La sécurité alimentaire, nouveau moteur de la coopération entre le Kazakhstan et l’UE

Doté d’un potentiel agricole naturel, d’un climat d’investissement sain et de mesures publiques sans précédent, le Kazakhstan peut devenir un partenaire fiable de l’UE dans le renforcement de la sécurité alimentaire régionale et mondiale, estime le ministre kazakh de l’Agriculture.

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This article is part of our special report "Repenser l’ordre mondial"
Kazakhstan wheat production (1)
Grâce aux mesures visant à augmenter la production nationale, les exportations de céréales du Kazakhstan ont augmenté de 34,7 % en 2022. [Handout photo]

Doté d’un potentiel agricole naturel, d’un climat d’investissement sain et de mesures publiques sans précédent, le Kazakhstan peut devenir un partenaire fiable de l’Union européenne dans le renforcement de la sécurité alimentaire régionale et mondiale, estime Yerbol Karashukeyev, ministre de l’Agriculture de la République du Kazakhstan.

L’Union européenne a toujours été à la pointe dans les domaines de l’agriculture et de l’industrie alimentaire mondiale grâce à la combinaison des riches traditions de ses États membres dans ce domaine et d’une agro-industrie révolutionnaire et innovante, qui en fait une industrie exemplaire à l’échelle mondiale.

Toutefois, les changements sur les marchés agricoles mondiaux et l’évolution de la situation géopolitique ont mis en évidence les faiblesses des systèmes alimentaires. Ces changements nécessitent de nouvelles approches dans la mise en œuvre des politiques agricoles ainsi que la participation de nouveaux partenaires.

Doté d’un potentiel agricole naturel, un climat d’investissement sain et des mesures publiques sans précédent, le Kazakhstan peut devenir un partenaire fiable de l’Union européenne dans le renforcement de la sécurité alimentaire régionale et mondiale. L’étendue des terres agricoles et les conditions climatiques permettent à notre pays de devenir l’un des principaux exportateurs de produits agricoles au monde.

Compte tenu de tout cela, le développement du secteur agricole figure parmi les objectifs prioritaires du gouvernement kazakh.

Les grands principes de la politique agricole du Kazakhstan se reflètent dans son Concept 2030 de développement de l’agro-industrie et dans son Projet national de développement de l’agro-industrie pour 2021-2025.

En outre, le gouvernement suit en permanence l’évolution de la situation régionale et continue d’ajuster ses politiques économiques et agricoles afin que ses citoyens puissent acheter des produits alimentaires à des prix raisonnables.

Les mesures visant à accroître la production nationale ainsi qu’à renforcer la compétitivité et la sécurité alimentaire se sont avérées efficaces pour résoudre ces enjeux.

Selon l’indice mondial de la sécurité alimentaire de 2022, le Kazakhstan se classe au 32e rang sur 113 pays, occupant pour la première fois la première place dans la région (parmi les pays de l’ex-Union soviétique). Le Kazakhstan s’est également classé en deuxième position sur 32 pays enclavés en ce qui concerne l’afflux important d’investissements directs étrangers.

Malgré les défis liés à la volatilité des marchés agricoles mondiaux, la production alimentaire a augmenté de 3,9 % en 2022, pour atteindre 6,5 milliards de dollars. La croissance de la production a permis au Kazakhstan d’augmenter les investissements de capitaux dans l’agriculture de 6,7 % (1,9 milliard de dollars) l’année dernière et de 15,7 % (311 milliards de dollars) dans la production alimentaire. Cette tendance s’est poursuivie en 2023 : au cours des quatre premiers mois, le secteur agricole a bénéficié de plus de 600 millions de dollars d’investissements de capitaux, soit 30,8 % de plus qu’en 2022.

L’objectif à moyen terme est de créer un climat d’investissement favorable dans l’agriculture qui attirerait plus de 900 projets d’ici 2026, pour une valeur de 2 800 milliards de tenges kazakhs (environ 6,2 milliards de dollars). Pour ce faire, le gouvernement a mis en place une politique fiscale préférentielle en faveur de l’industrie agricole : le soutien du gouvernement à l’agro-industrie s’élèvera à 1 milliard de dollars cette année.

Conformément à la politique d’agriculture durable, le gouvernement kazakh encourage l’introduction de technologies permettant d’économiser l’eau. Ces dernières années, 30 000 hectares de terres irriguées ont été converties à l’irrigation goutte à goutte et à l’irrigation par aspersion. Dans les années à venir, ce sont 130 000 à 150 000 hectares par an qui passeront à l’irrigation avancée, ce qui permettra de passer à des technologies d’économie d’eau sur 750 000 hectares d’ici à 2030.

La formation des agriculteurs constitue un autre domaine important du développement agricole : des programmes de formation à grande échelle sur les technologies agricoles ont été lancés à l’intention de 100 000 personnes.

Dans le domaine de l’élevage, les agriculteurs kazakhs choisissent souvent de travailler avec des producteurs européens en matière de génétique et de sélection végétale. La taille des pâturages nous permet de cultiver des fourrages respectueux de l’environnement et d’obtenir une viande de haute qualité.

