À Puurs, Pfizer face aux incertitudes de la politique commerciale américaine

Dans la banlieue d'Anvers, en Belgique, les employés d'une usine de Pfizer pourraient bien subir les conséquences des droits de douane imposés par les États-Unis. Mais même avant le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, l’industrie pharmaceutique du pays était déjà confrontée à de nombreux défis.

/ EURACTIV.com
Pfizer factory in the Belgian town of Puurs
En avril, les médicaments européens ont échappé de justesse aux droits de douane imposés par le président américain Donald Trump. Mais aujourd'hui, l'administration Trump enquête pour déterminer si le niveau des importations de produits pharmaceutiques menace la sécurité nationale. [Getty Images/Dursun Aydemir_Anadolu Agency]

Dans la banlieue d’Anvers, en Belgique, les employés de l’usine Pfizer de Puurs pourraient bien subir les conséquences des droits de douane imposés par les États-Unis. Mais même avant le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, l’industrie pharmaceutique du pays était déjà confrontée à de nombreux défis.

Le site de Puurs, racheté en 2002 par Pfizer, est le deuxième plus grand centre de production de la multinationale américaine. L’entreprise y a installé ses activités d’emballage, en raison de sa situation centrale, de ses avantages fiscaux généreux et de son réseau de fournisseurs spécialisés. L’usine s’est rapidement développée en 2020 pour produire l’un des premiers vaccins Covid au monde.

En 2022, Pfizer y a investi 1,2 milliard de dollars afin de soutenir le développement de nouveaux médicaments et d’augmenter sa capacité de production.

En avril, les médicaments européens ont échappé de justesse aux droits de douane imposés par le président américain Donald Trump. Mais aujourd’hui, l’administration Trump enquête pour déterminer si le niveau des importations de produits pharmaceutiques menace la sécurité nationale.

Si Washington décidait d’activer les droits de douane prévus par l’article 232 du Trade Expansion Act, cela pourrait mettre en péril les quelque 31 000 emplois du secteur pharmaceutique belge, allant de la production à l’emballage en passant par la gestion.

« Nous suivons la situation de très près », a déclaré un porte-parole du ministère belge de l’Économie. Les produits pharmaceutiques représentent une part « importante » des échanges commerciaux entre la Belgique et les États-Unis, avec environ 56 % des exportations belges vers ce pays, a-t-il précisé.

D’autres défis

Selon Paul Schoeters, secrétaire du secteur chimique et pharmaceutique au syndicat belge CSC-ACV, les droits de douane pourraient affecter environ 10 % des activités du site de Pfizer à Puurs sur deux ans.

Cependant, il souligne que ces taxes ne sont que l’un des nombreux défis posés par les États-Unis au secteur pharmaceutique belge, et qu’un transfert de production vers d’autres pays ne saurait se faire du jour au lendemain.

La réduction de l’aide étrangère via le programme USAID de Washington — qui avait contribué à accroître les ventes de Pfizer — a déjà provoqué une baisse de la production de quelques points de pourcentage, a ajouté Paul Schoeters.

La nomination de Robert F. Kennedy Jr. au poste de secrétaire à la Santé, connu pour ses prises de position controversées sur la sécurité des vaccins, a également été vue comme un signal préoccupant au sein de l’entreprise. De son côté, le PDG Albert Bourla se veut optimiste, misant sur une croissance dans des domaines tels que les traitements innovants contre le cancer.

Mardi, Pfizer a annoncé de nouvelles mesures de réduction des coûts — automatisation, intelligence artificielle et autres outils numériques — afin d’économiser 1,2 milliard de dollars supplémentaires, dans un contexte de ralentissement des ventes.

En octobre dernier, l’entreprise avait déjà supprimé 255 postes à Puurs, principalement des contrats temporaires liés au pic de production pendant la pandémie. En janvier, le concurrent suisse Novartis annonçait à son tour qu’il pourrait supprimer 170 autres emplois à Puurs.

Une décision précipitée ?

Bien que « conscient » des risques que les droits de douane américains pourraient faire peser sur l’industrie pharmaceutique belge, le ministre de l’Économie David Clarinval n’a pas encore élaboré de plan spécifique pour ce secteur, selon son porte-parole Julien Vanderborre.

Le gouvernement fédéral travaille sur un plan intersectoriel visant à renforcer l’attractivité des industries belges, qui sera dévoilé « dans les prochaines semaines », a déclaré David Clarinval au parlement belge le 24 avril.

Ce plan, qui devait initialement être déployé d’ici 2030, a été révisé pour inclure des mesures à court terme. Parmi celles-ci : une baisse des cotisations patronales et un cadre fiscal favorable pour soutenir les entreprises belges, a-t-il poursuivi.

Contexte européen

La Belgique n’est pas la seule à ressentir les effets de la politique commerciale américaine. L’Irlande, autre pôle majeur de production pour Pfizer, est la principale cible de Donald Trump dans l’UE, même si les suppressions d’emplois y avaient commencé avant ses récentes menaces.

Face à cette situation, l’Union européenne joue la carte de la prudence. Bruxelles mise sur plusieurs initiatives pour renforcer sa souveraineté pharmaceutique, notamment la loi sur les médicaments critiques (Critical Medicines Act, CMA) et la législation sur les biotechnologies. L’objectif : relocaliser davantage la production, sécuriser les chaînes d’approvisionnement et réduire la dépendance du bloc vis-à-vis de la Chine et l’Inde.

Mercredi 30 avril la Commission s’est dite « confiante » que ces mesures permettront de préserver l’industrie pharmaceutique européenne.

De son côté, Pfizer affirme vouloir rester « résiliente, adaptable et maintenir la plus haute qualité de production », selon un porte-parole. L’entreprise emploie actuellement environ 5 000 personnes en Belgique.

Elle ne s’est toutefois pas exprimée sur la manière dont elle allait assurer les emplois dans les années à venir.

Pour certains députés européens, le financement de la loi sur les médicaments critiques demeure encore trop flou pour espérer une relocalisation significative à court terme de la production de médicaments en Europe.

« La relocalisation de la production en Europe peut également contribuer à lutter contre les pénuries [de médicaments], mais elle nécessitera de nouvelles compétences, des procédés chimiques avancés et des modèles commerciaux innovants », a déclaré un délégué de la Confédération européenne des syndicats.

« La seule chose qui est claire aujourd’hui, c’est que les gens reconnaissent les problèmes », conclut Paul Schoetens, dirigeant du syndicat CSV-ACV.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]