Une défaite en Ukraine mettrait en péril les valeurs de l’UE, selon Charles Michel

Une défaite de l’Ukraine mettrait en danger les valeurs européennes, c’est pourquoi l’Europe n’a pas d’autre choix que de continuer à la soutenir, a déclaré le président du Conseil européen Charles Michel lors d’un entretien avec un groupe de médias, dont Euractiv.

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Charles Michel the president of the European Union Council visits Ukraine
« Il n’y a qu’un plan A — et seulement un plan A — et c’est le soutien à l’Ukraine », a déclaré M. Michel. [[EPA-EFE/SERGEY DOLZHENKO]]

Une défaite en Ukraine mettrait en danger les valeurs européennes, raison pour laquelle l’Europe n’a pas d’autre choix que de continuer à la soutenir, a déclaré le président du Conseil européen Charles Michel lors d’un entretien avec un groupe de médias, dont Euractiv.

« Une défaite de l’Ukraine n’est pas envisageable, car nous comprenons tous ce qui se passerait et quelles seraient les conséquences d’une telle défaite », a déclaré M. Michel, alors que la guerre de la Russie contre l’Ukraine devrait entrer dans sa troisième année samedi (24 février).

« Personne ne peut prédire ce que sera la situation intérieure de la Russie, mais ce qui est clair, c’est que si l’Ukraine perd cette guerre, il y aura un risque énorme pour nos valeurs », a-t-il ajouté.

L’UE et ses principaux dirigeants ont clairement indiqué qu’ils avaient l’intention de continuer à soutenir Kiev, mais les livraisons de munitions d’artillerie ont ralenti et l’incertitude règne quant au prochain programme d’aide militaire de Bruxelles.

« Il n’y a qu’un plan A — et seulement un plan A — et c’est le soutien à l’Ukraine », a déclaré M. Michel.

Après les décisions prises lors des deux derniers sommets de l’UE pour apporter un soutien politique et financier à l’Ukraine, les dirigeants de l’Union devraient se mettre d’accord en mars sur une aide militaire à long terme dans le cadre de la Facilité européenne pour la paix (FEP), qui sert à fournir des armes à l’Ukraine.

Toutefois, les États membres de l’UE ne sont pas encore parvenus à un accord sur la réforme et l’augmentation de ce fonds.

Interrogé sur la date à laquelle il s’attend à un accord, M. Michel a déclaré que la question devrait être résolue « dans les prochaines semaines », mais au plus tard être finalisée à la table des dirigeants de l’UE lors de leur sommet de mars.

« Nous pouvons observer qu’il y a également des difficultés aux États-Unis, et j’espère sincèrement qu’ils suivront notre exemple parce que cet argent pour l’Ukraine est un investissement dans la paix et la stabilité », a déclaré M. Michel.

Les dirigeants européens sont préoccupés par le blocage d’un programme d’aide à l’Ukraine de 60 milliards de dollars au Congrès américain, qui a remis en question l’engagement à long terme de Washington, les républicains exigeant des mesures de sécurité aux frontières pour faire passer le projet de loi.

Interrogé sur le fait de savoir si l’Europe aurait pu faire plus pour soutenir l’Ukraine au cours des deux dernières années, M. Michel a déclaré : « J’ai été au cœur du processus décisionnel au sein de l’UE-27 au cours des dernières années et, compte tenu de la situation globale, nous avons fait beaucoup ».

« Est-ce suffisant ? Nous devons faire encore davantage aujourd’hui, nous devons continuer à soutenir l’Ukraine, nous devons faire ce qui est nécessaire », a déclaré M. Michel.

M. Michel a ensuite demandé : « Que se serait-il passé si les 83 milliards d’euros n’avaient pas été mobilisés ? Quel aurait été l’effet sur nos partenaires ? Si nous n’avions pas agi comme nous l’avons fait à l’époque, avec des sanctions, et si nous n’avions pas fait basculer la balance ? »

Bien qu’il ait déclaré que la bataille était loin d’être terminée, M. Michel a été clair : « Nous avons fait beaucoup plus que ce que nous aurions pu imaginer ».

