Watergate grec : la commission PEGA en colère après avoir reçu une « lettre d’avertissement »

Des membres de la commission du Parlement européen chargée d’enquêter sur l’utilisation des logiciels espions de surveillance (PEGA) sont en colère après avoir reçu une « lettre d’avertissement » de la société Intellexa, qui pourrait être à l’origine de la vente du logiciel Predator.

Euractiv.com
Man,Using,Computer,And,Programming,To,Break,Code.,Cyber,Security
La commission PEGA, qui a été créée pour enquêter sur l’utilisation de Pegasus et de logiciels espions de surveillance équivalents, a récemment conclu dans un rapport que les sociétés Intellexa basées en Grèce avaient exporté leurs produits — notamment le logiciel Predator — vers le Bangladesh, le Soudan, Madagascar et au moins un pays arabe. [SHUTTERSTOCK/Przemek Klos]

Des membres de la commission du Parlement européen chargée d’enquêter sur l’utilisation des logiciels espions de surveillance (PEGA) sont en colère après avoir reçu une « lettre d’avertissement » de la société Intellexa, qui pourrait être à l’origine de la vente du logiciel Predator.

Le logiciel Predator aurait été utilisé par les services secrets grecs pour surveiller des journalistes et des opposants politiques au gouvernement conservateur Nouvelle Démocratie (Néa Dimokratía, ND).

La commission PEGA, qui a été créée pour enquêter sur l’utilisation de Pegasus et de logiciels espions de surveillance équivalents, a récemment conclu dans un rapport que les sociétés Intellexa basées en Grèce avaient exporté leurs produits — notamment le logiciel Predator — vers le Bangladesh, le Soudan, Madagascar et au moins un pays arabe.

« On ignore si des licences d’exportation ont été accordées pour exporter des logiciels espions vers tous ces pays […] mais le gouvernement grec a admis avoir accordé des licences d’exportation à Intellexa pour vendre des logiciels espions Predator à des gouvernements oppressifs », peut-on lire dans le rapport.

L’avocat de la société Intellexa a envoyé une lettre au chef de la commission PEGA, Jeroen Lenaers (Parti populaire européen, PPE), remettant en question la légalité de l’objectif de la commission de mettre en lumière les activités de la société.

EURACTIV a été informé que M. Lenaers a été agacé par la lettre, qu’il a trouvée « menaçante ». Il l’a immédiatement partagée avec d’autres membres de la commission.

« Le but de cet avis est de vous informer que récemment, Intellexa S.A. m’a demandé d’examiner certains aspects de la légalité et du bien-fondé des actions entreprises par la commission PEGA au sujet de la société », peut-on lire dans la lettre.

« La société est en train d’évaluer la marche à suivre pour faire valoir ses arguments contre les actions et la publication susmentionnées de la commission PEGA […] À cet égard, je vous informe que dans les 21 jours, mon client vous communiquera sa position officielle et/ou ses arguments », poursuit l’avocat.

L’eurodéputé de gauche Stelios Kouloglou (GUE/NGL) a souligné le fait qu’Intellexa, qui avait précédemment refusé de rencontrer la commission PEGA, se présente maintenant avec un avis extrajudiciaire.

« Juste avant les élections grecques, [l’entreprise] tente de faire taire les critiques qui s’expriment au plus haut niveau et d’influencer le contenu et le vote des rapports », a déclaré M. Kouloglou.

« Intellexa, qui était protégée par le gouvernement de toutes les manières, confirme complètement l’idée selon laquelle elle retourne soutenir et servir la planification électorale du gouvernement [grec] et la dissimulation du scandale des écoutes téléphoniques », a-t-il ajouté.

Le temps des réponses

Sophie in ‘t Veld, eurodéputée du groupe Renew Europe et membre de la commission PEGA, a également réagi à la lettre.

« J’attends avec impatience l’échange avec Intellexa. Peut-être allons-nous enfin obtenir des réponses à nos lettres de l’été dernier […]. De nombreuses nouvelles questions ont été soulevées depuis », a indiqué l’eurodéputée néerlandaise sur Twitter.

Saskia Bricmont, membre du groupe des Verts/ALE et de la commission PEGA, a elle aussi déclaré que la société pourrait commencer par fournir des réponses et que cela pourrait « être une réaction intelligente dans son processus d’évaluation de la marche à suivre ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]