Le monde a urgemment besoin du leadership français sur le climat

L'objectif de réduction des émissions de CO2 actuellement sur la table à Bruxelles ne permettra pas de modifier la courbe des températures. Une position ferme de la France pourrait faire bouger les lignes, estime Stephen Boucher, de l'European Climate Foundation

L'objectif de réduction des émissions de CO2 actuellement sur la table à Bruxelles ne permettra pas de modifier la courbe des températures. Une position ferme de la France pourrait faire bouger les lignes, estime Stephen Boucher, de l'European Climate Foundation

Dans deux ans, les négociations sur le climat se tiendront à Paris.

Parlera-t-on alors d’un nouveau « Copenhague », ou de réussite ? Deux ans exactement pour enregistrer des engagements clairs de réduction des émissions de gaz à effet de serre de la part des États pour les décennies à venir, alors que le dernier chapitre qui vient de se terminer à Varsovie a de quoi inquiéter.

Et les positions que la France défend actuellement au niveau européen laissent présager d’un échec, du moins sur le fond, si ce n’est sur la forme, des négociations en 2015 qu’elle accueillera. Mais il est encore temps de corriger le tir. Nous le pouvons, nous le devons.

L’enjeu est de taille : les émissions de gaz à effet de serre doivent être maîtrisées pour atteindre leur maximum absolu vers 2017-20 et diminuer ensuite rapidement si ’on veut avoir une chance raisonnable de limiter l’augmentation de la température du globe à 2°C d’ici la fin du siècle. Un accord doit donc voir le jour en 2015. 

Mais si nous voulons dépasser Copenhague, nous devons préparer cet accord dès maintenant. Aujourd’hui, ni la France, ni l’Europe ne sont en ordre de bataille pour mener cette négociation à bien. Le monde a besoin d’un signal fort et c’est à la France, pays hôte, que revient la responsabilité d’envoyer ce signal.

 

Pour l’heure, la Commission européenne a proposé 40 % de réduction d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Cela peut sembler raisonnable, mais il faut savoir que la trajectoire actuelle nous conduirait sans plus d’effort à quelques 35% de réduction des émissions.

Donc 40% ne représentent qu’un maigre effort, largement insuffisant au regard de l’aggravation du changement climatique, souligné par le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat qui insiste sur le fait qu’à moins de réduire les émissions de gaz à effet de serre plus ou moins totalement d’ici le milieu du siècle, nous courrons à la catastrophe.

Or, une trajectoire linéaire entre 2013 et 2050 qui placerait le point intermédiaire en 2030 proposé par la Commission européenne et soutenu par M. Hollande ne nous amènerait qu’à une réduction d’environ 58 % en 2050.

Nous sommes loin du compte. 50% de réduction des émissions sur le territoire européen en 2030 est un minimum.

La France, pays hôte, a une responsabilité cruciale et doit montrer l’exemple en Europe et dans le monde. Les annonces de François Hollande lors de sa conférence de presse annuelle sur une coopération intensifiée avec l’Allemagne sur les renouvelables, ainsi que les déclarations récentes de Philippe Martin, ministre de l’environnement, pour une objectif de réduction européen des gaz à effet de serre « d’au moins » 40% vont dans le bon sens.

Il faut maintenant les porter au niveau européen et les concrétiser.

Veillons, dès aujourd’hui, à ce que Paris soit la conclusion du processus amorcé à Copenhague et devienne le symbole du moment de l’Histoire où l’humanité a saisi à temps la fenêtre d’opportunité de lutter contre le changement climatique au niveau mondial. Au risque, sinon, qu’elle ne se ferme un peu plus.