Le projet de financement d’investissements dans l’agriculture lancé dans toutes les régions du Kazakhstan devrait permettre de dégager plus de 100 milliards de tenges kazakhs d’investissements (environ 222 millions de dollars). Ces fonds seront utilisés pour construire plus de 65 fermes laitières.

L’un des principaux objectifs consiste à développer le potentiel d’exportation de l’industrie agricole kazakhe. En 2022, les exportations agricoles du Kazakhstan ont atteint 5,6 milliards de dollars, soit 46 % de plus qu’en 2021. Plus précisément, l’exportation de céréales a augmenté de 34,7 % (1,9 milliard de dollars), l’exportation de cultures oléagineuses de 66 % (603 millions de dollars) et celle des produits agricoles transformés de 64 % pour atteindre 2,3 milliards de dollars.

Le Kazakhstan exporte aujourd’hui 531 types de produits alimentaires vers 67 pays dans le monde. Parmi les principaux consommateurs figurent les membres de l’Union économique eurasiatique, les pays d’Asie centrale, l’Afghanistan, la Turquie, la Lettonie, l’Italie, la Belgique, l’Iran et la Chine. Grâce à une production annuelle de 20 millions de tonnes de céréales, le Kazakhstan répond à la demande en céréales et en farine de l’ensemble de l’Asie centrale et de l’Afghanistan et a le potentiel nécessaire pour accroître l’approvisionnement en blé de l’Europe et de la Chine.

Dans les années à venir, la capacité, encore inexploitée, permettra de doubler les exportations de produits agricoles et d’intensifier leur transformation. Parallèlement, les entreprises et les agriculteurs du pays s’efforcent d’accroître la production d’aliments biologiques. Un projet de loi sur la production et la distribution de produits biologiques, actuellement examiné par le Parlement du Kazakhstan, prévoit l’harmonisation de la réglementation nationale avec les règles et les normes internationales en matière de produits biologiques.

En mars dernier, la Commission européenne a évalué positivement les mesures de contrôle vétérinaire au Kazakhstan, ce qui a permis de nouvelles exportations de produits halieutiques kazakhs vers le marché de l’UE et pays est actuellement dans l’attente d’un certificat d’exportation pour les produits à base de miel biologique. Les discussions entre le Kazakhstan et les États membres de l’UE ont révélé un vif intérêt pour l’importation de viande et de produits laitiers en provenance du Kazakhstan. Pour répondre à la demande croissante, la priorité est d’améliorer la conformité de la qualité de nos produits agricoles avec les normes de l’UE. Une certaine harmonisation des réglementations phytosanitaires et vétérinaires aidera les entreprises kazakhes à être reconnues comme fournisseurs sur le marché unique européen.

Par ailleurs, la demande du Kazakhstan en matière de semences, de technologies et d’innovations européennes de haute qualité est en augmentation. La production de certains produits ou innovations européens au Kazakhstan constitue un domaine d’investissement prometteur pour l’agro-industrie européenne. Je peux assurer aux investisseurs de l’UE qu’ils trouveront au Kazakhstan un terrain fertile pour leurs investissements dans les domaines de l’élevage, de la culture, de la transformation avancée des céréales et de la production d’aliments pour bébés. Les entreprises alimentaires et agro-industrielles qui envisagent de s’installer dans la région devraient choisir le Kazakhstan, un pays qui offre aux producteurs de l’UE un climat d’investissement attrayant.

Au début du mois de juin, j’ai discuté de cette perspective avec mon collègue, le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski, qui s’est rendu au Kazakhstan les 8 et 9 juin. Lors de sa rencontre avec le président Kassym-Jomart Tokaïev, de son discours au Forum international d’Astana sur l’enjeu de la sécurité alimentaire mondiale et de nos discussions constructives, le commissaire a confirmé le potentiel du renforcement de notre coopération dans le domaine de la production et de l’exportation de denrées alimentaires.

« L’UE a l’intention d’ouvrir la voie à une sécurité alimentaire durable, mais c’est une voie que nous ne pouvons pas emprunter seuls », avait-il affirmé.

Je suis d’accord avec lui pour dire qu’en partageant nos points de vue sur ces défis, nous pouvons construire une coopération solide en matière de sécurité alimentaire et de durabilité.

Au Kazakhstan, nous pensons que la sécurité alimentaire mondiale peut être mieux assurée avec la participation de nouveaux partenaires de puissance moyenne dans les secteurs de l’agriculture, des transports et de l’énergie. Les entreprises et les agriculteurs kazakhs sont prêts à répondre à la demande internationale croissante et à augmenter leur production.

Au premier rang de la sécurité alimentaire mondiale, l’Union européenne peut démontrer son soutien à ses partenaires internationaux fiables en facilitant l’échange d’innovations, en encourageant la coopération en matière d’investissement et en créant de nouvelles chaînes d’approvisionnement communes qui élargiront le réseau de fournisseurs de denrées alimentaires.