À Davos, les militants écologistes craignent l’inaction climatique et le greenwashing

Alors que les dirigeants du secteur pétrolier et gazier rencontrent les chefs d’État et de gouvernement à Davos cette semaine, les militants écologistes s’inquiètent du risque de greenwashing et de nouveaux retards dans l’action contre le changement climatique.

Euractiv.com
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Les discussions au programme sont fortement liées au changement climatique, mais les militants craignent que le greenwashing ne soit de mise lors de la rencontre des PDG de compagnies pétrolières et gazières avec les dirigeants politiques mondiaux. [<a href="https://www.shutterstock.com/fr/g/Boris-B" target="_blank" rel="noopener">SHUTTERSTOCK/Boris-B</a>]

Alors que les dirigeants du secteur pétrolier et gazier rencontrent les chefs d’État et de gouvernement à Davos cette semaine, les militants écologistes s’inquiètent du risque de greenwashing et de nouveaux retards dans l’action contre le changement climatique.

Plus de 50 chefs d’État, d’organisations internationales et d’entreprise se réunissent cette semaine dans la station alpine suisse de Davos pour le Forum économique mondial (FEM) de 2023. Cette année, le thème de la conférence est « la coopération dans un monde fragmenté », une référence aux multiples crises et tensions géopolitiques qui affectent le monde entier, alors que la guerre russe en Ukraine, qui a débuté le 24 février 2022, fait toujours rage.

Les discussions au programme sont fortement liées au changement climatique, mais les militants craignent que le greenwashing ne soit de mise lors de la rencontre des PDG de compagnies pétrolières et gazières avec les dirigeants politiques mondiaux.

« Davos est bien sûr dominé par un groupe de personnes riches », a déclaré Vanessa Nakate, une militante ougandaise qui s’est entretenue avec des journalistes mercredi (11 janvier).

« Les PDG du secteur pétrolier et gazier sont invités au Forum pour faire passer leurs entreprises pour écologiques. Il n’est pas difficile d’être cynique quant aux perspectives de justice climatique après avoir passé une semaine là-bas », a-t-elle poursuivi.

Selon une étude publiée la semaine dernière dans la revue Science, la compagnie pétrolière américaine ExxonMobil a minimisé le changement climatique dans le débat public pendant des décennies, alors que ses propres scientifiques avaient fait des prévisions très précises sur le réchauffement de la planète à la fin des années 1970 déjà.

Des militants écologiques, dont Mme Nakate et l’activiste suédoise Greta Thunberg, se rendront en Suisse dans les prochains jours pour donner une lettre de « mise en demeure » aux PDG de compagnies pétrolières et gazières, leur demandant d’arrêter tout nouveau projet pétrolier et gazier.

« Si vous n’agissez pas immédiatement, sachez que les citoyens du monde entier envisageront d’engager toutes les actions en justice nécessaires pour vous faire répondre de vos actes. Et nous continuerons à manifester dans les rues en grand nombre », peut-on lire dans la lettre.

«Double langage »

Les militants vont également intensifier les pressions sur les nations riches afin qu’elles augmentent le financement de l’action climatique pour les pays en développement. L’année dernière, lors du sommet sur le climat de la COP27, un accord « historique » a été conclu pour la création d’un fonds pour les pertes et dommages, ainsi que l’initiative Bridgetown, qui vise à réformer l’infrastructure financière mondiale pour lutter contre le changement climatique.

« Ces décisions montrent que l’on reconnaît la nécessité d’apporter un soutien financier substantiel aux pays vulnérables à mesure que la crise climatique s’aggrave », a fait remarquer Mme Nakate, qui a toutefois ajouté que, malgré les bonnes intentions, les lacunes en matière de financement pour le climat restent importantes.

Au niveau de l’Union européenne, l’engagement à décarboner a été remis en cause par la crise énergétique, qui a entraîné une plus grande dépendance aux combustibles fossiles pour remplacer le gaz russe.

La prochaine réunion de Davos sera donc marquée par un « double langage » et des « messages contradictoires » de la part des dirigeants d’entreprise, estime Desiree Fixler, présidente de l’organisation à but non lucratif VentureESG.

Il y aura « des déclarations du type : « nous sommes toujours engagés à atteindre l’objectif de zéro émission nette, mais nous devons gérer cette transition et prendre en compte l’accélération du coût de la vie, donc nous devons continuer à investir dans les combustibles fossiles » », a déclaré Mme Fixler.

« Je n’y crois tout simplement pas », a-t-elle ajouté, soulignant qu’il n’est pas possible de concilier l’engagement pour zéro émission nette tout en investissant dans de nouveaux projets de combustibles fossiles.

Selon Rachel Kyte, universitaire britannique et doyenne de la Fletcher School à l’Université de Tufts, la faute n’incombe pas uniquement aux dirigeants d’entreprise.

« J’ai l’impression que les chefs d’entreprise ressentent des pressions de tous les côtés », a expliqué Mme Kyte avant d’ajouter que les chefs d’entreprise bien intentionnés étaient frustrés parce que les gouvernements tardent à apporter une sécurité règlementaire, ce qui les oblige à « inventer les règles en cours de route ».

Dans l’ensemble, Mme Kyte a déclaré qu’elle ne s’attendait pas à ce que des résultats significatifs soient obtenus à Davos.

Le FEM met l’accent sur le changement climatique

Le changement climatique est le principal danger à long terme pour l’économie mondiale, mais les gouvernements ne sont pas préparés à y faire face. C’est en tout cas ce qu’a conclu le Forum économique mondial dans son rapport annuel sur les risques mondiaux (Global Risks Report) publié mercredi dernier (11 janvier).

Pour les deux années à venir, le classement des risques mondiaux est dominé par la crise liée au coût de la vie. En ce qui concerne la prochaine décennie, c’est l’échec de l’action climatique qui se trouve à la première place, et six risques environnementaux se trouvent également dans le top 10.

Parmi ceux-ci, on retrouve notamment l’incapacité à freiner le changement climatique, l’incapacité à mettre en œuvre une stratégie efficace d’adaptation au changement climatique et la multiplication des catastrophes naturelles causées par le réchauffement de la planète.

Le rapport indique que l’absence de progrès en matière d’action climatique a mis en évidence la divergence entre ce qui est nécessaire sur le plan scientifique pour parvenir à zéro émission nette et ce qui est politiquement réaliste.

En raison de la crise du coût de la vie, les ressources des secteurs public et privé seront détournées des efforts en faveur du climat pendant les deux prochaines années, puisque le rôle des écosystèmes naturels dans l’économie mondiale reste encore sous-estimé.

« La perte de biodiversité et le changement climatique sont intrinsèquement liés, tout échec dans l’un se répercutera sur l’autre », peut-on également lire dans le rapport. Sans changement significatif, l’interaction entre les impacts du réchauffement climatique, la perte de biodiversité, l’insécurité alimentaire et la consommation de ressources naturelles va s’accélérer, met en garde le FEM.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]