Favorable à l’accord UE-Mercosur, l’Allemagne tente de convaincre la France

Le gouvernement allemand veut convaincre la France des mérites de l’accord de libre-échange UE-Mercosur, a expliqué la secrétaire d’État chargée du commerce au ministère allemand de l’Économie, Franziska Brantner, à EURACTIV lors d’un entretien.

/ EURACTIV Allemagne
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« Avec les pays du Mercosur, il est très important de créer un accord qui protège le climat et fait progresser nos échanges commerciaux », a déclaré la secrétaire d’État allemande, Franziska Brantner. [Bundestag/Pascal Bastien]

Le gouvernement allemand veut convaincre la France des mérites de l’accord de libre-échange UE-Mercosur — actuellement discuté au sommet UE-CELAC —, a expliqué la secrétaire d’État chargée du commerce au ministère de l’Économie, Franziska Brantner, à EURACTIV lors d’un entretien.

Les discussions entre l’UE et le bloc sud-américain Mercosur sont en cours depuis 20 ans et ont abouti à un accord politique en 2019. Cependant, aucun texte final n’a encore été signé ou adopté malgré le fait que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se soit engagée à finaliser l’accord d’ici la fin de l’année. La France, l’Irlande et les Pays-Bas ont appelé à des garanties supplémentaires, notamment en ce qui concerne l’environnement.

« Avec les pays du Mercosur, il est très important de créer un accord qui protège le climat et fait progresser nos échanges commerciaux », a déclaré la secrétaire d’État allemande, du parti Alliance 90/Les Verts (Die Grünen), à EURACTIV.

Les craintes que l’augmentation des importations de produits agricoles provenant du Brésil puisse entraîner la déforestation de la forêt tropicale sont au centre des discussions alors que les dirigeants de l’UE et de l’Amérique latine et du Sud se réunissent à Bruxelles pour le sommet UE-CELAC lundi et mardi (17-18 juillet).

Au stade actuel des négociations, l’Union européenne souhaite négocier un texte supplémentaire contenant des dispositions relatives à la protection de la forêt tropicale et attend que les pays du Mercosur présentent leur contre-proposition, retardée en raison de désaccords internes.

« Nous voulons en particulier ancrer la protection des forêts, c’est-à-dire la protection des forêts primaires, dans l’accord. Le commerce ne doit pas saper la protection du climat, mais la renforcer », a poursuivi Mme Brantner.

Mais pour cela, le texte additionnel doit inclure des règles contraignantes sur les forêts tropicales.

Bien que la partie sud-américaine doive encore présenter une contre-proposition sur la formulation du texte, « l’accord lui-même ne sera pas rouvert ».

« La Commission européenne travaille sur la meilleure façon de rendre les améliorations juridiquement contraignantes à terme », a-t-elle ajouté.

Une France hésitante

L’accord UE-Mercosur est particulièrement controversé en France, où il se heurte à l’opposition farouche des écologistes et des représentants du secteur agricole national.

Dans une résolution récente, l’Assemblée nationale française a demandé l’ajout de « clauses miroirs » à l’accord, selon lesquelles les importations vers l’Europe seraient soumises aux mêmes normes environnementales et alimentaires que la production nationale.

Toutefois, une telle interférence avec les normes environnementales nationales ne devrait pas être autorisée au Brésil, et le président Luiz Inácio Lula da Silva est même allé jusqu’à accuser le président français Emmanuel Macron de « protectionnisme ».

Le texte additionnel devrait donc également persuader le gouvernement français d’approuver l’accord.

« J’espère bien sûr qu’au final, nous aurons aussi la voix de la France dans ce dossier », a déclaré Mme Brantner.

Un large soutien en Allemagne

En Allemagne, l’accord UE-Mercosur bénéficie d’un large soutien, principalement de la part des secteurs industriels orientés vers l’exportation, tels que l’industrie automobile et la construction mécanique.

Lors d’un débat au Bundestag, des représentants de la coalition au pouvoir et de l’union conservatrice CDU/CSU se sont prononcés en faveur de l’accord, accusant les Verts de retarder la conclusion de l’accord en raison de leurs exigences.

« Avec un état des négociations après 20 ans, nous devrions quand même prendre le temps de faire les choses correctement ici », a déclaré Mme Brantner en réponse à cette critique.

Cette dernière rejette la responsabilité de ce retard sur le groupe parlementaire CDU/CSU. Selon elle, les positions antérieures de son parti, qui a rejeté les accords de libre-échange TTIP avec les États-Unis et CETA avec le Canada, ne sont pas en contradiction avec la position actuelle de son parti.

« J’ai reproché au gouvernement précédent de ne pas avoir réussi et de ne même pas avoir essayé de […] concilier le commerce et la protection du climat. Il a opposé les deux », a expliqué Mme Brantner à EURACTIV. « Et c’est dommage. Sans cela, nous aurions pu lancer de bons accords commerciaux bien plus tôt », a-t-elle ajouté.

Sans accords sur la protection du climat, par exemple, les accords commerciaux ne seraient plus en mesure d’obtenir une majorité au niveau de l’UE, a-t-elle souligné.

« Nous ne pouvons pas travailler ici avec nos citoyens et nos entreprises pour économiser autant de CO2 que possible pour ensuite autoriser des importations à forte intensité de CO2 et détruire le climat ailleurs », a ajouté Mme Brantner.

« Une telle politique n’aurait aucun sens. Il ne s’agit pas seulement d’une question de majorité, mais aussi d’une question d’honnêteté politique. C’est pourquoi nous avons une responsabilité à cet égard », a-t-elle poursuivi.

Retards dans les négociations

Dans le même temps, Mme Brantner s’est dite sereine quant aux retards actuels dans les négociations.

« En Allemagne, les négociations de coalition sont toujours intenses », a-t-elle affirmé.

« Je sais qu’il n’est pas facile pour les Brésiliens de trouver une position sur le plan de la politique intérieure. L’Argentine est actuellement en campagne préélectorale », a-t-elle souligné.

Mme Brantner a également exprimé son espoir de voir avancer le dossier lors de la présidence espagnole du Conseil de l’UE, d’autant plus que Madrid compte parmi les partisans de l’accord.

La présidence espagnole du Conseil pourrait apporter « un nouvel élan » de sorte qu’« il y ait une fenêtre d’opportunité pour que du poids politique soit à nouveau introduit dans ces négociations », a-t-elle ajouté.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]