Akinwumi Adesina, à la recherche d’un nouvel accord sur l’aide avec l’UE

Les Africains doivent se libérer de leur dépendance à l’aide agricole traditionnelle de l’Europe et améliorer leurs relations commerciales afin de s’attaquer à leurs défis liés à l’alimentation et à la pauvreté, a déclaré le ministre nigérien de l’agriculture à EURACTIV.

EURACTIV.fr
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Les Africains doivent se libérer de leur dépendance à l’aide agricole traditionnelle de l’Europe et améliorer leurs relations commerciales afin de s’attaquer à leurs défis liés à l’alimentation et à la pauvreté, a déclaré le ministre nigérien de l’agriculture à EURACTIV.

Le ministre Akinwumi Adesina a également déclaré que les pays africains devaient créer leur propre marché intérieur et que l'Union européenne pourrait participer au financement de ports, d'autoroutes et de chemins de fer afin de faciliter le commerce de biens sur le continent où les barrières commerciales et les connexions terrestres précaires entravent la coopération.

« Les gens dépendent depuis trop longtemps de [l'aide à l'étranger] pour faire progresser l'agriculture en Afrique et je ne pense pas que cela fonctionne, […] car elle diminue, est incertaine et déplace les financements du secteur privé ou les financements nationaux dans la plupart des cas », a déclaré M. Adesina lors d'un entretien avec EURACTIV.

« Alors que la population mondiale s'accroît, la demande alimentaire augmente. L'Afrique se trouve là où se trouve la terre. Elle doit en tirer profit afin que cela devienne une solution au problème alimentaire mondial », a-t-il ajouté. « Mais pour ce faire, l'Afrique doit arrêter de considérer l'agriculture comme une activité de développement et la concevoir comme une manière de faire des affaires. Ce n'est pas notre choix ou notre décision, c'est une décision que nous nous imposons. »

M. Adesina est devenu un orateur essentiel d'événements internationaux tels que le Forum économique mondial en raison de ses appels en faveur d'un abandon des excédents alimentaires envoyés par bateau en Afrique ou des programmes d'aide alimentaire. Il s'est exprimé la semaine dernière à Bruxelles lors du Forum sur le futur de l'agriculture. Il y a critiqué la négligence de son propre pays en matière d'agriculture et de production alimentaire nationale.

Le cadre réglementaire de développement de l'UE

Le programme d'aide au développement à l'étranger de l'UE appelle à soutenir les efforts en faveur d'une agriculture autosuffisante dans les pays en développement, dont fait partie le Nigeria, malgré ses actifs pétroliers importants.

La Commission européenne s'est engagée le mois dernier, dans ses propositions de cadre réglementaire international pour la lutte contre la pauvreté, à soutenir le développement durable de l'agriculture, la protection des terres et de l'eau douce, l'enseignement rural et des programmes de protection sociale dans les pays pauvres. L'UE s'est également engagée à étendre les échanges agricoles à l'Afrique subsaharienne.

Des associations de défense des droits de l'Homme et de l'environnement relèvent toutefois un inconvénient des échanges : les investissements ont ouvert l'Afrique à l'exploitation, car des étrangers qui exportent des cultures afin de répondre à la demande en aliments et en biocarburants s'accaparent des terres.

L'association de défense de l'environnement Amis de la Terre Europe a déclaré, dans un nouveau rapport, que l'acquisition de terres par des étrangers déplace les petits agriculteurs, l'épine dorsale de la production africaine, et crée une concurrence pour des approvisionnements souvent précieux en ressources et en eau.

Accaparement des terres

Sur les 203 millions d'hectares de terres étrangères achetées entre 2000 et 2010, 134 millions d'hectares se trouvaient en Afrique et 29 millions en Asie, selon le rapport des Amis de la Terre Europe, intitulé Hidden impacts: How Europe's resource overconsumption promotes global land conflicts.

« Le système opaque et fourbe de propriété des ressources dans de nombreux pays et un manque de reconnaissance juridique de la propriété coutumière des ressources entraîne notamment des problèmes d'accaparement des terres et d'expulsion de petits exploitants de leurs terrains, souvent sans compensation », peut-on lire dans le rapport.

Ce rapport accuse également les programmes de soutien tels que la politique agricole commune de l'UE de porter préjudice au potentiel d'exportation de l'Afrique en aidant les agriculteurs européens grâce à des soutiens artificiels des prix.

« Certains accords [commerciaux] avec différents pays africains sont bloqués dans la phase de négociations, car l'Afrique déplore que les termes soient défavorables à son développement économique. La commission du développement au Parlement européen soutient cette affirmation et qualifie certaines dispositions de ces accords d'“inacceptables” qui pourraient “également nuire aux secteurs économiques émergents”. »

Stimuler le commerce interafricain

M. Adesina a déclaré que les étrangers n'étaient pas toujours responsables. L'Afrique doit améliorer ses normes de qualités et créer un marché agricole plus intégré, selon lui. La majeure partie des exportations agricoles africaines va vers l'UE alors que d'autres pays d'Afrique représentent moins de 10 % des échanges en Afrique subsaharienne.

« Le commerce régional offre peut-être l'incidence la plus élevée en termes de croissance de l'agriculture », a-t-il indiqué à EURACTIV.

M. Adesina est devenu ministre de l'agriculture du plus grand pays d'Afrique en 2011. Il détient également un doctorat en économie agricole de l'université de Purdue aux États?Unis. Il a expliqué que l'économie de son propre pays dominée par le pétrole avait un impact négatif sur l'agriculture.

« Lorsque nous avons découvert le pétrole, nous avons abandonné l'agriculture et nous en avons payé le prix. Le Nigeria est devenu un importateur net de denrées alimentaires et dépense 11 milliards de dollars par an (8,46 milliards d'euros) dans l'importation d'aliments de base comme le blé, le riz, le sucre et le poisson », a-t-il expliqué lors du Forum sur le futur de l'agriculture le 5 mars.

« Ce n'est pas acceptable, d'un point de vue politique, économique et social. Un pays qui n'est pas autosuffisant en matière d'alimentation s'expose à de nombreux risques et met en péril sa sécurité nationale », a-t-il déclaré.

Le pays dépense 2 % de son budget dans l'agriculture, a indiqué l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture dans son dernier rapport annuel.

Le Nigeria prend d'autres mesures en vue de stimuler sa production alimentaire nationale. Le pays a lancé une campagne qui vise à augmenter la production de riz et de manioc, un légume à racine riche en féculents. Ses projets de développement d'un secteur de l'horticulture destiné à l'exportation vers l'UE sont ambitieux.

Le gouvernement envisage d'étendre un programme qui permettra à des millions d'agriculteurs d'acheter directement auprès de fournisseurs privés en payant par téléphone mobile. Selon M. Adesina, grâce à cette décision, le gouvernement n'agira plus en tant qu'intermédiaire.

« Nous avons mis fin à quatre décennies de corruption dans le secteur des engrais, en retirant l'approvisionnement et la distribution d'engrais et de graines des mains du gouvernement », a déclaré le ministre.