Xi Jinping veut séduire Viktor Orbán, son allié dans l’UE, à coup d’investissements supplémentaires

Lors de la dernière étape de sa tournée européenne, qui se déroulera en Hongrie, le président chinois Xi Jinping aura pour objectif de resserrer les liens avec Budapest, son plus proche allié au sein de l’Union européenne.

/ Euractiv.com
Second Belt and Road Forum at the Great Hall of the People in Beijing
Le président chinois Xi Jinping et le Premier ministre hongrois Viktor Orbán avant une réunion bilatérale du deuxième Forum des Nouvelles routes de la soie au Grand Hall du Peuple, à Beijing, Chine, le 25 avril 2019 . [EPA-EFE/ANDREA VERDELLI]

Lors de la dernière étape de sa tournée européenne, qui se déroulera en Hongrie, le président chinois Xi Jinping aura pour objectif de resserrer les liens avec Budapest, son plus proche allié au sein de l’Union européenne.

Après Paris, les visites de M. Xi à Belgrade et à Budapest — où il est attendu mercredi soir — sont nettement moins sensibles sur le plan politique pour la Chine, les deux pays partageant la méfiance de Pékin à l’égard d’un ordre mondial dominé par les États-Unis et lui étant plus favorables que les autres pays européens.

La visite du président chinois en Hongrie constituera également une tentative de renverser les sentiments croissants de méfiance des pays d’Europe de l’Est à l’égard de Pékin, après les accrochages diplomatiques rencontrés dans la région ces dernières années.

Pour Pékin, Budapest pourrait, au cours des prochains mois, jouer un rôle de pont entre la Chine et l’Europe.

L’ambassadeur de Chine en Hongrie, Gong Tao, a déclaré que « Pékin attend de la présidence hongroise de l’UE [qui débute en juillet] qu’elle poursuive une politique rationnelle et pragmatique envers la Chine et qu’elle encourage les autres États membres à faire de même ».

De son côté, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán veut profiter de la visite chinoise pour contrebalancer les pressions exercées par Bruxelles.

En effet, loin de la fermeté affichée par le reste de l’UE face aux tensions commerciales qui s’accumulent et aux critiques sur le dossier ukrainien, le dirigeant hongrois a depuis son entrée au pouvoir en 2010  prôné une « ouverture vers l’Est » dans la politique étrangère de son pays.

En 2015, la Hongrie a été le premier État membre de l’UE à adhérer au projet chinois des Routes de la soie, établissant ainsi une porte d’entrée stratégique pour Pékin en Europe pour le commerce et le transport.

En octobre dernier, M. Orbán a participé à Pékin au sommet des Nouvelles routes de la soie à Pékin en l’absence de tous ses homologues européens, et peu après, l’Italie s’est retirée du format.

Dans le cadre de l’initiative des Nouvelles routes de la soie, des financements chinois soutiennent l’expansion d’une liaison ferroviaire entre la Hongrie et la Serbie afin de créer une connexion avec le port grec du Pirée, majoritairement détenu par la société de transport maritime chinoise Cosco.

Mais la coopération ne s’arrête pas là. Durant la pandémie, Budapest avait déjà été parmi les premiers pays de l’UE à acheter des vaccins chinois contre la Covid-19. Le pays a également promis d’accueillir le premier campus chinois dans l’UE et a récemment signé un pacte controversé de sécurité, autorisant des patrouilles policières chinoises sur le sol hongrois, rapporte l’AFP.

Les véhicules électriques au centre de l’attention

Le président chinois profitera également de sa visite pour annoncer de nouveaux investissements, qui arrivent à point nommé pour la Hongrie, dont les fonds européens ont été gelés en raison de violations de l’État de droit.

Si la Chine était déjà le plus grand investisseur direct étranger en Hongrie en 2020 et 2023, ses entreprises continuent d’investir à grande échelle dans le pays. Une stratégie à rebours de celle de réduction des risques que l’UE souhaite opérer avec la Chine.

En janvier, BYD, premier producteur mondial de véhicules électriques, détenu par la Chine, a annoncé la création de son premier site de production européen dans le sud de la Hongrie, en plus de son site de fabrication de bus électriques qui a ouvert en 2016.

Les relations entre BYD et la Hongrie seront vraisemblablement plus motivées par des considérations économiques que géopolitiques. Plusieurs constructeurs chinois de véhicules électriques ont exprimé leur intérêt pour une production en Europe afin de mieux comprendre le marché européen et de contourner les droits de douane, une approche similaire à celle adoptée par les constructeurs automobiles japonais en Europe dans les années 1980.

D’autres fabricants chinois prévoient de construire des usines en Espagne, au Royaume-Uni et en Pologne.

Le passage des citoyens européens aux voitures électriques offre aux producteurs chinois l’occasion de pénétrer le marché lucratif de la construction automobile, tandis que les constructeurs européens peinent à les concurrencer.

La Commission européenne a lancé une enquête anti-subventions très médiatisée concernant les producteurs chinois de véhicules électriques. Si l’enquête conclut que ces entreprises ont reçu des subventions déloyales de leur gouvernement, l’UE pourrait imposer des droits de douane supplémentaires sur les voitures chinoises importées dans l’Union.

Toutefois, ces mesures pourraient ne pas suffire à protéger les constructeurs automobiles européens. De fait, selon une étude récente, les fabricants chinois jouissent d’un tel avantage en termes de coûts par rapport à leurs rivaux européens que des droits de douane de 50 % seraient nécessaires pour freiner les importations de véhicules chinois.

Ainsi, les gouvernements européens pourraient être plus réceptifs à la production chinoise sur leur territoire, compte tenu de la compétitivité limitée de leurs constructeurs automobiles nationaux.

Un camp favorable à la paix

Au-delà des questions de commerce et d’investissement, la guerre en Ukraine et le plan de paix de la Chine devraient également constituer d’autres points importants de l’ordre du jour des discussions entre les dirigeants chinois et hongrois.

Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, a exprimé son soutien à la proposition chinoise « […] tout d’abord parce qu’elle existe et aussi parce qu’elle est axée sur la paix. » Il a également souligné le rôle majeur de la Chine en faveur de la paix.

« Il y a un consensus total entre nous sur cette question, c’est pourquoi la possibilité de créer la paix sera un sujet important à l’ordre du jour des pourparlers », a-t-il précisé.

Pour rappel, la Chine se présente comme une partie neutre dans la guerre qui oppose l’Ukraine à la Russie et appelle régulièrement à un règlement politique pour mettre fin aux combats en Ukraine, tout en restant proche du Kremlin. Une ligne similaire à celle adoptée par la Hongrie.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]