Meloni pousse pour une union de la droite et de l’extrême-droite en France
Pour résoudre la crise politique que traverse la France, la Première ministre italienne Giorgia Meloni appelle à l’union des droites françaises, un vieux projet jamais réalisé, mais qui a de nouveau le vent en poupe.
Giorgia Meloni a jeté une petite bombe sur la scène politique française. Dans une vidéo diffusée à un meeting de son alliée l’eurodéputé d’extrême-droite Marion Maréchal, elle a appelé à « l’unité des droites et du centre-droit », seule solution selon la Première ministre italienne pour « offrir une alternative forte et crédible à des millions de Français ».
De quoi remettre sous les projecteurs la vieille idée jamais concrétisée d’une « union des droites », qui pourrait aller des Républicains (LR) au parti d’extrême-droite du Rassemblement national (RN), en passant par le mouvement Reconquête d’Eric Zemmour.
L’hypothèse est pour l’heure écartée par le ministre démissionnaire de l’Intérieur et président des Républicains, Bruno Retailleau, tout comme par la cheffe du RN Marine Le Pen, qui explique « ne pas y croire ».
Mais la stabilité politique de la coalition gouvernementale montée par Giorgia Meloni — qui rassemble les mouvements d’extrême droite Fratelli d’Italia et la Lega de Matteo Salvini, ainsi que les conservateurs de Forza Italia, la formation créée par feu Silvio Berlusconi — suscite de l’intérêt en France, où l’Assemblée nationale est aujourd’hui plus divisée que jamais.
« Une partie de la droite française est frappée de “melonimania” », commente le politologue spécialiste de l’Italie Marc Lazar, professeur à Sciences Po et à l’Université Luiss de Rome, qui note également un « climat politique » favorable à cette grande coalition.
Difficile cependant d’importer le modèle italien en France, tant les systèmes électoraux des deux pays sont différents, souligne quant à lui le chercheur Lorenzo Castellanin, spécialiste des institutions politiques italiennes.
« En Italie, deux tiers des sièges de députés sont attribués grâce à un système proportionnel, ce qui oblige les partis à faire des alliances avant les élections, contrairement à ce qui se passe en France », explique-t-il.
« Mais qui sait peut-être que les politiques français arriveront à faire une alliance ? », conclut le chercheur.
Alignements idéologiques
Siphonnés au centre par Emmanuel Macron à partir de 2017, les dirigeants des LR ont depuis été tentés de pencher à droite, l’ancien président du parti Eric Ciotti étant allé jusqu’à faire alliance avec le RN lors des législatives de l’été 2024.
Peu avant de lui succéder, Bruno Retailleau soulignait que l’immigration n’était « pas une chance ». Quant à Laurent Wauquiez, le chef des députés LR à l’Assemblée nationale, il appelle ces derniers jours sur les réseaux sociaux à signer une pétition sur l’immigration destinée « à sauver les Français ».
Loin de faire barrage à l’extrême droite, les Républicains ont pour les municipales de mars prochain désigné comme cible principale le mouvement de gauche de La France Insoumise (LFI), qui est désormais considéré comme « la première et la pire menace politique ».
De quoi localement officialiser des alliances avec le RN ? Pour le sénateur Roger Karoutchi, les Républicains pourraient être amenés à se ranger derrière des candidats soutenus par l’extrême droite, « s’ils s’avèrent les mieux placés, y compris dès le premier tour, pour éviter le danger LFI ».
Laurent Wauquiez explique de son côté ne pas vouloir faire d’alliance avec le RN au niveau national, mais uniquement en raison de divergences économiques.
« La réalité, c’est qu’il y a aujourd’hui un large consensus à droite et au sein du camp national », se réjouit Marion Maréchal, nièce de Marine Le Pen et présidente du petit parti Identité-Libertés, suffisamment en tout cas « pour se mettre autour de la table ».
Le verrou Le Pen
Pour Marine Le Pen, pas question pour l’heure d’envisager une quelconque « union des droites ». Elle entend rester fidèle à la ligne populiste anti-système qui lui a permis d’arriver deux fois au second tour de la présidentielle, en 2017 et 2022, à bonne distance de tous les partis de gouvernement.
Mais si cette dernière venait à être empêchée de se présenter à l’élection présidentielle de 2027 en raison de sa condamnation à cinq ans d’inéligibilité dans l’affaire des assistants du Parlement européen, « il serait peut-être possible de rassembler autour d’un autre candidat », suggère Lorenzo Castellanin.
D’autant que la déconstruction du bloc central constitué autour d’Emmanuel Macron devrait favoriser le retour d’un clivage gauche-droite, déjà visible lors des négociations pour le budget 2026 et alors que certains responsables du RN disent en privé que la France va vers une nouvelle « bipolarisation ».
Successeur désigné de Marine Le Pen, le président du RN Jordan Bardella n’a en tout cas pas attendu de nouvelles législatives anticipées pour multiplier les appels du pied en direction des électeurs de droite, organisant début juillet une rencontre avec l’ancien président Nicolas Sarkozy et caressant dans le sens du poil les grands patrons français.
« Il y a deux options sur la table », expliquait il y a quelques mois le chercheur spécialisé sur l’extrême droite Luc Rouban. « Transformer le RN en un parti conservateur capable d’absorber les autres formations de droite — une approche libérale soutenue par Jordan Bardella —, ou persister sur la ligne plus radicale et plus sociale défendue par Marine Le Pen ».
« Le parti tente actuellement de concilier les deux approches, mais cela ne tiendra pas longtemps », estime Luc Rouban.
Reconquête! entre au Parlement européen, Marion Maréchal appelle à une « coalition des droites »
Reconquête! fait son entrée au Parlement européen, avec 5,5% des votes, selon les dernières estimations…
3 minutes
(asg)