Afghanistan : des troubles à craindre lors des élections [FR]

L'UE, qui s'implique dans l'organisation des élections présidentielles du 20 août en Afghanistan, craint un sursaut de violence avant le probable second tour, selon des sources diplomatiques se confiant à EURACTIV.

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L’UE, qui s’implique dans l’organisation des élections présidentielles du 20 août en Afghanistan, craint un sursaut de violence avant le probable second tour, selon des sources diplomatiques se confiant à EURACTIV.

La montée de la violence nourrit les pires craintes sur la situation en Afghanistan, deux jours à peine avant un scrutin crucial. Une voiture suicide piégée a attaqué un convoi de l’OTAN aujourd’hui (18 août) dans la périphérie de Kaboul, tuant au moins sept civils et blessant plus de 50 personnes, d’après les agences de presse. Des Afghans travaillant pour les Nations unies figurent parmi les morts et les blessés.
Dans un accident distinct, deux militaires américains ont été tués et trois autres blessés dans l’explosion d’une bombe placée sur le bord de la route, dans l’est de l’Afghanistan.

Plus tôt aujourd’hui, des combattants talibans ont tiré une roquette sur le terrain du palais présidentiel à Kaboul. Le 15 août une attaque suicide par voiture piégée a tué sept personnes et blessé 100 autres à l’extérieur des quartiers généraux de l’ISAF sous commandement de l’OTAN à Kaboul, près de l’ambassade américaine. 

Une stratégie de déstabilisation

Les militants talibans cherchent à déstabiliser le pays et à décourager les Afghans d’aller voter, en opposition directe à la stratégie du président américain Barack Obama d’affecter davantage de ressources et de direction stratégique à la mission OTAN en Afghanistan (EURACTIV 16/04/09). La presse a fait rapport de menaces talibanes de couper les doigts de quiconque tâchés de l’encre indélébile utilisée lors du vote.

L’UE, qui a décidé de s’engager davantage en Afghanistan en brandissant le concept de « puissance douce » (soft power), comprenant une assistance financière et technique pour les élections présidentielles, craint que le délai entre les deux tours des élections soit mis à profit par les talibans et seigneurs de guerre pour perturber les stratégies occidentales, selon des sources. 

Les sondages montrent que le président en exercice Hamid Karzai remporterait le vote de jeudi, mais sans réunir la majorité nécessaire pour éviter un second tour. 
La Suède, qui occupe la présidence tournante de l’UE, a ouvert une ambassade à Kaboul l’année dernière. Son ambassadeur Svante Kilander a s’est dit satisfait que Kaboul soit couverte d’affiches électorales et qu’un débat organisé par l’ambassade se soit tenu entre les candidats.

Mais il reste un risque de second tour, ce qui retarderait l’élection, a déclaré l’ambassadeur dans un communiqué de presse publié sur le site web de la présidence de l’UE. 

Des élections imparfaites

Le premier ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, a récemment admis dans un tribune libre dans le quotidien Aftonbladet (Stockholm), que le regain des talibans est en partie imputable aux fautes initiales et au fait d’avoir échoué à créer un système judiciaire qui fonctionne et une administration raisonnablement compétente en Afghanistan.

Les élections ne seront probablement pas parfaites, mais elles sont importantes pour l’avenir de l’Afghanistan et par conséquent pour la stabilité et la suite des évènements dans cette importante région qui relie l’Asie centrale et l’Asie du Sud, a écrit M. Bildt. Début septembre, M. Bildt doit accueillir une rencontre informelle des ministres européens des Affaires étrangères, dont un probable sujet de discussion sera les efforts européens pour la paix et l’aide au développement en Afghanistan.

Abdullah Abdullah, ex-ministre des Affaires étrangères, est le principal opposant de M. Karzai, qu’il devrait affronter au second tour début octobre. M. Abdullah accuse l’actuel président de faire l’impasse sur la corruption et de libérer de prison les trafiquants d’opium. On suspecte le frère de M. Karzai, Ahmed Wali, de contrôler le trafic de drogue dans la province de Kandahar. 

M. Karzai essuie aussi des critiques pour avoir choisi comme candidat vice-président Mohammed Qasim Fahim, un seigneur de guerre de l’Alliance du nord (la principale opposition durant le règne taliban et l’alliée des Etats-Unis dans la victoire contre les talibans en 2001). M. Karzai a aussi enrôlé ses partisans Gulbuddin Hekmatyar, un ancien seigneur de guerre et premier ministre, considéré par les Etats-Unis comme un terroriste mondial et  Abdul Rashid Dostum, un seigneur de guerre ouzbek ethnique, alors en exil mais qui a pu revenir en sécurité en Afghanistan il y a quelques jours avec une autorisation du gouvernement. 

En fait, M. Karzai a juré que, s’il était réélu, il invitera les membres des talibans à faire la paix. Les Etats-Unis et l’OTAN, d’autre part, rejettent le processus de réconciliation en ce moment, puisque selon eux cela serait possible qu’en étant en position de force, pas de faiblesse.

La presse occidentale a aussi critiqué M. Karzai pour l’approbation récente d’une loi excusant le viol conjugal, ce qui permet dans les faits aux hommes chiites de refuser de nourrir leur femme si elle refuse les relations sexuelles avec eux. On a aussi rapporté que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne avaient décidé de ne pas réagir, de peur d’aggraver la situation à l’aube du scrutin. 
Le Danemark, cependant, a fait connaître une réponse plus ferme. Per Stig Moller, le ministre des Affaires étrangères, a affirmé avoir écrit à son homologue afghan pour partager ses inquiétudes.