Élections européennes

Les élections européennes de juin pourraient constituer un test de la montée potentielle de l’extrême droite au sein de l’Union, ce qui pourrait compliquer encore davantage le soutien de l’UE à l’Ukraine.

Selon un sondage récent, la plupart des Européens soutiennent l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie, mais seulement un sur dix pense que l’Ukraine peut gagner, la plupart d’entre eux estimant qu’un « compromis » est nécessaire pour mettre fin au conflit.

À la question de savoir s’il craint que le soutien de l’Union à l’Ukraine ne soit exploité comme thème de campagne, M. Michel a répondu : « On peut déjà constater que c’est le cas ».

« Ce n’est pas nouveau : très rapidement après le début de la guerre, nous risquions d’être confrontés à une certaine lassitude et il sera plus difficile de convaincre nos concitoyens », a déclaré M. Michel, ajoutant que deux ans plus tard, l’UE donne l’exemple au reste du monde, « non pas avec des communiqués, mais avec des décisions » en matière d’aide financière et d’élargissement.

« Nous devons expliquer aux gens que lorsque nous investissons et dépensons de l’argent pour soutenir l’Ukraine, cet investissement est également un investissement pour nous-mêmes, car il s’agit d’un investissement pour la paix et la stabilité dans l’UE », a-t-il ajouté.

Davantage de coordination européenne en matière de défense

Avec la guerre menée par la Russie en Ukraine qui fait rage et la menace qu’une deuxième administration Trump puisse faire sortir les États-Unis de l’OTAN, l’Europe a augmenté ses dépenses militaires. Parallèlement, les programmes et les fonds de défense de l’UE se sont multipliés.

« Depuis le début de la guerre il y a deux ans, nous comprenons tous qu’il nous faut construire une architecture de sécurité plus solide », a déclaré M. Michel.

« Cette architecture ne peut être fiable et viable que si nous disposons, d’une part, d’une plus grande coordination entre les États membres de l’UE en termes de capacités et, d’autre part, d’une base industrielle beaucoup plus puissante », a-t-il ajouté.

Ses propos font écho à l’appel du président français Emmanuel Macron pour que l’UE s’efforce à long terme d’atteindre une « souveraineté stratégique » plutôt que de s’appuyer uniquement sur les États-Unis par l’intermédiaire de l’OTAN.

« Il y a quelques années, il y avait des doutes, et je me souviens qu’à la table du Conseil européen, beaucoup avaient sans doute à l’esprit l’idée que l’OTAN est le garant de la sécurité et que l’Europe devrait se concentrer davantage sur les objectifs économiques. Désormais nous faisons face à un nouveau paradigme, et je suis content de voir que l’état d’esprit n’est plus du tout le même », a-t-il déclaré.

L’idée est de développer l’industrie européenne de la défense et d’acheter au sein de l’UE.

« À court terme, bien sûr, nous devons acheter en dehors de l’Europe parce que nous avons besoin d’équipements très rapidement et que nous ne pouvons pas produire tout ce dont nous avons besoin en Europe », a déclaré M. Michel.

« Nous devons également rééquilibrer ce que nous achetons en Europe et ce que nous achetons en dehors de l’Europe — et aujourd’hui, nous achetons beaucoup en dehors de l’Europe », a-t-il ajouté.

« Si nous voulons donner des perspectives à nos entreprises à travers l’UE, nous devons procéder à une évaluation », a ajouté M. Michel.

Interrogé sur la proposition d’un commissaire européen à la Défense, un débat ayant récemment pris de l’ampleur, M. Michel a toutefois déclaré que les structures seraient déjà en place.

« Le traité de Lisbonne est le traité de Lisbonne, il y a une règle claire pour le Haut représentant [de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité] et s’il y a une proposition de quelqu’un pour changer le traité, alors le soutien des États membres sera nécessaire », a déclaré M. Michel.