À Bruxelles, António Gutteres rencontre Alexander De Croo avant un dialogue de haut niveau avec l’UE
Le Secrétaire général de l’ONU, António Gutteres, est à Bruxelles pour le deuxième dialogue de haut niveau entre l’UE et l’ONU, où il a également rencontré le Premier ministre belge Alexander De Croo pour discuter, entre autres, de la guerre en Ukraine et de l’action pour le climat.
Le secrétaire général des Nations unies, António Gutteres, a rencontré le Premier ministre belge, Alexander De Croo, jeudi (13 juillet) dans l’après-midi, pour discuter, entre autres, de la situation en République démocratique du Congo, du développement durable et du changement climatique (notamment en prévision de la COP28).
La ministre du Climat, de l’Environnement et du Développement durable, Zakia Khattabi, la ministre des Affaires étrangères, Hadja Lahbib, et la ministre de la Coopération au développement, Caroline Gennez, étaient également présentes.
Plus tard dans la journée, le secrétaire général des Nations unies a rencontré le Roi et la Reine de Belgique et a assisté au deuxième dialogue de haut niveau entre l’ONU et l’UE, qui se tient jeudi et vendredi (13 et 14 juillet) dans la capitale belge.
Au cours de ce dialogue, l’ambition climatique, la paix et la sécurité, la transition numérique et les technologies, la mise en œuvre des objectifs de développement durable (ODD) et les réformes de l’architecture financière internationale figurent parmi les sujets abordés.
Multilatéralisme
À Bruxelles, M. Gutteres a particulièrement insisté sur l’importance du multilatéralisme pour répondre aux défis mondiaux, qu’il s’agisse de la guerre de la Russie en Ukraine, du changement climatique, de la pauvreté ou encore de la reprise économique inégale après la pandémie de Covid.
Lors d’un point de presse précédant sa rencontre avec M. De Croo, M. Gutteres a évoqué la conjoncture internationale actuelle, marquée par les divisions géopolitiques et la « confrontation permanente » entre les grandes puissances mondiales, qui paralysent le fonctionnement de bon nombre d’institutions internationales.
« Alors que nous avons besoin d’une réponse collective forte […], nous n’avons pas encore des instruments de gouvernance adéquats », a-t-il poursuivi.
Il a également expliqué que des pays comme la Belgique, qui est un partenaire « fiable » et « constant », sont essentiels pour y parvenir, soulignant la coopération « exceptionnelle » entre le pays de l’UE et l’ONU dans le domaine des droits humains, du développement durable, de l’action climatique, de la paix et de la sécurité.
Céréales ukrainiennes
Mardi (11 juillet), le secrétaire général des Nations unies a envoyé une lettre au président russe Vladimir Poutine, lequel menace de mettre fin à l’Initiative céréalière de la mer Noire. Cette initiative permet d’exporter en toute sécurité des céréales d’Ukraine vers la mer Noire.
Le secrétaire général propose au président russe de rétablir la connexion d’une filiale de la banque agricole russe au système international pour les télécommunications financières interbancaires SWIFT — dont elle a été exclue en raison de la guerre de la Russie en Ukraine — en échange d’une prolongation de l’initiative.
M. Gutteres a déclaré que l’initiative céréalière était nécessaire pour garantir la sécurité alimentaire dans le monde et que l’ONU y était « pleinement engagée », notamment pour garantir « que les pays en développement aient accès à la nourriture et aux engrais à des prix raisonnables ».
Selon les données de l’organisation, près d’une année après le lancement de l’initiative, plus de 32 millions de tonnes de denrées alimentaires ont été exportées de trois ports ukrainiens de la mer Noire vers 45 pays sur trois continents, des exportations qui ont permis d’acheminer des denrées alimentaires vitales et de contribuer à inverser la flambée des prix.
Le secrétaire général a précisé qu’il n’avait pas encore reçu de réponse de la part du président russe concernant sa proposition.
Lors d’une conférence de presse conjointe dans le cadre du dialogue ONU-UE, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a tenu des propos similaires concernant la sécurité alimentaire, ajoutant que l’UE complétait l’initiative de l’ONU avec ses couloirs de solidarité. « La balle est dans le camp de [Vladimir] Poutine et le monde a les yeux rivés sur lui », a-t-elle déclaré.
Adhésion à l’UE et à l’OTAN
En ce qui concerne l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, M. Gutteres a déclaré lors du point de presse avec M. De Croo qu’il ne commentait « jamais les alliances militaires ».
Quant à l’UE toutefois, il a déclaré qu’il avait « toujours été favorable à l’élargissement [de l’UE] et de l’approfondissement [de l’intégration européenne] ».
Le Premier ministre belge a ensuite réitéré son commentaire de la veille concernant l’adhésion de Kiev à l’alliance militaire, indiquant que ce qui était le plus important dans un premier temps était le soutien à court terme du pays, non pas la question de son adhésion.
Il a notamment cité les garanties de sécurité à l’Ukraine annoncées cette semaine, qui sont une bonne chose pour organiser le soutien militaire, humanitaire mais également les sanctions.
Bombes à sous-munitions
En ce qui concerne la livraison récemment annoncée par les États-Unis de bombes à sous-munitions à l’Ukraine, qui en a précédemment fait la demande, M. Gutteres a déclaré qu’il avait toujours soutenu la convention internationale interdisant ces armes.
Les bombes à sous-munitions (cluster bombs), qui sont des armes contenant de multiples sous-munitions explosives, sont critiquées par les groupes de défense des droits humains et sont interdites dans plus d’une centaine de pays.
« Naturellement, je comprends que ni les États-Unis, ni la Fédération de Russie, ni l’Ukraine n’ont signé la Convention, mais de mon point de vue, la Convention est un instrument très important et ces bombes ne doivent pas être utilisées sur les champs de bataille », a-t-il conclu.
Changement climatique et transition numérique
En ce qui concerne le changement climatique, M. Gutteres a une nouvelle fois appelé, lors du dialogue ONU-UE, à un pacte de solidarité climatique et a exhorté les pays riches à mobiliser des ressources pour aider les économies émergentes à réduire leurs émissions, et ce dans le but de respecter l’objectif de 1,5 °C. Il s’est félicité du soutien de l’Union européenne dans ce domaine.
« L’UE est à l’avant-garde de la transition vers les énergies propres et des économies d’énergie […] et nous voulons encourager le monde à suivre cet exemple », a déclaré Ursula von der Leyen, ajoutant que c’est la raison pour laquelle Bruxelles propose des objectifs mondiaux en matière d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique dans la perspective de la COP28.
La transition numérique mondiale est un autre sujet qui figure en bonne place à l’ordre du jour du dialogue entre l’ONU et l’UE.
« L’intelligence artificielle est une révolution, et cette révolution a des répercussions économiques et sociales considérables sur nos sociétés dans le monde entier », a souligné Mme von der Leyen. « D’une part, nous devons exploiter [son] potentiel […], et d’autre part, nous devons rester vigilants […] quant à ses effets néfastes », a-t-elle déclaré, citant par exemple l’ingérence étrangère et la manipulation de l’information.
Le secrétaire général a insisté sur la nécessité d’une action internationale dans le domaine des nouvelles technologies, appelant à la mise en place d’outils de surveillance et de gouvernance communs pour veiller à ce que la technologie contribue au respect des droits humains et à l’intérêt général.
Sur ces sujets, « le monde se tourne vers l’Union européenne pour ouvrir la voie », a déclaré M. Gutteres, qui s’est dit confiant dans le rôle de soutien de l’UE sur toutes ces questions.