Traité de Maastricht : heureusement que les Français ont dit "oui"

L’approbation référendaire du traité de Maastricht en France il y a 30 ans a marqué une étape essentielle de la construction européenne, qui prend tout son sens dans le contexte géopolitique et politique actuel.

Collectif
A,Row,Of,Flags,Of,The,European,Union,Flying,In
La (courte) victoire du "oui" (51%) a non seulement permis de renforcer l’intégration politique de notre continent après la fin de la guerre froide, mais aussi de poser les bases de l’Union européenne que nous connaissons aujourd’hui. [Shutterstock/olrat]

L’approbation référendaire du traité de Maastricht en France il y a 30 ans a marqué une étape essentielle de la construction européenne, qui prend tout son sens dans le contexte géopolitique et politique actuel.

Cette tribune est signée par plus de 90 personnalités du réseau du Mouvement Européen – France (ME-F), dont notamment des élus locaux, nationaux, européens, des personnalités issues de la société civile ou encore des personnalités du monde des entreprises et des universitaires.

Le ME-F vise à faire vivre le débat en Europe, notamment par le biais de la pédagogie, de l’organisation du débat entre les citoyens et de la formulation de propositions pour construire une Europe progressiste.

La (courte) victoire du « oui » (51%) a non seulement permis de renforcer l’intégration politique de notre continent après la fin de la guerre froide, mais aussi de poser les bases de l’Union européenne que nous connaissons aujourd’hui, capable de faire face aux défis comme l’invasion russe en Ukraine en tant qu’Européens.

La création de l’euro est la conséquence la plus concrète du « oui » de 1992 et la plus palpable au quotidien pour environ 341 millions d’Européens, bientôt rejoints par les Croates en janvier 2023. Les Européens et les Français sont aujourd’hui très attachés à cette monnaie, symbole de l’unité européenne, du marché unique et qui rime avec robustesse et solidité !

Si Maastricht a posé les bases de l’Union économique et monétaire, la gestion de cette union n’a cessé de s’améliorer et de s’adapter depuis lors. La Banque centrale européenne s’est montrée très réactive et créative face aux crises; de nouvelles solidarités financières ont été développées entre les États, comme le plan de relance Next Generation EU; le Pacte de stabilité et de croissance a démontré toute sa flexibilité, déjouant tous les procès en dogmatisme.

Comment aurions-nous pu affronter la pandémie ou la guerre en Ukraine sans l’euro? Comment notre dette actuelle de 2 901 milliards d’euros serait-elle perçue et financée par les investisseurs si elle était libellée en francs, à hauteur de 19 035 milliards?! C’est grâce à l’euro qui nous protège que nous avons pu faire face aux périls, sans nous affaiblir dans des guerres monétaires intestines !

Le oui au référendum du 20 septembre 1992 a aussi permis de renforcer notre sécurité collective dans un monde devenu dangereux. Si l’UE peut prendre des sanctions contre l’agresseur russe qui a envahi l’Ukraine, c’est grâce à la politique étrangère et de sécurité commune (PESC), dont les bases ont été posées par le Traité de Maastricht.

Celle-ci s’est approfondie progressivement, d’abord mise à l’épreuve pendant la guerre en ex-Yougoslavie, elle a renforcé la capacité d’action de l’Europe et lui permet aujourd’hui de financer la livraison d’armes aux Ukrainiens.

La victoire du oui a aussi permis d’ouvrir la voie à une coopération policière et judiciaire essentielle pour faire face aux menaces telles que le terrorisme – et ce, ensemble, en tant qu’Européens. Le « non » du Parlement français de 1954 à la « Communauté européenne de défense » a représenté une occasion manquée, jamais retrouvée depuis lors : que se serait-il passé en matière de sécurité collective si le “non” l’avait emporté en France en 1992?

Grâce à la victoire du « oui » au référendum, le projet de paix initié par la Communauté européenne du charbon et de l’acier et la Communauté économique européenne a pu être développé et approfondi, pour devenir un espace de paix et de sécurité unique au monde, qui réunit des citoyens européens au-delà des frontières.

La « citoyenneté européenne » consacrée par le Traité de Maastricht s’est d’abord concrétisée par l’octroi de droits, comme le droit de vote aux élections municipales et européennes pour les citoyens européens établis dans un autre pays de l’UE. Elle a aussi permis d’accompagner le développement de projets concrets comme Erasmus, devenu un symbole marquant de notre identité européenne.

Cette citoyenneté européenne, c’est celle que nous éprouvons à l’heure de la guerre en Ukraine, instinctivement solidaires de nos voisins et cousins dans leur valeureuse lutte face à l’agresseur russe – celle qui nous pousse à être à leur côté, liés par un destin perçu comme commun.

30 ans après que les Français ont dit oui au Traité de Maastricht et à la création de l’Union européenne, mesurons le caractère ô combien précieux de cet engagement politique et démocratique, ainsi que les incertitudes et périls auxquels nous auraient exposés la victoire du « non ».

Rappelons-nous avec l’un de ses promoteurs François Mitterrand que le succès de la France et celui de l’Europe sont indissociables – et que « le nationalisme, c’est la guerre ». Et souvenons-nous que le Traité de Maastricht n’était qu’une étape majeure dans la construction d’une Europe unie et solidaire qu’il nous appartient à la fois de préserver comme un bien précieux et d’améliorer sans cesse afin de nous permettre de faire face en Européens aux gigantesques défis communs de l’heure.

[La liste complète des signataires est disponible en cliquant sur ce lien.]