L’Europe a besoin d’un Erasmus pour les travailleurs
Le commissaire européen en charge de l'industrie souhaite encourager les jeunes travailleurs à se former et à acquérir des compétences à l’étranger. Une sorte de programme Erasmus pour travailleurs.
Le commissaire européen en charge de l'industrie souhaite encourager les jeunes travailleurs à se former et à acquérir des compétences à l’étranger. Une sorte de programme Erasmus pour travailleurs.
Antonio Tajani est le commissaire européen en charge de l'industrie et de l’entrepreneuriat. Ancien ministre des transports et eurodéputé, il est membre fondateur, aux côtés de Silvio Berlusconi, de Forza Italia. Il était vice-président du Parti populaire européen (PPE).
Il s'est confié à Lenka Feren?áková d’EURACTIV Slovaquie.
Un plan d'action pour le secteur européen de l'acier a récemment été introduit. Pourquoi avoir choisi ce secteur ?
Au titre de la politique industrielle, de nombreux secteurs sont interdépendants. Ensemble, ils créent un réseau. Chaque secteur est le frère d'un autre, que ce soit l'acier, l'automobile ou la construction. Sans le secteur automobile et la construction, le soutien au secteur de l'acier est impossible. Sans tourisme, la progression dans le secteur de la construction est impossible.
Ces dernières années, le secteur de l'acier a connu une situation très difficile. Le plus gros problème de l'acier, en Europe et dans le monde, c'est la surcapacité. La crise actuelle est un problème de court terme. Il importe de trouver de nouvelles idées, car le secteur de l'acier est indispensable pour notre économie. Pendant un an, la Commission européenne a collaboré avec des partenaires du Parlement européen, des États membres, des syndicats et des entreprises, dans le cadre d'un groupe de haut niveau, vers un objectif commun : la création de ce plan d'action. Le Conseil européen l’a accueilli favorablement lors du sommet de juin.
Quels sont les éléments principaux de ce plan d'action ?
Les éléments les plus importants mentionnés dans le plan d'action sont les prix de l'énergie et des matières premières, la politique commerciale et des règles équitables. En 2012, onze nouvelles enquêtes antidumping ont été ouvertes sur des produits du fer et de l'acier. Une affaire a été portée auprès de l'OMC [Organisation mondiale du commerce] à Genève. Des mesures dans la politique de commerce équitable sont indispensables, car l'UE rencontre beaucoup de difficultés à concurrencer la Chine et d'autres pays. Nous prêtons également attention aux conséquences du système européen d'échange de quotas. Nous aimerions encourager les jeunes travailleurs à se former et à acquérir des compétences à l’étranger grâce à l'UE et au soutien financier de certaines entreprises. Une sorte de programme Erasmus pour les travailleurs.
Le secteur de l'acier peut profiter de plusieurs mesures d'aide d'État pour l'innovation ainsi que la recherche et le développement, qui contribuent aux objectifs de l'UE pour 2020. Aucune aide d'État n'est accordée pour accroître la production. Mais pour améliorer les compétences et de faciliter les restructurations, les entreprises peuvent utiliser des fonds structurels, le Fonds social européen [et] le Fonds d'ajustement à la mondialisation. Pour soutenir l'innovation, un Fonds de recherche du charbon et de l'acier est également disponible.
Nous devons à présent mettre en œuvre ce plan d'action. Après douze mois, le groupe de haut niveau évaluera la mise en œuvre du plan. Nous le modifierons peut-être, nous apporterons peut-être de nouvelles propositions et de nouvelles idées. Une bonne coopération avec les États membres est également importante, car ce sont eux qui mettent en œuvre les mesures mentionnées.
Le vieillissement de la main-d’œuvre dans le secteur de l'acier est l'un des problèmes cités dans le plan d'action. Comment attirez-vous les jeunes pour combler le futur manque de compétences ?
L'enseignement est le point le plus important dans ce dossier. À Podbrezová [Slovaquie] et à Linz [Autriche], j'ai visité des entreprises de l'acier qui gèrent leur propre école. Ce système incluant un programme d'apprentissage complet illustre bien la manière de progresser. Sans un enseignement de qualité, il est impossible de faire progresser l'emploi des jeunes. Si vous voulez plus d'emplois pour les jeunes et si vous voulez lutter contre le chômage, il faut aussi mettre plus d'argent sur la table.
