A l'issue du sommet de Copenhague
A l’issue du sommet de Copenhague
Les 12 et 13 décembre derniers, le Conseil européen de Copenhague a permis de clore les négociations avec dix pays (Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Rép. tchèque, Slovaquie, Hongrie, Slovénie, Chypre et Malte), pour une adhésion définitive au 1er mai 2004.
Un accord financier a été trouvé, après d’ultimes concessions aux nouveaux entrants. Avec notamment, pour la Pologne le transfert d’un milliard d’euro des fonds structurels vers de l’aide budgétaire directe et globalement, pour les nouveaux entrants une augmentation de l’enveloppe totale de 408 M (facilités de trésorerie et enveloppe Schengen). Le total des dépenses d’élargissement se montera ainsi à 40,8 Mds sur 2004-2006. La réduction des contributions d’un tiers en 2004, consécutive au décalage de l’adhésion au premier mai, entraînera en outre un manque à gagner de 1,64 Mds pour le budget communautaire.
Cet accord répond au double souci des futurs nouveaux membres d’alléger leur déséquilibre budgétaire et d’améliorer la consommation des crédits. En revanche, la réduction du volume des fonds structurels, qui donnent lieu à des appels d’offres, diminue les retours potentiels pour les entreprises. Finalement, compte tenu des contributions des nouveaux entrants au budget communautaire, les paiements nets à destination des nouveaux membres s’élèveront à 10,5 Mds pour les trois premières années de l’adhésion, soit un coût d’un peu moins de 10 par an pour les habitants de l’actuelle Union.
Copenhague entérine également la clôture de l’ensemble des chapitres en négociation. Les discussions sur la libre circulation des capitaux et des travailleurs se sont, ainsi, soldées par la mise en place de périodes transitoires comprises entre 7 et 12 ans. Le chapitre fiscalité a permis de limiter les exceptions concernant la TVA, mais a eu un moindre impact sur la fiscalité des entreprises. En ce qui concerne les services financiers, les futurs membres disposent de périodes transitoires limitées pour se mettre aux normes européennes, et verront leur accès au marché intérieur limité dans l’intervalle. Le droit des sociétés a été mis en conformité avec l’acquis communautaire, mais sa mise en oeuvre réelle est encore insuffisante. Enfin, la politique de la concurrence et des aides d’Etat a posé des problèmes jusqu’au dernier moment, notamment avec la Pologne (sidérurgie), la République tchèque, la Hongrie (automobile), la Slovaquie et Malte.
Une forte présence des grands groupes français
La France compte 1756 implantations dans les PECO, qui emploient plus de 300 000 personnes. Attirées par la taille et la croissance de leurs marchés, ainsi que par la qualité de leur main d’oeuvre, les entreprises françaises ont investi principalement en Pologne, République tchèque, Hongrie, Roumanie et Slovaquie. A eux cinq, ils regroupent 88% des implantations françaises et 95% des effectifs employés. Par pays, la situation est la suivante :
- La France a conforté sa place de premier investisseur enPolognedepuis 2000 grâce au dynamisme de ses grands groupes. Les principaux investissements portent sur les télécommunications et la distribution, mais sont également orientés vers les secteurs des biens d’équipement, de la construction, des biens de consommation et de l’agroalimentaire. La France souffre cependant encore d’un déficit de PME par rapport à ses concurrents allemands ou américains.
- Environ 270 entreprises françaises sont implantées enRépublique tchèquepour une présence étrangère globale estimée à 1200 entreprises. La taille moyenne des implantations françaises est d’environ 200 salariés. C’est dans l’industrie que les entreprises françaises sont les plus présentes (35% des implantations), notamment dans la construction, les industries agroalimentaires ou l’industrie chimique. L’installation de PSA associé à Toyota dans le cadre du plus important investissement ex-nihilo réalisé en Tchèquie devrait renforcer encore cette prépondérance dans l’industrie. Les services et le commerce qui représentent chacun 30% occupent également une place importante, les premiers confortés par le rachat, en 2001, d’une des principales banques du pays par la Société Générale.
- La présence française enHongriea connu un remarquable essor en 1995 et 1996 du fait de grands groupes, arrivés pour une bonne part dans le cadre des privatisations. Cela permet aujourd’hui à la France de se situer au 3ème rang des investisseurs. Six secteurs (énergie, agroalimentaire, automobile, grande distribution, pharmacie et eau/environnement) concentrent plus des 2/3 de l’investissement et 60% des effectifs. Les implantations les plus récentes montrent que les investissements greenfields prennent progressivement le relais des privatisations.
