Allemagne : les questions énergétiques pourraient diviser une éventuelle coalition entre les socialistes et la CDU

Selon les derniers sondages, le parti conservateur allemand CDU/CSU, dirigé par Friedrich Merz, devrait remporter les élections anticipées du 23 février. Ce dernier reste toutefois en désaccord sur la politique énergétique et climatique avec son partenaire de coalition le plus probable, le SPD.

EURACTIV Allemagne
German parliament building (Reichstag) in Berlin, Germany
Bâtiment du parlement allemand (Reichstag) à Berlin, Allemagne. [stormwatch153/Getty Images]

Selon les derniers sondages, l’Union chrétienne-démocrate (CDU/CSU) devrait remporter les législatives anticipées du 23 février, mais le chef de file du mouvement, Friedrich Merz, est en profond désaccord avec les politiques énergétiques et climatiques de son partenaire de coalition le plus probable, les sociaux-démocrates d’Olaf Scholz (SPD).

Le mouvement de Friedrich Merz est pour l’heure crédité de 32 % des voix dans les sondages, devant le parti d’extrême droite de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui recueillerait 17 % des votes, alors que le parti libéral-démocrate (FDP) ne devrait pas être en mesure de recueillir assez de suffrages pour être un partenaire important de la future coalition.

Les Verts, quant à eux, apparaissent comme un partenaire improbable, la CDU/CSU accusant les écologistes de se faire les avocats d’une « idéologie » irréaliste.

Le parti conservateur allemand entend relancer l’économie et moderniser les infrastructures du pays, un programme qui fait largement consensus au sein de la population et qui n’est pas en contradiction avec celui du SPD.

La CDU/CSU et les socialistes allemands ont déjà à plusieurs reprises gouverné ensemble au niveau fédéral, dernièrement sous la chancelière Angela Merkel jusqu’en 2021. Les deux mouvements se sont engagés à ce que l’Allemagne atteigne un objectif de zéro émission nette d’ici 2045.

Le SPD et la CDU/CSU sont d’accord sur un certain nombre de points : étendre le réseau d’hydrogène, moderniser les infrastructures vieillissantes du pays, etc. Mais ils s’opposent sur d’autres questions.

Le parti conservateur de Friedrich Merz fait par exemple de la tarification du carbone son « instrument clé » pour atteindre la neutralité carbone, arguant qu’il s’agit de l’instrument « le plus efficace, économiquement et écologiquement ». Le SPD estime de son côté que ce dernier n’est pas assez efficace pour réduire à lui seul les émissions de carbone.

Pour le SDP, « l’avenir de notre nation automobile, l’Allemagne, réside dans la mobilité électrique ». Friedrich Merz fait de son côté campagne contre la disparition imposée par l’UE des voitures à carburant fossile, arguant que « l’interdiction des moteurs à combustion n’est pas la solution », et plaidant plutôt pour « une ouverture technologique ».

Sur le nucléaire, la CDU/CSU souhaite explorer la possibilité de redémarrer les centrales du pays, fermées depuis avril 2023. Pour les socialistes au contraire, le redémarrage des réacteurs allemands est trop coûteux et incompatible avec la volonté affichée de la CDU/CSU de s’appuyer sur les technologies les plus rentables et pas forcément sur celles les plus respectueuses du climat.

Même si les deux partis étaient prêts à faire des compromis pour former une coalition, l’évolution de la situation européenne pourrait perturber un potentiel accord : selon des experts, la présidence polonaise du Conseil de l’Union européenne à partir de janvier 2025 pourrait remettre en question le système d’échange de quotas d’émission de l’UE (SEQE-UE).

[Édité par Laurent Geslin]