Alors que les prix de l’énergie baissent, Berlin met en garde contre toute intervention sur le marché

Alors que les prix du gaz baissent en raison d’un temps plus doux et de réserves importantes, le gouvernement allemand mettra en garde contre les interventions de l’Union européenne sur le marché de l’énergie lors d’une réunion des dirigeants européens ce jeudi.

Euractiv.com
méthanier – Istanbul, Turquie
Navire méthanier transportant du gaz naturel liquéfié (GNL). [<a href="https://www.shutterstock.com/fr/" target="_blank" rel="noopener">Mehmet Cetin </a>]

Alors que les prix du gaz baissent en raison d’un temps plus doux et de réserves importantes, le gouvernement allemand mettra en garde contre les interventions de l’Union européenne sur le marché de l’énergie lors d’une réunion des dirigeants européens ce jeudi (20 octobre).

La Commission européenne a présenté mardi (18 octobre) de nouvelles propositions pour faire face à la crise énergétique, notamment un plafonnement « dynamique » des prix du gaz négocié via le mécanisme néerlandais TTF (Title Transfer Facility), l’achat groupé de gaz et une solidarité obligatoire en cas d’urgence.

Toutefois, à Berlin, les hauts fonctionnaires ont déclaré qu’ils étaient « très prudents quant aux interventions artificielles sur le marché ».

En théorie, un plafond dynamique des prix a pour objectif de combler l’écart entre le prix que l’Europe est prête à payer pour le gaz et le prix plus élevé proposé par les acheteurs asiatiques, principalement le Japon et la Corée.

Le risque, cependant, est que les navires transportant du gaz naturel liquéfié (GNL) se rendent alors là où les prix sont plus élevés, ont confié de hauts fonctionnaires aux journalistes.

Les responsables du gouvernement allemand soulignent que les méthaniers qui font la queue au large des côtes espagnoles sont la preuve qu’un prix élevé attire davantage d’approvisionnements.

Par ailleurs, le gouvernement japonais a fait part de sa volonté d’intervenir si les entreprises ne sont plus en mesure d’assurer les livraisons de GNL, rapporte le média Bloomberg.

Les hauts fonctionnaires ont ajouté que l’Allemagne, qui assure actuellement la présidence du G7, souhaite inclure les membres du G7 et du G20 dans les discussions sur un « couloir » de prix pour le gaz.

Au lieu des plafonds, c’est l’« interconnectivité européenne » qui devrait être au centre des discussions, estiment les responsables, qui craignent qu’un plafonnement des prix ne fasse augmenter la consommation de gaz.

Un fonctionnaire a également souligné les différences internes entre les 15 États membres de l’Union européenne qui ont envoyé une lettre conjointe à la Commission européenne le mois dernier pour demander un plafonnement des prix de gros du gaz.

L’Allemagne est actuellement au cœur d’une querelle avec la France, qui continue de s’opposer au projet de gazoduc MidCat reliant l’Espagne et la France par les Pyrénées.

Ce gazoduc, dont la construction ne pourrait prendre qu’un an selon le gestionnaire de réseau espagnol Enagas, permettrait de relier les terminaux d’importation de GNL espagnols au marché énergétique européen.

Le président français Emmanuel Macron, quant à lui, insiste sur le fait que le gazoduc « ne résoudra pas le problème du gaz européen », affirmant que les gazoducs existants ne sont pas exploités à pleine capacité.

Pour convaincre les Français, l’Espagne soutient que le gazoduc pourra être converti pour transporter de l’hydrogène en réponse à l’argument selon lequel le gazoduc ne répond pas aux objectifs environnementaux de l’UE.

C’est également la position adoptée à Berlin. « Pendant que nous réfléchissons aux plafonds [de prix], nous pouvons aller de l’avant avec des projets de coopération », a déclaré un fonctionnaire, insistant sur le fait que « la sécurité de l’approvisionnement et la connectivité européenne » font l’objet d’une attention particulière.

Sur des sujets connexes, les fonctionnaires allemands ont soutenu la décision de la Commission européenne d’introduire un nouvel indice des prix pour le GNL, afin de compléter le TTF. Cependant, ils ont également souligné les points non résolus, à commencer par la base juridique (article 122 du traité de l’UE), qui est considérée comme insuffisante même si elle traite effectivement des situations d’urgence.

Berlin, en revanche, est favorable aux propositions visant à établir une plateforme européenne pour l’achat commun de gaz, que la Commission souhaite opérationnelle au printemps 2023, soit juste à temps pour la prochaine saison de remplissage des stocks de gaz. « Une coordination plus étroite en matière d’achat de gaz est logique “en principe” », ont déclaré de hauts fonctionnaires.

La proposition de l’exécutif européen, qui dispose que 15 % du stockage de l’Union européenne doit être acheté conjointement auprès de sources autres que la Russie, représente 13,5 milliards de mètres cubes de gaz, soit l’équivalent d’environ 4 % des importations totales de gaz de l’Union l’année dernière.

« Nous sommes totalement ouverts à la discussion », a déclaré un haut fonctionnaire, qui a toutefois souligné les inconvénients de la formation d’une demande concertée.

La prudence de l’Allemagne est étayée par un léger optimisme concernant les marchés de l’énergie. Ces derniers jours, les prix du gaz sont passés de 300 € par MWh à environ 50 € sur le marché au comptant. En Espagne, où la capacité d’importation de GNL est importante, les prix sont descendus jusqu’à 27 euros par MWh.

Les niveaux de stockage de gaz de l’UE avoisinent aujourd’hui les 93 % alors que les températures plus chaudes que les moyennes de saison se poursuivent, retardant ainsi le début de la saison de chauffage.