Klaus Welle : Giorgia Meloni peut être l'architecte d'une nouvelle relation Bruxelles-Washington sous Donald Trump
Giorgia Meloni serait « susceptible de jouer un rôle constructif » dans l'avènement d'une nouvelle relation diplomatique entre l'UE et les Etats-Unis sous Donald Trump, affirme Klaus Welle, ancien secrétaire général du Parlement européen, lors d’une interview avec Euractiv.
Giorgia Meloni serait « susceptible de jouer un rôle constructif » dans l’avènement d’une nouvelle relation diplomatique entre l’Union européenne (UE) et les États-Unis sous Donald Trump, affirme Klaus Welle, ancien secrétaire général du Parlement européen, lors d’une interview avec Euractiv. Si elle partage les valeurs d’extrême droite du candidat républicain, l’Italienne reste attachée au projet européen, souligne-t-il.
En outre, si Donald Trump revient à la Maison-Blanche, un « lien » entre les États-Unis et l’Europe ne pourra être établi que par des diplomates « solidement ancrés » dans le projet européen des deux côtés de l’Atlantique, explique Klaus Welle.
« Donald Trump représente une alternative qui s’accompagnerait de défis majeurs, y compris pour nous au sein de l’UE. En revanche, je pense que Kamala Harris s’inscrirait dans une sorte de continuité », a-t-il expliqué.
Interrogé sur l’avenir du « lien » diplomatique entre l’Union européenne (UE) et des États-Unis dirigés par Donald Trump, Klaus Welle a répondu que seuls ceux qui sont « solidement ancrés » dans les structures européennes et qui défendent le projet européen devraient être impliqués.
L’avènement de Donald Trump, s’il se confirmait, ne rend pas impossible tout échange diplomatique et économique entre les États-Unis et l’UE, explique l’ancien fonctionnaire.
« Au cours du dernier mandat de Donald Trump, des négociations ont été possibles, comme pour l’accord sur l’acier sous la présidence de Jean-Claude Juncker », explique Klaus Welle.
À l’époque, une navette avait été mise en œuvre par le biais de l’ancien Premier ministre néerlandais Mark Rutte, qui servait d’intermédiaire.
Mais lui comme Jean-Claude Juncker « étaient très clairement ancrés dans l’UE et avaient confiance [dans le projet européen] ».
Pas de Viktor Orbán mais Giorgia Meloni ?
Hors de question donc, suggère l’ancien fonctionnaire en filigrane, de laisser de futures négociations se faire avec des chefs d’États eurosceptiques, en premier chef Viktor Orbán – qui ne fait pas mystère de son admiration pour le candidat des Républicains.
En revanche, la Première ministre italienne d’extrême droite Giorgia Meloni serait « beaucoup plus susceptible de jouer un rôle constructif » auprès des services diplomatiques de la Maison-Blanche sous une présidence de Donald Trump, affirme Klaus Welle.
Giorgia Meloni a été largement mise à l’écart lors de la répartition des postes clefs au sein de la Commission européenne et du Parlement européen, à la suite des élections de juin. L’arrivée de Donald Trump pourrait être un retour en grâce de l’Italienne, qui n’a plus l’influence qu’elle avait il y a encore un an.
Plus généralement, le retour de Donald Trump pourrait-il renforcer la force de frappe politique des partis d’extrême droite en Europe, et au sein de l’hémicycle bruxellois ?
« Je pense qu’ils seraient certainement réconfortés par l’élection de Donald Trump, mais la majorité pro-européenne, qui défend également l’Ukraine, est très solide et cette majorité se maintiendra », estime celui qui a été secrétaire général du Parlement européen entre 2009 et 2022.
En revanche, il exhorte les pays membres à déjà réfléchir à compenser la réduction potentielle — voire presque certaine sous Donald Trump — de l’aide américaine à l’Ukraine.
Selon lui, le soutien financier de l’UE à l’Ukraine représente actuellement environ 0,1 % du PIB, alors que la Russie investit dans cette guerre 7 % de son PIB.
« Il n’est donc pas impossible qu’au lieu de 0,1 %, nous puissions fournir 0,2 % et ainsi compenser financièrement les États-Unis ».
L’ancien secrétaire général du Parlement européen a également souligné que le soutien du nouveau Parlement à l’Ukraine était extrêmement fort, citant en exemple le vote sur le prêt de 35 milliards d’euros à l’Ukraine, financé par les actifs russes gelés.
« Le groupe de l’Europe des nations souveraines [extrême droite] a voté contre, les Patriotes pour l’Europe ont eu un vote mitigé et les Conservateurs et Réformistes européens a voté en faveur du prêt », a-t-il expliqué.
Mario Draghi montre la voie
L’ancien fonctionnaire a beau être optimiste, il n’ignore pas les risques réels d’une nouvelle présidence du Républicain Donald Trump.
Ainsi en est-il de la politique commerciale du magnat américain, qui prévoit des droits de douane de 100 % sur les exportations chinoises et de 10 à 20 % sur les exportations européennes.
« L’ordre commercial mondial tel que nous le connaissons depuis des décennies est remis en question, et l’Union européenne est plus dépendante que d’autres dans ce libre-échange mondial. »
Selon Klaus Welle, les Américains sont moins exposés au commerce mondial.
« Ils sont autosuffisants sur le plan énergétique. Ils sont en train d’acquérir une plus grande indépendance dans le secteur industriel. Ils seraient donc moins touchés, tandis que l’Europe serait massivement affectée si l’hypothèse d’un libre-échange mondial s’effondrait. »
Pour Klaus Welle, il est temps que l’Europe s’attaque à ses propres faiblesses et cesse de se focaliser sur les États-Unis ou d’autres acteurs extérieurs.
« C’est pourquoi je pense que le plan [de Mario] Draghi est si essentiel », a-t-il confié.