Un accord Serbie-Kosovo possible d’ici la fin de l’année, selon le Premier ministre kosovar
Le Kosovo et la Serbie ont pour objectif de conclure un accord sur la normalisation de leurs relations « cette année », a déclaré le Premier ministre kosovar Albin Kurti lors d’un entretien exclusif accordé à EURACTIV.
Le Kosovo et la Serbie ont pour objectif de conclure un accord sur la normalisation des relations « cette année », a déclaré le Premier ministre kosovar Albin Kurti lors d’un entretien exclusif accordé à EURACTIV. Il a toutefois précisé que cela ne se ferait pas sans difficulté, et ce malgré l’engagement accru de l’Occident dans le processus.
« Nous avons besoin d’une normalisation des relations, et cela peut être obtenu avec la reconnaissance mutuelle comme pièce maîtresse », a déclaré M. Kurti, ciblant ainsi un problème clé : la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo. En effet, Belgrade a été catégorique sur le fait qu’elle ne reconnaîtrait pas formellement l’indépendance de son ancienne province, bien qu’elle puisse accepter une reconnaissance « de facto ».
Albin Kurti s’est entretenu avec EURACTIV en amont d’une réunion importante qui se tiendra à Bruxelles lundi (27 février) et au cours de laquelle les dirigeants de la Serbie et du Kosovo devraient approuver un accord visant à normaliser les relations entre les deux pays.
La proposition reformulée de l’UE a été reçue par les deux parties avant le début d’un sommet UE-Balkans occidentaux à Tirana en décembre dernier mais n’a pas encore été rendue publique. Elle prévoirait la reconnaissance mutuelle des documents officiels, une augmentation de l’aide financière ainsi que d’autres mesures visant à améliorer la vie des habitants des deux pays.
Selon un haut fonctionnaire de l’UE, la Serbie et le Kosovo devraient approuver un accord visant à normaliser leurs relations lors d’une réunion de haut niveau qui se tiendra à Bruxelles plus tard ce lundi, et ce malgré les efforts de Moscou pour s’immiscer dans le processus.
Interrogé sur la perspective de conclure un accord d’ici la fin de l’année — conformément au calendrier qui, d’après les informations d’EURACTIV, figure dans la proposition de l’UE — M. Kurti a répondu que « l’objectif est certainement de parvenir à cet accord cette année ».
« Ce qu’il reste à négocier — et ce ne sera pas du tout facile — c’est un mécanisme de mise en œuvre, des garanties internationales et un calendrier indiquant quoi, comment et quand », a indiqué M. Kurti.
Association des municipalités serbes
Outre la reconnaissance mutuelle, la question la plus controversée est le projet d’association des municipalités à majorité serbe du Kosovo. Pristina redoute en effet que cette association ne conduise à la création d’une région séparatiste et M. Kurti s’est montré peu disposé à l’accepter, alors même que la Serbie et l’Occident rappellent qu’elle a été convenue il y a dix ans.
Les dirigeants de la communauté albanaise majoritaire du Kosovo soutiennent qu’un tel organe donnerait à Belgrade une influence démesurée dans leur pays. La Serbie, quant à elle, affirme que cet organe est indispensable pour protéger les droits de la communauté serbe.
Le président serbe Aleksandar Vučić « est toujours à la poursuite d’un ethno-nationalisme territorial », a expliqué M. Kurti en réponse à une question sur la rhétorique de son homologue.
Selon M. Kurti, l’Association des municipalités serbes voulue par M. Vučić serait essentiellement similaire à la Republika Srpska, l’entité serbe jouissant d’une grande autonomie créée en Bosnie-Herzégovine à l’issue de la guerre de 1991-1995.
« D’un autre côté, j’espère qu’une fois que nous aurons engagé les pourparlers, en nous appuyant sur la proposition de l’UE, nous renforcerons la confiance, car les accords ne sont pas applicables s’il n’y a pas de confiance, et nous avons donc besoin de faire preuve d’un certain niveau de bonne foi », a indiqué M. Kurti.
Il a toutefois mis en garde que « la signature et la mise en œuvre des accords dans les Balkans » constituaient deux réalités totalement différentes et qu’ils devaient les faire converger. Il a notamment précisé que « deux tiers des accords signés à Bruxelles au cours des dernières décennies n’ont pas été mis en œuvre par la Serbie ».
