Accord de libre-échange UE — Nouvelle-Zélande : mais qui est le moins-disant environnemental ?

L’accord de libre-échange UE-Nouvelle-Zélande est pointé du doigt pour les émissions de gaz à effet de serre induites par le transport accru de marchandises qu’il entrainera. Quelle cohérence trouver au regard des politiques européennes qui tendent plutôt à contraindre les échanges ?

Signing ceremony of the EU-New Zealand Free Trade Agreement in Brussels
(De gauche à droite) Le commissaire européen au commerce Valdis Dombrovskis, le Premier ministre néo-zélandais Chris Hipkins, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le ministre néo-zélandais du commerce et de la croissance des exportations Damien O'Connor posent lors de la cérémonie de signature de l'accord de libre-échange entre l'UE et la Nouvelle-Zélande, à la Commission européenne à Bruxelles, Belgique, le 9 juillet 2023. [EPA-EFE/JULIEN WARNAND]

L’accord de libre-échange entre la Nouvelle-Zélande et l’UE est pointé du doigt pour les émissions de gaz à effet de serre induites par le transport accru de marchandises qu’il entrainera. Quelle cohérence trouver au regard des politiques européennes comme le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), qui tendent plutôt à contraindre les échanges ?

Marc Baudry, co-responsable du pôle «Tarification du CO2 et innovation bas carbone» pour la chaire économie du climat de l’Université Paris Dauphine. 

Finalisé en novembre, cet accord avec le pays le plus éloigné qui soit de l’Europe, doit entrer en vigueur en 2024. C’est le premier à intégrer la nouvelle doctrine de l’UE pour des accords commerciaux «verts et justes».

En Nouvelle-Zélande, au climat tempéré et peu densément peuplé (la population de l’Irlande pour 3,8 fois sa superficie), la nature est le facteur de production le plus abondant, expliquant la forte spécialisation agricole. A contrario, l’Europe est mieux dotée en travailleurs et en capital. Sans surprise la viande est donc la principale exportation de Nouvelle-Zélande vers la France (environ 122 millions d’euros en 2022), et inversement pour les automobiles ou l’aéronautique (respectivement environ 64 millions d’euros et 55 millions d’euros d’exportations françaises en 2022), selon les douanes françaises.

Se spécialiser sur ce pour quoi chaque pays est relativement le mieux doté en facteurs de production permet une utilisation plus efficace des ressources, dès lors que leur rareté est signalée par un prix. L’effet est en revanche ambivalent en l’absence de signal prix sur les atteintes à l’environnement : plus de richesse signifie plus de consommation et donc de pollution ; mais des citoyens plus riches accordent souvent plus de poids à la qualité de l’environnement, poussant les pouvoirs politiques à agir pour sa préservation.

On notera à cet égard que la Nouvelle-Zélande est un des pays les plus vertueux en matière énergétique, avec plus de 80% de son électricité d’origine renouvelable.

Les échanges internationaux favorisent aussi, par l’accroissement du marché, la diversité des biens et un commerce intra-branche qui préserve les emplois. Ainsi, bien qu’ayant importé de Nouvelle-Zélande pour environ 45 millions d’euros de produits laitiers et fromages en 2022, la France y a exporté pour environ 12 millions d’euros la même année.

L’accord favorisera la diversité par une protection accrue des indications géographiques protégées, favorisant les pratiques respectueuses des territoires (il exclut par ailleurs des pans importants du secteur agricole pour préserver les agriculteurs européens).

La diversification des produits s’accompagne d’un plus grand pouvoir de marché, et préserve ainsi la capacité à transférer aux consommateurs le signal prix du carbone plutôt que de délocaliser vers des « havres de pollution ». Quant au transport maritime, il est couvert par le marché du carbone européen à partir du 1er janvier 2024 (pour moitié dans le cas de trajets de ou vers un pays extra européen).

Des règles du jeu biaisées ?

Les règles du jeu sont néanmoins biaisées et les ressources mal allouées si une des parties à l’accord reste un «moins-disant» environnemental, notamment vis-à-vis du réchauffement climatique.

Le MACF a alors un rôle correctif : il impose aux produits importés relevant de secteurs couverts par le marché du carbone européen un prix du carbone calqué sur celui de l’UE. Or, la Nouvelle-Zélande a été, avec l’UE, un des précurseurs dans la mise en place d’un tel marché.

Le prix de la tonne de carbone y atteint presque la quarantaine d’euros. C’est la moitié de celui atteint en Europe, mais reste l’un des plus élevés au monde.

La Nouvelle-Zélande est ainsi un des moins concernés par le MACF parmi les partenaires de l’UE. Qui plus est, les discussions sur l’extension du marché du carbone aux émissions directes de l’agriculture y sont plus avancées qu’au sein de l’UE. Dues aux rejets de méthane dans les élevages, ces émissions comptent pour la moitié de ce qu’émet le pays en gaz à effet de serre.

Dans cet accord, le moins-disant environnemental pourrait bien ne pas être celui que l’on croit…