- La France est le premier investisseur enRoumanieavec 216 entreprises implantées. Environ 40% de ces implantations appartiennent à l’industrie (biens d’équipement, biens de consommation et agroalimentaire), 32% aux services et 18% au commerce. Les PME sont de plus en plus nombreuses à s’implanter afin de profiter d’un marché dont le potentiel est prometteur.
- LaSlovaquiecompte un nombre plus important d’implantations de grande taille, que sont venus renforcer les récents investissements d’EDF et GDF. Ils permettent à la France de devenir un investisseur de premier plan.
- Les entreprises implantées enSlovéniesont peu nombreuses mais occupent des positions dominantes dans des secteurs comme la construction automobile, la distribution ou les services bancaires. Elles sont également de petite taille enLituanie, à l’exception de deux filiales du groupe Dalkia, principale entité française dans le pays depuis le récent investissement pour la rénovation du réseau de chauffage de Vilnius.Chypre, laLettonie, laBulgarieet l’Estonien’accueillent presque que des PME ; la taille moyenne des implantations françaises y est de moins de 70 personnes.Maltea un profil particulier en raison de la présence d’une grande unité de production du groupe franco-italien STMicroelectronics, implantée dans les années 80.
L’amélioration continue du cadre réglementaire et de l’environnement macroéconomique, associée à la mise en place de mesures incitatives au niveau européen, devraient conduire les PME françaises à renforcer, dans le sillage des grands groupes déjà bien implantés, leur présence dans les PECO.
Chronique des mouvements industriels 2002
- L’opérateur norvégien Telenor détient dorénavant 100% de Pannon GSM en Hongrie, après avoir acquis les 74,2% détenus par ses partenaires néerlandais, finlandais et danois, pour un montant de 44 M (Février). Il a aussi créé une nouvelle filiale, Digitania Communications, pour fournir le marché en technologie SMS (Mars).
- L’incubateur hongrois Matáv a annoncé que l’opérateur grec CosmoTelco, son partenaire chez MakTel en Macédoine, a renoncé à son option d’achat de titres Matav contre la somme de 7 M (Avril).
- Mitsubishi Electric a décidé de construire une troisième usine à Slany, en Bohême Centrale (Tchéquie) pour produire des pièces de direction pour automobiles. L’investissement s’élèvera à plus de 15M , avec 120 emplois à la clé (Avril).
- Le sud coréen Samsung a investi 80 M (700 emplois) dans une nouvelle usine à Göd, au nord de la Hongrie, d’où sortiront chaque année 2,6 M de tubes cathodiques, essentiellement destinés à l’exportation (Juin). Par ailleurs, il transférera de Barcelone à Jászfényszaru, environ 50 kilomètres à l’est de Budapest, une partie de sa production de DVD, TV et VCR. Dans le même temps, une usine en construction en Slovaquie (60 M ) accueillera la fabrication des écrans d’ordinateurs auparavant a ssemblés à Jászfényszaru (Juillet). Parallèlement, Picture Tube va licencier 270 de ses employés et arrêter sa fabrication d’écrans à Szombathely, à l’ouest de la Hongrie, la demande ayant chuté d’un tiers en deux ans (Novembre).
- Après avoir transféré la fabrication de la X-Box de la Hongrie vers la Chine, Flextronics ferme son site à Brno en République tchèque supprimant ainsi quelques 1000 emplois. L’entreprise, qui avait reçu des subventions, a justifié son retrait par la récession économique actuelle (Juillet).
- Seiko Epson, un des principaux producteurs mondiaux d’imprimantes et de périphériques, a ouvert sa première filiale en Pologne. Il espère atteindre une part de marché de 15% dès cette année, malgré la forte concurrence de HP et de Canon, qui représentent 75% des ventes (Septembre).
- L’allemand Maxdata, a décidé de s’attaquer au marché polonais des PC, portables et serveurs, avec pour objectif un chiffre d’affaires de 5 M en 2002 et de 10 M en 2003 (Septembre).
- Philips envisage de fermer son usine à Newport au Pays de Galles et d’en transférer la production en République tchèque (Septembre).
- IBM, 6ème entreprise en Hongrie et deuxième exportateur, va cesser sa production de disques durs à Székesfehérvár et licencier 3700 personnes, la demande chutant (Novembre). En juin, Hitachi semblait être prêt à payer 2 Mds USD pour reprendre la majorité des affaires actuellement déficitaires d’IBM, qui l’an passé a produit 7 M de disques durs et exporté pour un montant de 1,5 Mds USD.
- Présent en Pologne depuis 10 ans, Microsoft vient d’achever la fusion de ses deux filiales, Navision and Great Plain Software (Novembre).
