Violences à Athènes alors que le parlement opte pour de nouvelles mesures d'austérité

  Le parlement grec a approuvé hier (13 février) un nouveau projet de loi en faveur de l’austérité, visant à réduire les dépenses publiques de 3,3 milliards d’euros pour garantir un second renflouement de l’UE et du FMI et éviter la faillite du pays. Le centre d’Athènes a été pris d’assaut et de violentes émeutes ont éclaté à travers le pays.

EURACTIV.com / Reuters
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Le parlement grec a approuvé hier (13 février) un nouveau projet de loi en faveur de l’austérité, visant à réduire les dépenses publiques de 3,3 milliards d’euros pour garantir un second renflouement de l’UE et du FMI et éviter la faillite du pays. Le centre d’Athènes a été pris d’assaut et de violentes émeutes ont éclaté à travers le pays.

Des cinémas, des cafés, des magasins et des banques ont été incendiés au centre d'Athènes et des manifestants masqués ont affronté les forces de l'ordre devant le parlement avant que les législateurs ne décident de voter sur un paquet de mesures impliquant d'importantes réductions des salaires et des retraites, ainsi que des pertes d'emploi. Ces mesures sont réclamées par l'UE et le FMI en échange d'un programme de renflouement de 130 milliards d'euros nécessaire pour garder le pays à flot.

La télévision publique a rapporté des actes de violence sur les îles touristiques de Corfou et de Crête, dans la ville de Thessalonique au nord et dans des villes du centre du pays. La Police a affirmé que 150 magasins avaient été pillés dans la capitale et que 34 bâtiments avaient été incendiés.

Quelque 199 législateurs sur 300 ont soutenu ces mesures, mais 43 députés des deux partis au gouvernement du premier ministre, Lucas Papademos, les socialistes et les conservateurs, se sont rebellés et ont voté contre. Ils ont immédiatement été renvoyés par leurs partis respectifs.

Les actions asiatiques ainsi que l'euro sont faiblement remontés tôt ce matin, les marchés étant sans doute soulagés par l'annonce de l'adoption des mesures d'austérité qui permettront peut-être au pays de s'assurer l'octroi d'un renflouement pour éviter un défaut de paiement désordonné.

La rébellion et les actes de violence présagent de problèmes complexes pour le gouvernement grec qui va à présent devoir appliquer ces mesures. Ces dernières impliquent notamment une réduction de 22 % du salaire minimum, ce qui, selon les détracteurs du paquet, ne fait que condamner l'économie grecque à s'enfoncer encore davantage dans cette spirale descendante.

Un second renflouement approuvé mercredi ?

La Grèce a besoin d'un second renflouement de l'UE et du FMI avant le 20 mars prochain pour pouvoir rembourser 14,5 milliards d'euros de titres de dette qui arriveront à échéance. Si elle n'y parvient pas, le pays risque un défaut de paiement chaotique qui secouerait la zone euro dans son ensemble.

Ce paquet de mesures prévoit 3,3 milliards d'euros de réductions budgétaires supplémentaires rien que pour cette année.

Il mentionne également un échange d'obligations pour alléger la dette grecque via une décote de 70 % des obligations du secteur privé. La Grèce aurait manqué la date butoir du 17 février prochain sur la décote des titres des créanciers privés si le vote n'avait pas été positif.

Les ministres des finances de la zone euro devraient se rencontrer à Bruxelles mercredi (15 février) pour examiner la dernière série de réformes en date et éventuellement donner leur feu vert pour le renflouement de 130 milliards d'euros.

Ce renflouement dépend de l'adoption de mesures d'austérité, mais aussi de l'engagement des leaders politiques à les mettre en oeuvre, et ce peu importe les résultats des élections d'avril.

Il n'y aura pas de versement sans mise en oeuvre, a déclaré le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Junker, à l'issue d'une réunion des ministres des finances de la zone euro la semaine dernière.

« Nous sommes tout à fait conscients des efforts significatifs consentis par les citoyens grecs, mais nous soulignons également que des efforts supplémentaires et conjoints sont nécessaires pour que la société grecque revienne sur le chemin de la croissance et de la soutenabilité », a expliqué M. Juncker après la réunion du 9 février dernier.

Wolfgang Schäuble : Des promesses insuffisantes

Le plus grand contributeur de la zone euro, l'Allemagne, a intensifié la pression sur la Grèce dimanche (12 février). « Les promesses de la Grèce ne nous suffisent plus », a déclaré le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, dans un entretien publié dans le journal Welt am Sonntag.

« La Grèce doit faire ses devoirs pour redevenir compétitive, que ces efforts soient consentis dans le cadre d'un nouveau programme de sauvetage ou via d'autres mesures que nous ne souhaitons pas prendre. »

Quand le journaliste lui a demandé si ces autres mesures impliquaient que la Grèce quitte la zone euro, M. Schäuble a répondu :  « Tout dépendra des Grecs. Mais même si [la Grèce quittait la zone euro], ce que presque personne ne croit, le pays restera dans l'Europe. »

Lucas Papademos : des sacrifices à court terme

M. Papademos a reconnu que l'imposition de nouvelles mesures d'austérité à une nation qui a déjà enduré plusieurs années de réductions de toutes sortes sera difficile.

« La mise en oeuvre complète, opportune et efficace du programme ne sera pas chose aisée. Nous sommes tout à fait conscients que ce programme économique implique des sacrifices à court terme pour le peuple grec », a déclaré le premier ministre.

Mais bon nombre de Grecs estiment que leurs conditions de vie sont déjà déplorables et que ces nouvelles mesures ne feront qu'empirer la situation.

« Trop c'est trop ! » s'est exclamé Manolis Glezos, 89 ans, l'un des militants de gauche les plus célèbres, considéré comme un héros national. « Ils n'ont aucune idée de ce que signifie un soulèvement du peuple grec. Et le peuple grec, peu importe l'idéologie, s'est levé. »

M. Glezos est un héros national qui s'est faufilé dans l'Acropole une nuit en 1941 pour enlever le drapeau nazi à la barbe des occupants allemands, remontant ainsi le moral des Athéniens.