Élections en France : quel impact européen ?

Au-delà de son impact en France, la dissolution de l’Assemblée nationale a constitué un choc inattendu pour nos voisins européens, analyse le chercheur Thierry Chopin dans une tribune pour Euractiv France.

Institut Jacques Delors
France’s President Emmanuel Macron meets Marine Le Pen
La question que se posent désormais nos partenaires européens est celle de l’impact sur la politique européenne de la France d’une victoire du Rassemblement national, même avec une majorité relative. [LUDOVIC MARIN/EPA-EFE]

Au-delà de son impact en France, la dissolution de l’Assemblée nationale a constitué un choc inattendu pour nos voisins européens, analyse le chercheur Thierry Chopin dans une tribune pour Euractiv France.

Thierry Chopin est conseiller spécial de l’Institut Jacques Delors, professeur invité au Collège d’Europe (Bruges).

Elle crée en effet une double incertitude : d’une part quant à l’orientation politique du prochain gouvernement et ses répercussions pour l’Europe dans son ensemble ; d’autre part sur l’avenir de la politique européenne de la France – deuxième pays de l’Union par sa population et son économie.

Cette incertitude est d’autant plus grande que le visage de l’Assemblée nationale, et donc du gouvernement, au lendemain des élections, est difficile à prévoir.

À court terme, l’attention est tournée vers les implications budgétaires du changement de donne politique. Les marchés financiers se sont montrés très volatils et le coût d’emprunt de la France a augmenté significativement devant des promesses budgétaires non financées, alors que le déficit public français est déjà élevé.

La crainte est que la France devienne un facteur de déstabilisation pour l’économie européenne, au moment même où une reprise timide a commencé.

Au-delà se pose la question du rôle de la France à Bruxelles. Il semble d’ores et déjà clair que la France va perdre de l’influence au Parlement européen dès lors qu’une large part de ses députés ne fera pas partie de la majorité soutenant la prochaine Commission.

En outre, le Président de la République sera encore affaibli au Conseil européen si son camp est battu aux élections législatives le 7 juillet prochain.

La question que se posent désormais nos partenaires européens est celle de l’impact sur la politique européenne de la France d’une victoire du Rassemblement national, même avec une majorité relative.

Cela signifierait que la France serait gouvernée dans le cadre d’une cohabitation. Ce seraient alors des ministres du Rassemblement national qui participeraient et voteraient au Conseil de l’UE, l’autre branche législative avec le Parlement européen. Ceci pourrait compliquer le jeu pour trouver des accords sur les politiques européennes.

Le positionnement du Rassemblement national a évolué, mais il reste incompatible avec le fonctionnement actuel de l’Union européenne.

Le parti a renoncé à son opposition à l’euro, qui inquiétait l’opinion. Mais il défend un souverainisme juridique qui rappelle celui du Royaume-Uni d’avant le Brexit, envisageant la possibilité de déroger unilatéralement aux décisions européennes et de remettre en cause la contribution française au budget de l’Union – ce qui équivaudrait à un Frexit de fait.

Le RN a d’ailleurs été allié au niveau européen à des partis qui plaident pour un référendum de sortie de l’UE, et donc de l’euro, ce qui renforce cette ambivalence.

Sur le volet économique, la gouvernance budgétaire et les sujets financiers, comment se positionnera le RN ? Privilégiera-t-il une logique radicale de « confrontation » avec Bruxelles, ce qui créerait une volatilité forte sur les marchés financiers ? Ou bien plutôt, après avoir utilisé le vote protestataire et anti-système pour conquérir le pouvoir, cherchera-t-il ensuite à se positionner comme parti de gouvernement « crédible » sur le modèle de Giorgia Meloni en Italie ?

Cela pourrait être le cas notamment dans le domaine économique et budgétaire, sur fond de discours de la contrainte, si le Rassemblement national donne la priorité à son agenda national sur l’immigration et de la sécurité.

Enfin, quel sera le positionnement du RN sur la question géopolitique majeure pour l’Europe : la relation avec la Russie dans le contexte de la guerre en Ukraine ?

Un gouvernement RN serait-il en accord avec l’UE sur la nécessité de soutenir l’Ukraine ? Ou bien adopterait-il un positionnement similaire à celui de la Hongrie d’Orban, faisant obstruction au soutien à l’Ukraine pour chercher à s’en exonérer ?

Cette question pourrait se poser avec d’autant plus d’acuité dans la perspective d’un retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.

Les élections européennes avaient pour enjeux les équilibres politiques au niveau européen. Mais le choix de la dissolution a paradoxalement fait des élections législatives françaises des élections tout aussi importantes pour la direction politique de l’Europe.