Processus de paix à Gaza : l’UE ne doit pas se contenter d’être un « acteur neutre », selon un représentant spécial de l’Union
Un futur accord de paix entre Israël et la Palestine ne peut être conclu que dans le cadre d’efforts internationaux concertés, c’est pourquoi l’UE ne doit pas chercher à agir en tant qu’« acteur neutre », a confié à Euractiv le représentant spécial du bloc pour le processus de paix au Moyen-Orient.
Un futur accord de paix entre Israël et la Palestine ne peut être conclu que dans le cadre d’efforts internationaux concertés, c’est pourquoi l’UE ne devrait pas chercher à être un « acteur neutre », a confié à Euractiv le représentant spécial de l’UE pour le processus de paix au Moyen-Orient, Sven Koopmans.
En mars, les dirigeants de l’UE ont lancé pour la première fois un appel en faveur d’une « pause humanitaire immédiate menant à un cessez-le-feu durable » à Gaza. Ils ont également exhorté Israël à ne pas lancer d’offensive terrestre majeure dans la ville de Rafah, au sud de la bande de Gaza.
Ils ont aussi relancé les efforts en faveur d’un processus de paix au Moyen-Orient, pour lequel l’UE a présenté un plan en vue d’une « solution crédible et globale » au conflit israélo-palestinien, et les responsables américains et européens ont intensifié leurs activités diplomatiques afin de mettre un terme aux combats.
« Nous déployons actuellement une série d’efforts collectifs, et il est d’une certaine manière encourageant de voir que tout le monde a les mêmes priorités et dit les mêmes choses en même temps », a déclaré M. Koopmans, chargé par le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, de diriger les activités diplomatiques dans la région.
« Toutefois, il est décourageant de constater que ce sur quoi nous sommes tous collectivement d’accord en tant qu’acteurs internationaux n’est pas en train de se produire », a-t-il déploré.
Pas un « acteur neutre »
Au cours des six derniers mois, les dirigeants européens ont été invités à faire preuve du même respect du droit international à Gaza qu’en Ukraine, alors que des centaines de milliers de Palestiniens sont confrontés à de graves pénuries alimentaires et à un risque de famine.
L’Union européenne a longtemps été profondément divisée dans son approche vis-à-vis d’Israël et de la Palestine. L’attaque du groupe terroriste palestinien Hamas le 7 octobre dernier a mis à nu les différences entre les fervents défenseurs d’Israël et ceux qui sont de moins en moins d’accord avec la campagne militaire menée par le gouvernement Netanyahou à Gaza.
Interrogé sur la capacité de l’UE à être un médiateur impartial dans le conflit, M. Koopmans a répondu qu’il « ne pensait pas que l’UE avait la responsabilité d’être un acteur neutre, c’est-à-dire de se tenir quelque part au milieu ».
« Nous ne sommes pas un acteur neutre, nous avons des opinions très arrêtées sur ce qui devrait se passer aujourd’hui et sur ce que la solution devrait impliquer », a-t-il souligné. « Nous avons des valeurs et des intérêts très forts, nous sommes 450 millions d’habitants, 27 gouvernements […], nous sommes les voisins des Israéliens et des Palestiniens et nous avons des liens très forts avec eux. »
« Personne ne doit s’attendre à ce que l’UE se contente d’être une partie neutre et de dire “vous n’êtes pas un médiateur impartial, nous ne voulons donc pas que vous soyez impliqués” — je veux dire, nous sommes l’UE », a-t-il affirmé.
« Qui a demandé aux Américains qui ont essayé par le passé — et parfois avec succès en Égypte et en Jordanie — s’ils étaient des médiateurs impartiaux avant de conclure et d’aider à conclure les accords passés ? »
« Cela peut sembler assez radical, mais nous n’essayons pas d’être un acteur impartial », a insisté M. Koopmans.
Au sujet des différences entre les États membres de l’UE, le représentant spécial de l’UE a expliqué qu’en dépit des divergences antérieures, « il existe une unité et un objectif commun sur la condamnation des attaques terroristes, la nécessité de libérer les otages, le fait que la faim ne peut pas être utilisée comme arme de guerre et l’accès total à l’aide humanitaire ».
En mars l’Irlande, Malte, la Slovénie et l’Espagne se sont déclarées prêtes à reconnaître l’État de Palestine, seul moyen selon eux de « parvenir à la paix et à la sécurité » dans cette région ravagée par la guerre.
Concernant l’impact de ces déclarations sur les efforts diplomatiques, M. Koopmans a indiqué qu’il ne pensait « pas que le fait qu’il y ait des nuances et des projets différents sur la reconnaissance de l’État palestinien ait un impact négatif ».