La proposition actuelle de l’UE ferait selon le Premier ministre kosovar référence aux « minorités nationales » dans son préambule ainsi qu’à des concepts universels tels que l’indépendance, l’intégrité territoriale, la souveraineté, la réciprocité, les droits humains, la démocratie, l’État de droit et l’autodétermination.
« Ce qui me rend optimiste, c’est le fait que certains concepts et notions universels soient employés dans cette proposition, à la différence de ce qui s’est passé au cours de la décennie précédant mon arrivée au pouvoir, où les 33 accords reposaient davantage sur l’idéologie de la résolution des problèmes », a-t-il déclaré.
Selon lui, les propositions précédentes étaient trop complexes et détaillées et donc difficiles à faire accepter par le public, alors que la proposition la plus récente ne présente plus qu’une seule pierre d’achoppement importante.
« Un seul des 33 accords [celui sur l’Association des municipalités serbes] n’a pas passé le test de notre Constitution, car il est qualifié d’association mono-ethnique », a déclaré M. Kurti, en réponse à la question de la pression grandissante exercée par l’UE et les États-Unis en faveur de la création de cette entité.
« Nous devrions faire très attention à ne pas conclure des accords qui ne répondent pas aux critères des droits humains de la Constitution de l’ordre démocratique et républicain, mais en même temps, nous devrions garder à l’esprit que partout dans les Balkans, il y a des minorités nationales — leurs droits ne peuvent pas être identiques », a-t-il déclaré.
« Mais néanmoins, nous ne devons pas créer ces déséquilibres, qui deviennent une source de tensions supplémentaires », a-t-il poursuivi.
M. Kurti a indiqué que la proposition de l’UE ne doit pas faire l’impasse sur les 33 accords non mis en œuvre, ajoutant que la reconnaissance mutuelle doit sous-tendre l’ensemble du processus.
« D’autre part, la reconnaissance mutuelle doit être au centre […] quoi qu’on fasse en termes de droits et de mécanismes, l’État est une plateforme qui garantit ces droits et ces mécanismes », a indiqué le dirigeant kosovar.
Progrès avec les pays les plus réticents
Cinq États membres de l’UE — l’Espagne, la Slovaquie, Chypre, la Roumanie et la Grèce — refusent toujours de reconnaître l’indépendance du Kosovo. Par ailleurs, la Serbie a continué à faire pression sur les autres États pour qu’ils reviennent sur leur reconnaissance.
Le processus de normalisation des relations entre Belgrade et Pristina sera vraisemblablement lié à l’adhésion des deux pays à l’UE, et les hauts fonctionnaires de l’UE ont récemment indiqué qu’ils seront « censés réagir » à cette évolution.
Lorsqu’on lui a demandé s’il pensait que des progrès avaient été réalisés dans le lobbying auprès des États non reconnus par l’UE, M. Kurti a répondu qu’il y avait « une communication et une coopération accrues, et que l’atmosphère était bien meilleure avec chacun d’entre eux ».
Selon M. Kurti, des mesures concrètes ont été prises avec la Grèce, et le bureau du Kosovo à Athènes a obtenu le statut de bureau des affaires économiques.
« Il y a eu beaucoup de malentendus par le passé concernant les analogies avec des situations internes entre les pays et petit à petit, différents représentants de ces cinq pays [qui ne nous ont toujours pas reconnus] s’aperçoivent qu’en fait, l’analogie ne tient pas », a déclaré le Premier ministre kosovar.
« Nous sommes une réussite en termes de démocratie de qualité et de développement économique et je pense que cela sera reconnu par l’UE afin de nous aider à avancer assez rapidement », a-t-il poursuivi.
« La Suède et la Finlande, depuis le moment de la demande jusqu’à l’adhésion, ont pris trois ans, Malte et Chypre, 14, la moyenne est de neuf — donc je pense qu’il est raisonnable pour nous de viser cette moyenne », a-t-il ajouté.
EURACTIV a réalisé cet entretien en marge de la Conférence de Munich sur la sécurité (MSC).
[Édité par Anne-Sophie Gayet]