Chers citoyens tchèques, n’ayez pas honte de demander des aides sociales

Le gouvernement tchèque, dirigé par un Premier ministre libéral-conservateur, a débloqué 7 milliards d’euros pour aider les ménages tchèques à faire face à la flambée des factures d’énergie. Cependant, les citoyens tchèques ne sollicitent pas cette aide de l’État.

EURACTIV République tchèque
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Le gouvernement tchèque a investi environ 1 million d’euros dans cette campagne d’un mois. Lors du lancement de la campagne, début octobre, le gouvernement a déclaré que les citoyens « ne profitent pas de l’aide offerte par l’État car ils ont honte ». [Shutterstock/AndrzejRostek]

Le gouvernement tchèque, dirigé par un Premier ministre libéral-conservateur, a débloqué 7 milliards d’euros pour aider les ménages tchèques à faire face à la flambée des factures d’énergie. Cependant, les citoyens tchèques ne sollicitent pas cette aide de l’État. La raison à cela est simple : les Tchèques craignent que la société ne les condamne pour avoir accepté cet argent.

La République tchèque a le taux de chômage le plus bas de l’Union européenne. En 2020, 11,5 % de la population tchèque était menacée de pauvreté ou d’exclusion sociale, soit le taux le plus bas du bloc également.

Grâce à une bonne situation économique et à de nombreuses opportunités d’emploi, les aides publiques ont toujours été utilisées par un petit nombre de personnes seulement. Les responsables politiques qualifiaient ces personnes de « citoyens inadaptés » et faisaient souvent ouvertement référence à la minorité rom.

Hélas, cette expression revient sans cesse dans le débat public. Elle est particulièrement appréciée par les représentants de l’extrême droite populiste.

Tomio Okamura, leader du parti Liberté et démocratie directe (Svoboda a přímá demokracie, SPD, membre du groupe ID au sein du Parlement européen), a déclaré dimanche (23 octobre) sur CNN Prima News que le gouvernement actuel, avec son régime d’aide, « apprend aux inadaptés à pomper les allocations ».

« À cause de déclarations comme celles de M. Okamura, les gens ont honte de demander une aide », a répondu le ministre tchèque du Développement régional, Ivan Bartoš, du parti Pirate (pirátská strana, membre des Verts au Parlement européen).

Les experts confirment que la stigmatisation des aides publiques est un problème majeur qui limite l’accès des personnes à l’aide dont elles ont besoin.

Le gouvernement a donc lancé une campagne de communication pour contrer ces récits. Ainsi, ce mois-ci, on a pu lire sur des panneaux d’affichage dans tout le pays des slogans tels que « Demander de l’aide n’est pas une faiblesse ».

Le gouvernement tchèque a investi environ 1 million d’euros dans cette campagne d’un mois. Lors du lancement de la campagne, début octobre, le gouvernement a déclaré que les citoyens « ne profitent pas de l’aide offerte par l’État car ils ont honte ».

Bien sûr, la stigmatisation des personnes qui recourent à des aides de l’État n’est pas le seul obstacle. Malheureusement, les personnes dans le besoin doivent effectuer des démarches administratives épuisantes, ce qui est également un facteur qui peut décourager.

En outre, beaucoup de citoyens ne savent même pas qu’ils ont droit à une aide.

Selon Daniel Hůle, de l’organisation People in Need, le nombre de personnes qui se trouvent en difficulté augmente sensiblement, mais le nombre d’aides versées n’augmente pas. Et ce n’est pas seulement un problème qui apparaît cet hiver. Les données de l’année dernière montrent que 75 % des bénéficiaires potentiels ne profitent pas de l’aide proposée par l’Etat.

L’idée qu’un gouvernement doive faire appel aux citoyens pour prendre l’argent de l’État peut sembler cocasse, mais à la lumière de la crise actuelle, ce constat est plutôt effrayant.

Le taux d’inflation en République tchèque a atteint 18 %, et les prix extrêmement élevés ont déjà entraîné les premiers licenciements dans les grandes entreprises. Le niveau de chômage devrait augmenter, tandis que davantage de citoyens seront menacés par la pauvreté dans les mois à venir.

Et ces personnes doivent savoir que demander de l’aide n’est pas une faiblesse.