« Je ne m’inquiète pas de voir les États membres de l’UE avoir des opinions différentes, des nuances, tant qu’ils travaillent tous pour le même objectif. Certains pays ont de meilleurs contacts du côté palestinien, d’autres du côté israélien, et d’autres encore des deux côtés. »
« Si nous voulons nous rapprocher de la paix, nous devons tous les utiliser », a-t-il noté.
S’éloigner de Camp David
« Il faut investir dès maintenant dans la sensibilisation de tous les esprits à l’idée qu’il existe une nouvelle façon de préparer la paix, que nous ne devons plus retenter la même chose qui a été essayée au cours des 30 dernières années et qui n’a pas fonctionné », a expliqué M. Koopmans.
« Cela devrait s’ajouter à la première priorité qui est de mettre fin à la souffrance à Gaza, d’inonder la bande d’aide humanitaire et de libérer tous les otages, et à la deuxième priorité qui est d’éviter une guerre régionale », a-t-il ajouté.
Pour cela, le plan diplomatique de l’Union prévoit la préparation d’une conférence de paix internationale pour négocier un accord, visant à fournir des garanties de sécurité à la fois à Israël et à un futur État palestinien.
« Lors de la conférence, vous pourrez adopter un plan de travail pour développer toutes les composantes d’une paix régionale globale », a-t-il déclaré.
« Cela [serait] différent du modèle dépassé de Camp David [résidence du président américain où se déroulent certaines discussions diplomatiques internationales], lorsque le président américain réunissait le dirigeant israélien et le dirigeant palestinien », a-t-il souligné.
Le diplomate a ajouté que « la paix est bien plus qu’un simple accord bilatéral — c’est une intégration économique et politique régionale complète, c’est la sécurité pour les Israéliens, la sécurité pour les Palestiniens ».
Bien que M. Koopmans ait précisé que cela ne signifiait pas une diminution des efforts précédents des États-Unis en faveur de la paix dans la région, « personne — ni les États-Unis, ni l’UE, ni la Turquie, ni aucun de nos amis arabes — n’est suffisant pour parvenir à la paix entre les Israéliens et les Palestiniens seul ».
M. Koopmans a toutefois souligné qu’une solution diplomatique ne pouvait être envisagée sans un apaisement de la situation humanitaire désastreuse dans la bande de Gaza.
« Il est primordial que les enfants ne meurent pas de faim, alors que la nourriture n’est qu’à une heure de route, qu’il y ait un soutien médical pour les personnes malades, mourantes, blessées ou enceintes », a-t-il insisté.
« Bien avant de parler d’une conférence de paix […] et de la solution à deux États, notre priorité immédiate et urgente est de permettre aux gens de survivre aujourd’hui », a-t-il déclaré.
« Nous devons veiller à ce que les travailleurs humanitaires puissent faire leur travail, ce sont de véritables héros, et lorsqu’ils sont tués en faisant leur travail, n’oublions pas l’effet que cela a sur la population », a mis en garde le représentant spécial de l’UE.
Se préparer à un éventuel retour de Donald Trump
Alors qu’aucune résolution diplomatique immédiate n’est en vue, les Européens s’inquiètent également de ce qu’un éventuel retour de l’ex-président américain Donald Trump après les élections de novembre pourrait signifier pour la suite du conflit.
Interrogé pour savoir s’il est possible de se protéger contre Donald Trump et l’incidence de son éventuel retour sur le Moyen-Orient, M. Koopmans a répondu qu’« il faut danser avec quiconque se trouve sur la piste de danse », reprenant la célèbre phrase du Premier ministre néerlandais, Mark Rutte.
« Le président américain [Joe] Biden, […] [Donald] Trump — chacun d’entre nous peut avoir son point de vue et penser qu’une voie ou une autre est meilleure, plus facile ou plus difficile », a-t-il affirmé, ajoutant qu’il « ne pense pas que les habitants de Gaza puissent attendre les élections de novembre ».
« Une solution à deux États ne peut être atteinte en un jour, mais nous avons présenté nos idées pour préparer la paix, indépendamment des élections américaines, ce qui inclurait l’organisation d’une conférence de paix préliminaire après un cessez-le-feu. »
« Ce travail concret nous mènera au-delà des élections américaines et nous aurons alors besoin d’un président américain volontaire, capable et disposant du capital politique nécessaire pour conclure l’accord », a déclaré M. Koopmans.
« Et si ce président américain est applaudi par la communauté internationale, je pense que l’UE sera très heureuse », a-t-il ajouté.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]