté d’accélérer et d’accroître les aides d’État au service des objectifs politiques de l’UE.

La socialiste espagnole, ancienne ministre de l’Environnement à Madrid, a été désignée vice-présidente exécutive pour une Transition propre, juste et compétitive au sein du nouveau Collège des commissaires, et sera donc chargée de garantir une concurrence loyale au sein de l’UE.

Volte-face sur la question des droits de douane sur les VE chinois

Dans ses réponses aux questions des eurodéputés — publiées sur le site de la Commission mardi 22 octobre — et avant son audition prévue le 12 novembre, Teresa Ribera soutient que les droits de douane proposés par l’exécutif de l’UE sur les VE fabriqués en Chine étaient « fondés sur des faits et des preuves solides et qu’ils étaient conformes aux règles de l’OMC ».

« Nous devons nous assurer que l’UE reste un lieu de production de véhicules électriques à batterie et que nous préservons les capacités de fabrication de l’UE dans un secteur qui est vital pour la transition écologique de l’UE et pour nos objectifs climatiques », explique-t-elle.

Son engagement soudain à protéger la production européenne de voitures électriques, annoncé en amont de son audition au Parlement, marque un changement considérable vis-à-vis de ses remarques précédentes sur la question.

Dans un entretien accordé au quotidien El País le mois dernier, la proche alliée du Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, avait en effet déclaré que l’appel lancé par ce dernier à la Commission pour qu’elle « change d’avis » sa position sur les droits de douane était « compatible avec les politiques que Bruxelles promeut ».

« Nous avons besoin d’une industrie prospère et innovante. En même temps, nous devons éviter d’entrer dans des guerres commerciales — avec la Chine et avec n’importe qui d’autre », avait-elle ajouté.

Pourtant, l’Espagnole ne mentionne nulle part la possibilité d’une guerre commerciale dans ses réponses écrites aux eurodéputés.

Lors du vote crucial sur les VE organisé au début du mois, l’Allemagne s’est opposée à la proposition de la Commission mais n’a pas pu réunir le nombre de voix nécessaire pour bloquer les droits de douane. À moins qu’une solution négociée ne soit trouvée, les tarifs proposés par la Commission entreront en vigueur le 30 octobre prochain.

La France — dont le commissaire désigné Stéphane Séjourné a été chargé par Ursula von der Leyen de travailler avec Teresa Ribera pour développer un nouveau Pacte pour une industrie propre dans les 100 premiers jours de son nouveau mandat — a voté en faveur, tandis que l’Espagne s’est abstenue.

Teresa Ribera a cependant promis qu’elle mettrait de côté toute sympathie nationaliste si elle était nommée à son nouveau poste.

« Mon engagement total serait au service du bien commun des citoyens européens », assure-t-elle dans ses réponses, ajoutant qu’elle « agirait à partir d’une position de neutralité et d’indépendance par rapport à l’intérêt individuel des États membres, y compris celui qui a proposé [sa] nomination ».

Soutenir la compétitivité et la transition énergétique

Teresa Ribera s’est également exprimée sur la question des aides d’État, et entend remanier en profondeur les règles applicables aux États membres de l’UE en matière d’aide aux entreprises. Elle a confirmé son ambition d’accélérer et d’étendre les aides d’État au service des objectifs politiques de l’UE.

Se référant au précédent mandat, au cours duquel la Commission a débloqué plus de 1 200 milliards d’euros d’aides dans le domaine de l’environnement ainsi que pour soutenir les populations pendant la crise énergétique, elle indique dans ses réponses écrites aux eurodéputés que l’UE doit aller « plus vite et plus loin ».

« Nous ne pouvons pas nous permettre de retarder le soutien public à la transition énergétique ou les mesures visant à décarboner l’industrie européenne et à favoriser sa compétitivité », ajoute-t-elle, soulignant son intention de « développer un nouveau dispositif de contrôle des aides d’État ».

Sa solution consiste à « promouvoir des écosystèmes industriels durables au profit de l’ensemble de l’UE » — ce qui laisse entendre que chaque État membre de l’UE pourrait être amené à accueillir un pôle industriel spécifique à l’avenir.

Cette mesure ne fera probablement pas l’unanimité parmi les 27, car les États membres les plus petits et les plus pauvres — ainsi que certains eurodéputés — craignent que les grandes capacités financières de la France et de l’Allemagne ne faussent de manière significative le marché européen. Pour le Danemark, « les aides d’État ne sont pas la solution ».

Nikolaus J. Kurmayer a contribué à la rédaction de cet article.

[Édité par Anna Martino]