Entre réussite économique et précarité sociale : l'Allemagne dix ans après les lois Hartz

Deux études publiées par l'Ifri reviennent sur la pauvreté Outre-Rhin, à l'aune des réformes menées dans les années 2000. Si le taux de chômage a baissé sur le papier, la précarité a également augmenté, mais l'Allemagne reste dans la moyenne des pays européens.

Deux études publiées par l'Ifri reviennent sur la pauvreté Outre-Rhin, à l'aune des réformes menées dans les années 2000. Si le taux de chômage a baissé sur le papier, la précarité a également augmenté, mais l'Allemagne reste dans la moyenne des pays européens.

Brigitte Lestrade est professeur émérite de l’université de Cergy-Pontoise. Ses recherches portent principalement sur les aspects économiques, sociologiques et culturels de l’Allemagne contemporaine, plus particulièrement sur l’évolution du monde du travail.

Au mois d'août 2012, le gouvernement allemand a célébré les dix ans des lois Hartz. Bien que cette réforme emblématique du marché de l'emploi ait été introduite par un gouvernement rouge-vert (SPDBündnis 90/Die Grünen), elle a été reprise à son compte par la coalition gouvernementale noire-jaune (CDU/CSU-FDP) qui lui a succédé.

C'est en effet le 16 août 2002, à la cathédrale française de Berlin, que le chancelier Schröder, dans le cadre d'une cérémonie solennelle, a reçu des mains de Peter Hartz le rapport de la «Commission chargée de la réduction du chômage et de la restructuration de l'Office fédéral du travail » qu'il présidait. Saluée par les uns comme « la plus grande réforme du marché du travail de tous les temps », conspuée par les autres « d'engin de démolition de l'État social », elle n'a pas cessé de diviser la société allemande.

Les lois Hartz, surtout la quatrième loi qui est à la base de la fusion de l'assistance chômage et de l'aide sociale, ont eu un impact profond tant sur le paysage économique et social que politique, bien au-delà de ce que ses concepteurs ont pu imaginer à l'époque. Sur le plan politique, elle a non seulement fait perdre le pouvoir au gouvernement Schröder, mais elle a aussi contribué à ce que le parti d'extrême gauche, Die Linke, s'établisse en tant que cinquième force politique en Allemagne, car elle lui a servi de ciment pour refuser « la pauvreté par décret ».

Lire la suite de l'analyse de Brigitte Lestrade et la note complémentaire de Christoph Schröder