À Bruxelles, rivalités autour du portefeuille stratégique de la future commission Santé

À Bruxelles, la sous-commission de la Santé publique (SANT) devrait prochainement devenir une commission de plein droit. En coulisses, le Parti populaire européen (PPE) et l'Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D) s’écharpent pour définir ses futures compétences.

Euractiv.com
SANT Subcommittee
L’eurodéputé lituanien Vytenis Andriukaitis (S&D) au cours de la réunion de la sous-commission SANT. [© European Union 2024 - Source : EP]

À Bruxelles, la sous-commission de la Santé publique (SANT) devrait prochainement devenir une commission de plein droit. En coulisses, le Parti populaire européen (PPE) et l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D) s’écharpent pour définir ses futures compétences.

Au Parlement européen, les questions de santé publique étaient jusqu’à présent réparties entre plusieurs commissions. 

La commission de l’Environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire (ENVI) traite par exemple de la pollution de l’air et de la régulation du secteur pharmaceutique. La commission de l’Emploi (EMPL) de la santé des travailleurs. 

La sous-commission SANT, montée en février 2023, reste pour le moment sous l’égide d’ENVI.

Les choses pourraient cependant changer, alors que la sous-commission devrait devenir une commission de plein droit, et donc adopter des textes législatifs.

La question est maintenant de savoir quelles sont les compétences que cette dernière pourraient récupérer, ce qui ne manque pas d’alimenter de vifs débats entre les différents groupes politiques du Parlement européen.

Le groupe Renew et surtout le PPE, qui devrait récupérer la présidence de SANT, souhaitent y rapatrier un maximum de compétences, afin d’avoir au Parlement la main mise sur l’ensemble des sujets santé.  

La commission SANT gagnerait alors en influence et couvrirait un large panel de sujets, comme la vaccination, l’industrie pharmaceutique, la pollution, en passant par le bien-être des travailleurs et l’accès des femmes à la santé.  

« J’entends dire que [le sujet de la santé] doit être horizontal, qu’il doit être présent [partout] », a déclaré l’eurodéputé croate Tomislav Sokol (PPE) lors d’une réunion de la commission SANT lundi 9 septembre.

« Mais je suis profondément sceptique à cette idée », a-t-il poursuivi, soulignant que la division des compétences relatives à la santé ne permet pas à cette thématique de peser politiquement. 

S&D, les Verts et La Gauche font front commun

Une position totalement différente de celle défendue par le groupe S&D, qui assure la présidence de la commission ENVI et qui souhaite conserver les dossiers santé dont il s’occupe actuellement. 

« Nous devons mettre en œuvre notre promesse d’intégrer la santé dans tous les [dossiers] politiques. Elle doit figurer à l’ordre du jour de toutes les commissions », a ainsi estimé au cours de la même réunion l’eurodéputé lituanien Vytenis Andriukaitis (S&D).

Sans surprise, les S&D sont soutenus par le groupe de La Gauche (GUE/NGL) et par Les Verts (Verts/ALE).

« Notre approche reconnaît l’interconnexion de la santé humaine, de la santé animale et de l’environnement », a appuyé l’eurodéputée néerlandaise Anja Hazekamp (La Gauche). « Retirer la commission SANT de la commission ENVI serait une erreur cruciale, qui ne servirait les intérêts de personne, si ce n’est ceux de Big Pharma ».

De son côté, la vice-présidente de SANT, Stine Bosse (Renew), plaide comme son homologue croate pour récupérer le plus de compétences possible. 

« La santé publique européenne, l’investissement dans la recherche et l’innovation sur les maladies rares et l’action mondiale sur la résistance aux antimicrobiens ont tous besoin d’une base solide », explique-t-elle à Euractiv.

« L’industrie pharmaceutique est clairement une industrie manufacturière d’importance stratégique pour notre continent. C’est pourquoi il est si important que la commission SANT couvre les questions de santé au sens large ». 

Alors que des négociations sont toujours en cours, un accord pourrait bientôt être trouvé avec les socialistes et démocrates. Mais à quel prix ?  

« Le principal risque pour nous [le groupe S&D, NDLR] est que SANT devienne une commission ‘vaccins-médicaments-cancer’, et que tous les autres aspects de la santé soient délaissés », a laissé entendre une source du groupe S&D à Euractiv.

Affaire à suivre.

[Édité par Laurent Geslin]