- Le fabricant américain d’imprimantes Lexmark, a cette fois repoussé sine die son projet d’implantation (50 M ) à Tatabanya, 60 km à l’ouest de Budapest, bien qu’une aide de 1,3 M lui ait été proposée (Décembre).
- Aster City Polska, l’opérateur de télévision câblée, est un des actifs vendus par Elektrim Telekomunikacja à trois fonds d’investissement privés. Les deux partenaires principaux de la joint-venture, Elektrim et Vivendi retireront respectivement 32 et 49 M sur une transaction totale de 110 M (Décembre).
- L’UE et la France en particulier conservent leur attractivité dans la R&D et les produits à fort contenu technologique puisque le franco-italien STMicroelectronics recherche un nouveau site près de Aix-en-Provence, où il investirait 1 Md dans un centre de recherche en nanotechnologies. Des synergies seraient possibles avec l’investissement commun avec Motorola et Philips (2,8 Mds ), dans la région de Grenoble, 250 kilomètres plus au nord.
Prochaine étape pour la présidence grecque
A Copenhague, C. Patten, le commissaire européen aux relations extérieures, a rappelé que parmi les pays du Sud-Est Européen (SEE), Croatie, Bosnie-Herzégovine, Yougoslavie, Macédoine et Albanie ont vocation à devenir candidats à l’entrée dans l’UE. Si des évolutions positives sont à relever dans ces pays, certains experts soulignent des problèmes persistants.
Les perspectives encourageantes s’articulent autour de 3 points
- La situation politique continue de se stabiliser. Le conflit politique entre le Monténégro et la Serbie qui durait a été résolu grâce à la médiation de l’UE. Par ailleurs le cycle de démocratisation s’est confirmé en 2002 avec des législatives en Macédoine, en Bosnie et au Monténégro, et des élections présidentielles en Serbie et au Monténégro.
- Les accords de libre échange bi ou multilatéraux se développent avec l’UE, l’EFTA, les pays d’Europe Centrale et surtout entre eux. La Bulgarie a récemment signé un accord avec la Macédoine et la Croatie, mais aussi la Bosnie avec la Croatie et la Slovénie, et s’apprête à faire de même avec la Macédoine.
- Les IDE se poursuivent, malgré une année 2002 moins faste que 2001 où plus de 3 Mds USD avaient été investis dans la région, avec des ratios IDE/PIB comparables aux PECO (7,4% en Croatie, 10,1% en Moldavie ou encore prè s de 12% en Macédoine). Des salaires oscillant entre 50 USD brut par mois (Moldavie) et 200 USD environ (Roumanie) stimulent en partie ces flux d’investissements.
Mais différents experts se montrent critiques.
- Les bailleurs de fonds demandent une accélération des réformes. Mme Noreen Doyle, Premier Vice-Président de la BERD a dénoncé au cours du dernier Forum Economique sur le SEE l’insuffisance de la lutte contre la corruption; les lenteurs bureaucratiques; l’inefficacité des systèmes judiciaires; la déliquescence de l’administration; la non-application des législations internationales, y compris communautaires; et le maintien des licences d’importation. La BERD financera, néanmoins, à hauteur de 1,8 Mds d’USD 56 projets dans l’énergie et les infrastructures routières et ferroviaires.
- Un rapport récent de l’ESI* souligne les risques d’un scénario de « crise en 2004 », sous l’effet de 3 facteurs : un ajustement inévitable et douloureux à la nouvelle situation économique et politique en Bosnie et au Kosovo, sur fond d’aides à la reconstruction orientés à la baisse ; une crise de l’emploi qui se prolonge ; un désenchantement croissant des populations à l’égard des processus démocratiques, incapables pour l’instant d’inverser radicalement ce qui est vécu comme un déclin économique et social. Ce dont témoignent les dernières élections présidentielles en Serbie, où le quorum de 50% de participation n’a pas été atteint.
La présidence grecque de l’UE, au premier semestre 2003, jouera un rôle d’autant plus central que les entreprises helléniques ont investi plus de 6 Mds USD dans le SEE depuis 1990, dont près des 2/3 dans l’industrie manufacturière. Elle cherchera vraisemblablement à donner un nouvel élan à l’application des « Déclarations de Zagreb » de novembre 2000, à l’occasion du sommet Zagreb II qui se tiendra à Salonique en juin.
Pour obtenir de plus amples informations sur cette analyse (Revue Elargissement No. 36 – 6 Janvier 2003), des statistiques ou d’autres analyses, consultez
le site élargissement de la DREE.