Lors du dernier Conseil européen, les dirigeants des États de l'UE ont accepté d'accélérer l'initiative « Emploi des jeunes » et d'y allouer 6 milliards d'euros. Mais c'est une aspirine pour calmer la douleur.
Si nous voulons une solution, nous avons besoin de stratégies pour l'emploi et la croissance ; des stratégies qui soutiennent l'économie réelle ; des industries du marché intérieur ; des petites et moyennes entreprises.
Je pense qu'il n'est pas réaliste pour les jeunes de viser la bourse, le London Stock Exchange ou Wall Street, car les emplois se trouvent dans l'économie réelle. Il est aussi essentiel d'avoir plus de jeunes entrepreneurs dans les domaines où nous tentons d'introduire de nouvelles règles, moins de bureaucratie et un accès plus facile au financement. Ils peuvent commencer comme petits entrepreneurs avec deux, trois ou cinq travailleurs. Cela s'avère une bonne solution dans mon pays, par exemple. Nous avons besoin de jeunes, d'entrepreneurs avec des idées innovantes, pas seulement de fonctionnaires.
L'association professionnelle Eurofer a publié sa propre feuille de route pour une Europe à faible émission de carbone d’ici 2050. Elle conclut que le secteur de l'acier sera en mesure de réduire ses émissions de CO2 de 15 % par rapport aux niveaux de 2010. Les objectifs de l'UE sont beaucoup plus ambitieux…
Je connais très bien la position d'Eurofer. L’action pour le climat est une initiative phare de l'UE. Bien sûr, nous avons besoin d'un accord mondial avec d'autres pays si nous voulons lutter contre le changement climatique. Pour 2020, l'UE s'est engagée à réduire ses émissions de 20 % par rapport aux niveaux de 1990. Ce n'est pas évident pour les entreprises, mais c'est un bon objectif.
Je suis toutefois totalement opposé à un nouvel objectif plus ambitieux, car de nombreuses entreprises risqueraient de délocaliser leur production en Chine, en Russie ou en Ukraine. Pour l'UE, cela signifierait plus de chômage, plus de pollution et aucune solution au changement climatique.
Pour cela, nous avons besoin d'un objectif ambitieux et réalisable. Avec un objectif impossible, nous tuerions notre propre industrie. Nous avons besoin d'une action forte pour l'environnement grâce à un objectif réalisable.
Vous avez mentionné des coûts de l'énergie élevés, à hauteur de 40 % des coûts de fonctionnement dans la production d'acier. Les prix varient énormément entre les États membres. Par exemple, les prix de l'électricité pour l’industrie slovaque sont parmi les plus élevés dans l'UE. Ces différences se reflètent-elles dans les mesures envisagées ?
Nous devons favoriser un marché intérieur de l'énergie efficace. Cela ouvrira la voie à une concurrence accrue et à un prix de l'énergie meilleur marché pour les entreprises européennes, pas seulement dans le secteur de l'acier.
La Commission européenne analyse actuellement la composition des prix de l'énergie dans les États membres pour vérifier le fardeau des coûts énergétiques pour le secteur. Nous présenterons l'étude avant 2014 parce que les résultats seront abordés lors du Conseil européen en février 2014.
Dans le même temps, il importe d'examiner la situation du gaz de schiste. Les États-Unis ont beaucoup progressé dans ce domaine et cela s'avère une bonne solution pour la compétitivité des entreprises américaines. Je reste neutre sur le gaz de schiste, mais je pense qu'il importe de savoir si cela pourrait être une solution pour nos entreprises afin de réduire les prix de l'énergie ou non.
Vous avez fixé un objectif pour augmenter la part de l'industrie de 20 % dans le PIB de l'UE d'ici 2020. La Slovaquie enregistre de bons résultats à cet égard. Quelles actions proposerez-vous pour atteindre cet objectif ?
Oui, la Slovaquie et de nombreux autres États membres de l'UE dépassent cet objectif. Je pense que chaque État membre peut y arriver. La Slovaquie elle-même est très importante pour notre politique industrielle. Le soutien de votre gouvernement est indispensable pour mon action dans la politique industrielle et le pacte industriel pour l’Europe, qui sera le frère du pacte budgétaire. Je travaille à cet objectif avec les ministres de l'industrie et j'espère qu'il sera approuvé lors du sommet de février l'année prochaine. Je suis optimiste.