L’adhésion de l’Ukraine à l’UE cumule les avantages, selon le Premier ministre ukrainien
Entretien. L’adhésion potentielle de l’Ukraine à l’UE apportera de nombreux avantages, a déclaré le Premier ministre ukrainien, Denys Chmyhal à Euractiv, alors que les États membres s'apprêtent à approuver les prochaines étapes formelles de l'adhésion courant de la semaine.
Entretien. L’adhésion potentielle de l’Ukraine à l’UE apportera de nombreux avantages, a déclaré le Premier ministre ukrainien, Denys Chmyhal à Euractiv, alors que les États membres s’apprêtent à approuver les prochaines étapes formelles de l’adhésion courant de la semaine.
« Nous attendons et souhaitons l’approbation du Conseil européen lors de sa réunion la plus proche [cette semaine], et nous pensons pouvoir commencer les négociations d’adhésion au cours du premier semestre de cette année », a expliqué M. Chmyhal.
Ces commentaires font suite à l’envoi par la Commission européenne aux États membres, la semaine dernière, de son projet de cadre de négociation pour les pourparlers d’adhésion de l’Ukraine et de la Moldavie, à la suite d’une décision prise par les dirigeants de l’UE en décembre.
« Nous espérons que nos partenaires européens l’approuveront sans amendements supplémentaires, comme le propose la Commission européenne », a déclaré le ¨Premier ministre ukrainien.
« Le président [du Conseil européen] Charles Michel a désigné 2030 comme une année cible possible pour un nouvel élargissement de l’UE, mais nous ferons de notre mieux pour que cela se produise plus tôt, immédiatement après notre victoire », a affirmé M. Chmyhal.
Et d’ajouter : « Nous ferons le travail très rapidement — je pense que cela ne nous prendra pas plus de deux ans. »
Plus d’avantages que de coûts
Lorsqu’on lui a demandé s’il craignait que la candidature de son pays ne devienne un calcul coût-bénéfice pour certains des États membres les plus réticents, M. Chmyhal a répondu que « l’Ukraine apportera à l’UE bien plus que ce que le processus d’adhésion coûtera ».
Certains États membres de l’UE ont fait valoir que l’Union devait d’abord se réformer avant d’envisager l’adhésion de nouveaux membres, ce qui fait craindre que cette position ne soit utilisée pour retarder tout progrès dans le rapprochement avec l’Ukraine et d’autres pays.
Un rapport récent du think tank Bruegel, ainsi que des documents internes de l’UE consultés par Euractiv, estiment que le coût financier de l’adhésion de l’Ukraine se situe entre 110 et 136 milliards d’euros pour le budget de l’UE sur sept ans, soit environ 0,10 % à 0,13 % du PIB de l’Union.
« Nous avons vu les rapports, mais le marché ukrainien, les forces de défense ukrainiennes, les matières premières et critiques ukrainiennes et d’autres secteurs pourraient apporter beaucoup plus en termes de sécurité et d’avantages économiques », a déclaré M. Chmyhal.
« Il se peut que nous traversions un processus de négociation difficile, mais nous sommes prêts à faire des compromis en fonction des désavantages mutuels — mais si nous considérons cela comme un projet d’investissement, cela pourrait être beaucoup plus bénéfique [pour l’UE] que [notre] coût d’adhésion ».
Interrogé sur sa crainte de voir certains États membres de l’UE, tels que la Hongrie, tenter de ralentir le processus pour des questions bilatérales, M. Chmyhal a ajouté : « Les différends peuvent être résolus tout au long des deux années de la procédure d’adhésion ».
Cinq secteurs clés
Concernant ce que l’Ukraine apporterait en tant que futur membre de l’UE, M. Chmyhal a mis en avant cinq secteurs — la défense, l’énergie, l’agriculture, les matières premières et le numérique — dans lesquels Kiev espère s’imposer.
« L’Ukraine est une plaque tournante des technologies militaires et de défense, elle produit de nouveaux équipements de haute technologie, et nous avons le potentiel pour devenir le bouclier européen, l’arsenal européen et renforcer les capacités de défense de l’UE », a déclaré M. Chmyhal.
Depuis le début de la guerre contre la Russie, l’Ukraine a développé une industrie de drones de guerre et prévoit de produire davantage de munitions et de systèmes d’armes clés sur son territoire à long terme.
Au début du mois, la Commission européenne a lancé l’idée que l’Ukraine devienne un membre à part entière du programme de soutien à l’industrie de la défense de l’UE, signe qu’elle souhaite exploiter ces capacités.
« Nous disposons aujourd’hui de l’une des forces de défense militaire les plus puissantes au monde, avec de nombreuses années — réelles — d’expérience sur le champ de bataille, ce qui peut renforcer le système de défense européen », a souligné M. Chmyhal.
