Jean-Luc Mélenchon face à l’extrême droite européenne et ses femmes
Jean-Luc Mélenchon affirme que les partis d’extrême-droite se féminisent de plus en plus. Surtout leurs leaders. Vrai ou faux ?
Jean-Luc Mélenchon affirme que les partis d’extrême-droite se féminisent de plus en plus. Surtout leurs leaders. Vrai ou faux ?
Lors d’un discours au Blanc Mesnil en février, le candidat du Front de Gauche a eu la tirade suivante au sujet de Marine le Pen, la présidente du Front national et autre prétendante à l’Elysée.
« Ce point est très important, car vous devez savoir que cette femme, dont on vous dit qu’elle est la représentante des travailleurs… Ce n’est pas pour rien d’ailleurs, vous savez, qu’ils désignent des femmes à la tête de leurs mouvements d’extrême droite, parce qu’ils pensent que de cette façon on les voit moins arriver. Et, dans toute l’Europe, ils sont en train, comme ça, de désigner des femmes à la tête des mouvements d’extrême droite – vous devez lire ça dans le journal de Marie Claire, qu’on m’a montré à lire, et c’est très bien expliqué – pour faire passer avec un sourire quelque chose qui est d’une égale brutalité à celle que faisaient les hommes d’extrême droite. Parce que, dans cette affaire, ce qui compte, ce sont les idées, c’est pas la longueur des cheveux, bien sûr. »
Quel crédit apporter à cette affirmation ? Selon le site de fact cheking Vigie2012, les propos de Jean-Luc Mélenchon sont « plutôt vrai ».
Leur explication :
En Europe, les partis d’extrême droite sont encore majoritairement dirigés par des hommes. Cela est particulièrement vrai pour les formations des pays du sud et de l’est de l’Europe qui s’appuient sur le charisme de leur leader masculin : Georges Karatzaferis pour l’Alerte populaire orthodoxe (Grèce), Corneliu Vadim Tudor pour le Parti de la Grande Roumanie (Roumanie), Volen Siderov pour l’Union nationale Attaque (Bulgarie), Gábor Vona pour le Jobbik (Hongrie) ou encore Umberto Bossi pour la Ligue du Nord (Italie).
Au centre et au nord de l’Europe, d’autres figures masculines se sont également imposées dans le paysage politique à l’instar de Geert Wilders, dirigeant du Parti pour la Liberté (Pays-Bas), Nigel Farage, leader de l’UKIP (Grande-Bretagne) et Timo Soini pour le Parti des Vrais Finlandais.
Depuis quelques années, certaines femmes d’extrême droite ont néanmoins pénétré cet univers masculin et bénéficié d’une attention médiatique importante : outre Pia Kjaersgaard, fondatrice et présidente du Parti du Peuple danois depuis 1995 et Siv Jensen, présidente du Parti du Progrès norvégien depuis 2006 (après avoir longtemps été numéro deux), Marine Le Pen, Barbara Rosenkranz, Daniela Santanché et Krisztina Morvai sont devenues les nouvelles figures de proue de leur mouvement dans leur pays respectif.
La première, en succédant à Jean-Marie Le Pen à la tête du FN en 2011, la seconde comme leader régionale du FPÖ autrichien (en Basse-Autriche) mais surtout comme candidate FPÖ à l’élection présidentielle d’avril 2010, la troisième comme leader de la Destra italienne jusqu’en 2008 avant la création du Mouvement pour l’Italie la même année et la dernière comme tête de liste de Jobbik aux élections européennes de 2009.
Cependant, si l’on peut penser, comme Jean-Luc Mélenchon l’affirme, que la sélection de ces femmes par leur parti participe d’une stratégie volontaire de « dédiabolisation » de l’extrême droite en Europe, il ne faut pas oublier que d’autres variables politiques, propres à chaque formation et à chaque pays, expliquent également leur prise de pouvoir.
