Wopke Hoekstra évite de prendre des engagements fermes lors de son audition parlementaire
Wopke Hoekstra, commissaire désigné au Climat, à la Neutralité carbone et à la Croissance propre, a été approuvé par les membres des commissions de l’Économie, de l’Industrie et de l’Environnement, jeudi 7 novembre, tout en évitant de prendre des engagements fermes.
Wopke Hoekstra, commissaire désigné au Climat, à la Neutralité carbone et à la Croissance propre, a été approuvé par les membres des commissions de l’Économie, de l’Industrie et de l’Environnement, jeudi 7 novembre, tout en évitant de prendre des engagements fermes.
Après avoir été interrogé à plusieurs reprises jeudi sur ses engagements en matière d’objectifs climatiques, de taxation de l’aviation et sur le rôle du captage de carbone, le Néerlandais a rappelé les pouvoirs limités de son futur rôle de commissaire au Climat.
À plusieurs reprises, il a refusé de prendre des engagements politiques fermes car, selon lui, cela pourrait compromettre le futur travail du Parlement sur les dossiers dont il était question, rappelant ainsi aux eurodéputés qu’ils ont également un rôle à jouer dans l’adoption de nouvelles règles et de nouveaux objectifs européens.
Il a par ailleurs invité à maintes reprises les eurodéputés à collaborer avec lui pour obtenir les résultats souhaités.
Des réactions largement positives
La candidature de Wopke Hoekstra a été approuvée par les coordinateurs (chefs de groupes politiques) des commissions des Affaires économiques et monétaires (ECON), de l’Industrie, de la Recherche et de l’Énergie (ITRE) et de l’Environnement, de la Santé publique et de la Sécurité alimentaire (ENVI) du Parlement.
Tiemo Wölken, coordinateur du groupe des Socialistes & Démocrates européens (S&D) pour l’environnement, a déclaré que « [son] audition a montré qu’il était bien préparé ».
La coordinatrice des Verts au sein de la commission ECON, Kira Marie Peter-Hansen, a affirmé dans un communiqué que « les Verts/ALE apporteront leur soutien » au commissaire désigné, évoquant ses promesses climatiques en matière de taxation de l’aviation et d’élimination progressive des combustibles fossiles.
Du côté du Parti populaire européen (PPE), Markus Ferber, coordinateur de l’économie au sein du parti de Wopke Hoekstra, a déclaré dans un message sur X que les eurodéputés du PPE de la commission ECON soutiendraient également la candidature du Néerlandais.
Pascal Canfin, coordinateur de la commission ENVI pour le groupe libéral Renew, a toutefois émis quelques réserves. Wopke Hoekstra serait selon lui « encore trop timide » en matière d’adaptation au changement climatique.
Hoekstra l’homme politique vs. Hoekstra le « gestionnaire »
Wopke Hoekstra se décrit lui-même comme un « gestionnaire plutôt qu’un homme politique professionnel », mais, lors de son audition, l’homme politique s’est montré à la hauteur des attentes : il a impressionné la salle en parlant l’italien, le français, l’allemand, l’anglais et sa langue maternelle, le néerlandais.
Mais le gestionnaire en lui s’est laissé aller à quelques dérapages.
S’il s’est montré très enthousiaste quant à ses nouvelles responsabilités en matière de fiscalité, déclarant que c’était un grand privilège et une énorme responsabilité de s’occuper de ce domaine, « qui [lui] tient à cœur », il s’est montré quelque peu arrogant en répondant aux questions de l’eurodéputée française Manon Aubry (GUE/NGL).
La Française l’a interrogé sur son expérience au sein de la compagnie pétrolière britannique Shell, et sur son implication dans le scandale des Panama Papers, qui ont levé le voile sur des sociétés offshore pratiquant l’évasion fiscale, ce à quoi il a répondu : « nous devons encore apprendre à mieux nous connaître ». Une réponse qui a tout de même suscité quelques applaudissements dans le public.
Il a ensuite expliqué pourquoi il se considérait comme totalement innocenté dans le cadre de l’affaire des Panama Papers.
Ses engagements sur le plan des politiques
Sur le fond, Wopke Hoekstra n’a pas révélé grand-chose de plus que ce qui figurait dans sa lettre de mission, rédigée par Ursula von der Leyen.
En réponse à une question de l’eurodéputée italienne Silvia Sardone (PPE), le commissaire désigné a semblé exclure toute modification des règles actuelles sur les émissions de CO2 des voitures en 2025 et 2035, au-delà d’un amendement déjà promis pour inclure les carburants de synthèse (e-carburants).
Il a rappelé que les constructeurs automobiles avaient été confrontés à « la même situation en 2020-2021 » et aux mêmes craintes d’amendes potentielles.
En fin de compte, une seule entreprise a reçu une amende, et celle-ci était inférieure à un quart de milliard d’euros, a-t-il précisé, soit beaucoup moins que ce à quoi beaucoup s’attendaient.
Malgré sa solidarité avec les victimes des inondations à Valence, ses réponses sur l’adaptation au changement climatique n’ont pas convaincu tous les eurodéputés.
Pour Tiemo Wölken (S&D), les réponses de Wopke Hoekstra en la matière n’étaient pas entièrement satisfaisantes. « Après avoir dans un premier temps esquivé ma question sur le plan d’adaptation, il ne s’est finalement pas engagé sur un paquet de législation et de financement complet. »
De son côté, le Néerlandais s’est montré optimiste quant à la décarbonation du secteur de l’aviation, affirmant qu’il n’était « pas convaincu » que l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), une agence des Nations unies, parviendrait à prendre des mesures globales pour réduire les émissions de l’aviation. Mais si c’est le cas, « l’aviation internationale fera partie du système d’échange des quotas d’émission (SEQE), mais pas aux dépens des compagnies aériennes européennes ; il inclura toutes les compagnies aériennes du monde ».
Wopke Hoekstra n’a fait aucune référence à la réduction de la demande de transport aérien, comme l’ont proposé les services de la Commission dans une note d’information qu’ils lui ont remise avant son audition.
Le commissaire désigné n’a également pas souhaité s’engager à supprimer totalement les subventions aux combustibles fossiles d’ici la fin de son mandat, bien que l’Europe « soit aux prises » avec cette question. Il a toutefois promis d’en faire plus.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]