Plaque tournante du gaz
L’Ukraine pourrait être une plaque tournante de l’énergie et un « coffre-fort gazier » pour l’Europe, a suggéré M. Chmyhal, ajoutant que son pays pourrait « apporter de la stabilité et davantage de capacités, tant économiques qu’énergétiques » à l’UE.
« Nous avons survécu à deux hivers très difficiles lorsque la Russie a frappé de terreur notre infrastructure énergétique, mais nous disposons toujours d’un surplus dans notre système énergétique et nous pourrions fournir de l’énergie verte et propre au marché européen », a déclaré M. Chmyhal.
« Nous bénéficions de l’un des plus grands stockages souterrains de gaz du continent, sur le territoire ukrainien, soit 33 milliards de mètres cubes, dans des conditions très sûres, que de nombreuses entreprises européennes utilisent déjà à l’heure actuelle. »
« Nous pourrions facilement augmenter cette capacité de 10 à 15 milliards de mètres cubes », a-t-il ajouté.
Concurrence agricole déloyale
M. Chmyhal a souligné que l’Ukraine pourrait également « apporter une plus grande stabilité au marché alimentaire mondial et, avec nous, l’UE pourrait être un acteur géopolitique fort en matière de stabilité et de sécurité alimentaires dans le monde ».
Le Premier ministre ukrainien a rejeté les inquiétudes selon lesquelles certains États membres de l’UE pourraient vouloir ralentir les progrès en raison des préoccupations actuelles concernant les allégations de pratiques commerciales déloyales.
« Nous n’avons pas l’intention de créer une concurrence déloyale avec nos voisins, les pays européens et les agriculteurs européens », a affirmé M. Chmyhal.
« C’est pourquoi nous demandons à la Commission européenne d’ouvrir le processus de négociation avec le [chapitre] agricole, afin d’accélérer l’alignement des règles et des réglementations. »
Il a ajouté que Kiev serait prêt à faire face à la concurrence dans le cadre des règles de l’UE et serait « prêt à communiquer, à négocier et à faire des compromis ».
« Cela nous permettra à tous de nous assurer que l’Ukraine ne porte préjudice à aucun agriculteur européen », a expliqué M. Chmyhal.
Il a souligné que seuls 5 % de la production agricole de son pays transitent actuellement par la Pologne et les pays voisins. En revanche, plus de 90 % des exportations agricoles ukrainiennes passeraient par le corridor de la mer Noire.
Kiev a également proposé à la Pologne, à la Roumanie et à la Slovaquie d’ouvrir la possibilité de douanes communes aux points de contrôle frontaliers et d’échanger des bases de données pour des statistiques communes plus transparentes.
En outre, Kiev cherche à développer, avec des investisseurs européens, la production et le traitement des matières premières et des ressources naturelles.
L’Ukraine détient 5 % des matières premières et des ressources naturelles du monde, dont 22 des 30 matières premières essentielles à la production européenne, telles que le lithium, le cobalt et le titane.
Cyberprotection
« Nous disposons [également] de très bonnes technologies de cyberprotection en raison de notre guerre hybride avec la Russie, ce qui pourrait être utile à l’UE pour renforcer la sécurité et la stabilité de la cyberprotection dans la sphère numérique », a déclaré M. Chmyhal.
Il a souligné que l’Ukraine prévoyait également d’étendre son infrastructure de la mer Noire aux pays baltes et de participer au projet Rail Baltica.
« En outre, l’intégration européenne a déjà eu lieu, [les Ukrainiens] vivant et travaillant au sein de l’Union selon les règles et les valeurs européennes », a affirmé M. Chmyhal, ajoutant que l’Union « devrait prendre des mesures pour légaliser cette intégration » en entamant le processus formel d’adhésion.
Point de non-retour
Les dirigeants de l’UE devraient discuter d’une nouvelle aide militaire à long terme à Kiev et organiseront un débat stratégique sur la trajectoire qu’ils envisagent pour la guerre menée par la Russie en Ukraine.
« Nous franchissons [un] point de non-retour », a déclaré M. Chmyhal lorsqu’il a été interrogé sur son évaluation de la situation actuelle.
Il a ajouté que « pas un seul pays ne sera épargné » si la guerre n’aboutit pas à un résultat juste.
« Le président russe Vladimir Poutine compte sur l’érosion de notre unité. Nous devrions le décevoir et rester unis aussi longtemps que nécessaire pour gagner cette guerre », a conclu M. Chmyhal, soulignant la nécessité de « sauver l’unité de l’UE, à l’intérieur de l’Ukraine et à l’intérieur des États membres de l’UE ».