Le commissaire désigné à la Défense veut s’aligner sur l’OTAN pour les priorités en matière de sécurité

Le nouveau commissaire européen désigné à la Défense, Andrius Kubilius, a pour mission ambitieuse de stimuler les capacités militaires de l’Europe en renflouant les stocks et en lançant des projets majeurs de capacité de défense.

EURACTIV.com
New EU Commissioners-designate Meeting
Andrius Kubilius, commissaire européen désigné à la Défense. [Getty Images/Thierry Monasse]

Le nouveau commissaire européen désigné à la Défense, Andrius Kubilius, confie à Euractiv qu’il a pour mission ambitieuse de stimuler les capacités militaires de l’Europe en renflouant les stocks et en lançant des projets majeurs de capacité de défense.

« Dans ma lettre de mission, il est clairement défini que l’UE doit être prête pour les éventualités militaires les plus extrêmes, ce que je traduis en langage très simple : nous devons être prêts pour tout type d’agression militaire », explique Andrius Kubilius.

Pour y parvenir, il prévoit de stimuler la production d’armes en Europe et de moderniser les armées des États membres de l’Union européenne (UE) afin qu’elles soient prêtes à affronter la Russie en cas de guerre, comme le propose le Programme européen d’investissement dans le domaine de la défense (EDIP).

La coopération avec l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord (OTAN) sera essentielle pour cela.

« Nous devons examiner les priorités avec l’OTAN », affirme le commissaire désigné à la Défense à Euractiv lorsqu’il évoque les grands projets d’intérêt commun, arguant qu’une coopération potentielle avec l’Alliance militaire, habituée — contrairement à l’UE — à faire de la planification militaire, serait bénéfique.

Andrius Kubilius suggère la rédaction d’« un plan de production industrielle, basé sur les exigences de l’OTAN », se référant aux objectifs fixés par l’Alliance pour les stocks et les armées concernant certains équipements et produits de défense, tels que les munitions.

Cependant, ni l’OTAN ni l’UE n’ont réussi jusqu’à présent à pousser les gouvernements à signer suffisamment de contrats à long terme — comme le demandent de nombreuses industries — pour combler les lacunes en matière de capacités.

C’est ce qu’Andrius Kubilius, grâce à l’influence financière de l’UE, veut changer. Une fois les besoins identifiés, l’accent sera mis sur la mise à niveau de la production de l’industrie européenne, avec des incitations financières pour les entreprises et les États membres qui procèdent aux achats communs, comme le prévoit l’EDIP.

Pour y parvenir, 1,5 milliard d’euros a été mis de côté dans le budget commun pour la période actuelle (jusqu’à 2027), mais le commissaire désigné à la Défense reconnaît que ce n’est « pas suffisant », et suggère que d’autres options de financement soient ouvertes à la discussion afin de trouver les fameux 500 milliards d’euros estimés par Ursula von der Leyen cet été.

Une des priorités sera le projet de bouclier aérien européen, qui impliquerait des capacités terrestres, aériennes et spatiales, et « selon une évaluation approximative peut coûter jusqu’à 500 milliards d’euros. La question est donc de savoir à quelles phases nous allons le mettre en œuvre », explique Andrius Kubilius.

Mais les armées européennes manquent d’autres équipements de défense essentiels, à cause des années de sous-investissement dans l’armement qui ont suivi la chute du mur de Berlin.

Selon le sombre tableau dressé par l’Institut Kiel, l’Allemagne, par exemple, « n’atteindra pas les niveaux d’armement de 2004 avant une centaine d’années », peut-on lire dans l’étude.

Selon Andrius Kubilius, les Européens ont également « un problème avec ce que l’on appelle les facilitateurs stratégiques, tels que les capacités de ravitaillement en carburant et les capacités de transport aérien de fret ».

« L’une des solutions consisterait peut-être à développer de nouveaux projets d’avions. »

Le moteur du programme du commissaire désigné à la Défense est de tenir tête à la Russie. « Le plus important est de faire clairement comprendre à Vladimir Poutine qu’il doit oublier de tester l’UE ou l’OTAN. Pour cela, nous devons montrer que nos industries se préparent, que nous trouvons des financements afin d’être prêts, peu importe ce que Vladimir Poutine décide de faire », affirme-t-il.

Selon lui, la Commission européenne devrait essayer de déterminer quel « arsenal européen » devrait être développé. Cet arsenal pourrait éventuellement être placé entre les mains de l’exécutif de l’UE, établissant un parallèle avec la possession de satellites de navigation par la Commission.

Des discussions difficiles sur le budget

Bien que le budget réel qu’il faudra injecter dans la défense ne soit pas clair, tous s’accordent à dire qu’il est crucial pour que l’UE ait un impact sur cet objectif et soutienne l’industrie du continent.

« Il est clairement établi que la défense devient une priorité absolue dans les déclarations [de la Commission], c’est pourquoi nous pouvons nous attendre à ce que le prochain budget de l’UE contienne des chiffres plus importants », soutient Andrius Kubilius avec confiance.

Selon le nouveau commissaire désigné, les 500 milliards d’euros mentionnés par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, pour la prochaine décennie devraient venir s’ajouter au budget de l’UE.

Se référant aux différentes options pour trouver des fonds — euro-obligations, emprunts auprès du mécanisme européen de stabilité, fonds de relance inutilisés, etc. — Andrius Kubilius souligne que, si l’on utilisait le même modèle que le fonds de relance, de nouveaux critères d’allocation des fonds devraient être clairement définis.

Le système actuel du plan de relance pourrait permettre aux États membres de dépenser de l’argent pour des équipements étrangers plutôt que pour des capacités ou des entreprises fabriquées dans l’UE, conclut-il.

[Édité par Anna Martino]