Les armées européennes disposent de « 50 % des moyens » nécessaires, selon le commissaire à la Défense
Le commissaire européen à la Défense Andrius Kubilius appelle les gouvernements à investir massivement dans leur défense nationale, à réduire leur dépendance vis-à-vis des armes américaines et à favoriser la reconstruction des capacités militaires européennes.
Andrius Kubilius, commissaire à la Défense et à l’Espace, a confié à Euractiv que les armées européennes « ne disposent que de 50 % des moyens dont nous avons besoin aujourd’hui, selon les objectifs de l’OTAN », soulignant l’ampleur des investissements nécessaires en matière de réarmement.
La Commission européenne prévoit d’investir massivement dans la défense et d’encourager les pays à emprunter conjointement pour renforcer leurs programmes d’acquisition militaire grâce à des initiatives telles que le programme Security Action for Europe (SAFE), qui vise à mobiliser 150 milliards d’euros de prêts.
Actuellement, environ 40 % des budgets de défense de l’UE sont encore consacrés à l’achat d’équipements américains — ce qui représente environ 800 milliards d’euros. Ce chiffre, bien qu’en baisse par rapport aux 60 % observés l’année précédente, pourrait encore être réduit, selon le commissaire.
« Je ne peux imaginer que nous n’achetions plus rien aux États-Unis, mais réduire ce chiffre de 10 % ou 20 % signifie qu’une somme considérable restera dans l’industrie européenne », a-t-il indiqué.
Cette réduction peut notamment s’opérer en orientant les capitaux vers les entreprises européennes : « Si nous parvenons à inciter les États membres à dépenser davantage pour des produits européens, cela signifiera progressivement moins pour les produits américains », affirme-t-il.
Les achats militaires conjoints entre les États membres de l’UE, l’un des principaux objectifs de la Commission européenne, peuvent faire baisser les coûts, a également fait valoir Andrius Kubilius : « Si les États membres optent pour des achats conjoints, ce qui signifie des contrats plus importants, le prix de production moyen baisse de 70 % ».
Dans le secteur européen de la défense, le commissaire lituanien a noté que certaines fusions étaient déjà en cours et a déclaré qu’une consolidation supplémentaire pourrait contribuer à rendre le secteur plus compétitif au niveau mondial.
Une Union européenne de défense
Andrius Kubilius souhaite lancer à l’automne le projet d’une « Union européenne de la défense », qui pourrait inclure des pays comme la Norvège, le Royaume-Uni ou encore l’Ukraine. Il a également indiqué qu’il informerait les dirigeants de l’UE des mesures à prendre d’ici 2030 pour que leurs armées soient prêtes pour un éventuel conflit armé.
Dans le cadre de cette initiative, l’ancien Premier ministre lituanien a déclaré que « nous pouvons nous inspirer de [l’]expérience » de l’« Union européenne de l’énergie » pour la mise en place d’une structure de défense pilotée par l’UE.
La Commission a proposé d’allouer 131 milliards d’euros à la défense et à l’espace dans son budget pour la période 2028-2034, mais Andrius Kubilius a refusé de fournir une ventilation détaillée des dépenses, invoquant les discussions en cours.
Il a précisé que ce montant couvrirait également les matières premières et d’autres domaines critiques.
« Nous avons nos estimations de ce dont nous aurions idéalement besoin, et 131 milliards d’euros n’en sont pas loin. Mais nous devons comprendre que la majeure partie des fonds destinés à la défense provient du niveau national », a-t-il conclu.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]