Viktor Orbán convainc les eurodéputés de droite
Le premier ministre hongrois, Viktor Orbán, n’est pas parvenu à convaincre la grande majorité des eurodéputés que son pays n’allait pas à l’encontre des valeurs européennes, lors d’un débat houleux hier (18 janvier). Il bénéficie toutefois du soutien des conservateurs et du centre-droit européens. EURACTIV France a contribué à cet article depuis Strasbourg.
Le premier ministre hongrois, Viktor Orbán, n’est pas parvenu à convaincre la grande majorité des eurodéputés que son pays n’allait pas à l’encontre des valeurs européennes, lors d’un débat houleux hier (18 janvier). Il bénéficie toutefois du soutien des conservateurs et du centre-droit européens. EURACTIV France a contribué à cet article depuis Strasbourg.
Durant plus de trois heures, les eurodéputés ont fustigé M. Orbán pour les dérives antidémocratiques de son pays suite à l'adoption d'une nouvelle constitution controversée. Seuls le PPE de centre-droit, dont M. Orbán est l'un des vice-présidents, et le Groupe Europe libertés démocratie (ELD) n'ont pas suivi ce chemin.
Le premier ministre hongrois a lancé le débat en s'invitant lui-même à Strasbourg il y a trois jours, à la surprise générale. Il est resté calme et n'a pas cédé à l'émotion. Il a semblé apprécier les commentaires positifs et a ignoré certaines critiques, affirmant que ses détracteurs ne connaissaient pas la Hongrie et qu'ils ne faisaient que relayer des informations indirectes.
Renouveau
« Mon pays connaît un renouveau passionnant, il s'agit d'un processus nécessaire et urgent », a-t-il déclaré, par le biais d'un interprète. Il a affirmé que les réformes qu'il avait annoncées étaient « fondées sur les valeurs européennes ».
M. Orbán, qui parlait dans son pays d'une « conspiration internationale de la gauche » contre son parti, le Fidesz, a modéré ses propos et a décidé de s'en prendre aux journalistes.
« Les journalistes vous diront peut-être le contraire, mais aucune objection de la Commission [sur la nouvelle législation adoptée] ne concerne la constitution hongroise », a-t-il expliqué.
Le premier a s'être exprimé en faveur de M. Orbán a été le leader du groupe PPE, Joseph Daul, qui a insisté que le fait que cette nouvelle constitution ne faisait que remplacer une « constitution stalinienne » datant de 1949. Le coprésident des Verts/ALE, Daniel Cohn-Bendit, s'est insurgé face à ces déclarations. Il les a tournés en ridicule, affirmant que l'UE aurait alors accepté un pays doté d'une constitution stalinienne.
« Comment avons-nous pu accepter un pays doté d'une constitution stalinienne ? Honte à nous ! », a-t-il raillé.
Un nouvel Hugo Chavez ou un nouveau Fidel Castro ?
« Vous marchez sur les traces de Chavez, Castro et tous les régimes totalitaires de cet univers méprisable contre lequel nous luttons », a déclaré M. Cohn-Bendit.
Pour sa part, le nouveau président du groupe des Socialistes et démocrates, Hannes Swoboda, a affirmé que la Hongrie n'aurait jamais été acceptée dans l'Union européenne avec sa constitution actuelle.
Brandissant un document de 30 pages, Guy Verhofstadt, leader du groupe libéral ADLE et ancien premier ministre belge, a fait référence au grand nombre d'organisations et d'associations de défense des droits de l'Homme qui avaient dénoncé les dérives autoritaires en Hongrie.
« Il est révoltant d'entendre que tout se passe bien aujourd'hui en Hongrie. Notre assemblée à des responsabilités envers le traité. Nous devons agir […] et décider s'il existe ou non un risque clair de violation de nos valeurs », a déclaré M. Verhofstadt.
Le débat s'est enflammé avec des accusations d'antisémitisme et de népotisme à l'encontre du Fidesz. M. Cohn-Bendit a notamment affirmé que ses amis juifs hongrois vivaient dans la peur depuis que le Fidesz était au pouvoir. L'eurodéputé du Fidesz József Szájer, vice-président du groupe PPE, a été vivement critiqué en raison de la nomination de sa femme au poste de directrice de l'autorité hongroise qui supervise le système judiciaire.
L'eurodéputé János Áder, du Fidesz également, a riposté en clamant que les accusations sur la nomination de la femme de M. Szájer comportaient un caractère discriminatoire envers les femmes.
Ulrike Lunacek du groupe des Verts/ALE a répondu que si M. Szájer avait été marié à un homme, « ce qui en Hongrie est impossible », les accusations de népotisme resteraient les mêmes.
Suite à ces échanges quelque peu mouvementés, Manfred Weber (PPE, Allemagne), a demandé à ses adversaires politiques de mettre fin à l'« hystérie politique » et de s'en tenir aux faits.
« Un héros en Padanie »
L'eurodéputé Mario Borghezio de la Lega Nord italienne (Groupe Europe libertés démocratie) a soutenu M. Orbán et l'a félicité d'avoir pu résister à l'Union européenne.
« Nous nous sentons tous Hongrois, vous serez accueilli en héros en Padanie », a-t-il affirmé, faisant référence à la région italienne que la Lega Nord souhaite utiliser pour mettre en place une Italie du Nord autonome.
« La Padanie n'est pas un pays », a répondu l'eurodéputée Kinga Göncz (S&D, Hongrie).
« Elle le sera un jour », a répondu M. Borghhezio, ajoutant que jusqu'à récemment, « l'Estonie n'était pas non plus un pays ».
En réalité, l'Estonie a été un pays indépendant de 1918 à 1939, avant de regagner son indépendance en 1991.
Plusieurs eurodéputés de Bulgarie et de Roumanie ont fait le lien entre la situation actuelle de leurs pays, également dirigés par ce qu'ils considèrent comme des leaders populistes, et celle de la Hongrie. Ils ont affirmé craindre que les dérives initiées par la Fidesz ne se propagent.
M. Orbán a terminé son intervention par une déclaration conciliante, qualifiant la Hongrie de « pays des combattants pour la liberté ». Il a invité ceux qui avaient des doutes à ce sujet à se rendre dans le pays pour se faire leur propre opinion. Il a également accepté de reconsidérer certaines des lois les plus controversées de son gouvernement.
M. Daul a quant à lui conclu en affirmant que M. Orbán n'était certainement pas un nouvel Hugo Chavez ou un nouveau Fidel Castro. Il n'est pas parfait non plus, mais personne n'est parfait, a-t-il ajouté.
Interrogé par la presse, M. Orbán a réfuté les affirmations selon lesquelles il aurait adopté une attitude conciliante pour s'assurer que son pays obtienne un prêt de 15 à 20 milliards d'euros visant à le protéger des attaques des marchés. « Nous ne demandons pas un prêt à l'UE, mais un filet de sécurité, juste au cas où », a-t-il déclaré.