Alors que Trump passe à l’attaque, von der Leyen se cache
Après que Washington a averti que l’Europe risquait « l’effacement » civilisationnel, les dirigeants du bloc se sont fait plutôt discrets.
Un dicton populaire bien connu dit que « la parole est d’argent, mais le silence est d’or ».
En d’autres termes, il vaut parfois mieux se taire que de dire quelque chose que l’on regrettera.
Lorsqu’il s’agit de Donald Trump, Ursula von der Leyen semble avoir fait de cette phrase une sorte de leitmotiv, comme elle l’a prouvé une nouvelle fois ce week-end. Face à une avalanche d’affirmations mensongères sur l’UE de la part du vice-président américain JD Vance et d’une galerie de personnages peu recommandables parmi les responsables de l’administration et les partisans du mouvement MAGA, Ursula von der Leyen s’est distinguée par son silence.
Interrogé vendredi 5 décembre sur la dernière « stratégie de sécurité nationale » des États-Unis, qui dépeint l’Europe comme un continent confronté à « l’effacement de sa civilisation » et l’UE comme un « organisme transnational qui sape la liberté politique et la souveraineté », le porte-parole en chef de la présidente de la Commission a répondu : « Nous ne sommes pas encore en mesure de commenter quoi que ce soit à ce sujet ».
Ursula von der Leyen est cohérente. Depuis que Donald Trump a entamé son deuxième mandat il y a onze mois, la réponse de la présidente de la Commission aux railleries et provocations du président américain est toujours la même : sourire et supporter (en mettant fortement l’accent sur le sourire).
Donald Trump, qui sait quand il a acculé quelqu’un, a réagi en se moquant publiquement d’elle, plaisantant l’été dernier, après avoir imposé des droits de douane de 15 % sur les produits européens, sur le fait qu’elle était « puissante » par rapport aux dirigeants nationaux du continent.
Pour l’Europe, les signaux clairs envoyés par Washington au cours des trois derniers jours n’ont rien de drôle.
Dans ce qui semblait être un effort soigneusement coordonné, les principaux responsables de l’administration et leurs alliés ont présenté l’UE comme une menace pour la démocratie et la liberté d’expression. Ils se sont engagés à soutenir ce que la nouvelle stratégie de sécurité nationale des États-Unis qualifie de « partis patriotiques » (comprendre : d’« extrême droite »).
Tout en insistant dans cette même stratégie sur le fait que le continent « reste stratégiquement et culturellement vital pour les États-Unis », Washington s’engage de manière inquiétante à « aider l’Europe à corriger sa trajectoire actuelle ».
Une grande partie de la correction de cap envisagée par les États-Unis consistera à pousser l’Ukraine à conclure un accord de paix avec la Russie. Aux yeux de l’administration Trump, la grande majorité des Européens veulent la paix, mais ont été induits en erreur par leurs « gouvernements minoritaires instables, dont beaucoup bafouent les principes fondamentaux de la démocratie pour réprimer l’opposition ».
Dans une évolution prévisible, mais inquiétante, les partisans de Donald Trump ont été acclamés par leurs alliés russes, notamment l’ancien président Dmitri Medvedev et Alexandre Douguine, le gourou politique de Vladimir Poutine.
La raison apparente de cette soudaine explosion de colère du monde gravitant autour de Donald Trump était l’annonce vendredi par la Commission qu’elle allait infliger une amende de 120 millions d’euros à X, le réseau social détenu par Elon Musk, pour avoir enfreint les obligations de transparence requises par le règlement européen sur les services numériques (Digital Services Act, DSA).
Bien que cette amende soit négligeable pour Elon Musk, elle a offert aux militants du MAGA une occasion rêvée d’accuser l’UE de « censure » pour avoir osé appliquer ses propres lois. Sur X, le sénateur républicain Ted Cruz a appelé le président à « imposer des SANCTIONS jusqu’à ce que cette parodie soit annulée », tandis qu’Elon Musk est allé jusqu’à comparer l’UE à l’Allemagne nazie.
Le secrétaire d’État adjoint américain Christopher Landau a quant à lui semblé remettre en question la garantie de sécurité offerte par les États-Unis à l’Europe.
« Les nations européennes ne peuvent pas compter sur les États-Unis pour assurer leur propre sécurité tout en sapant de manière affirmative la sécurité des États-Unis eux-mêmes par le biais de l’UE (non élue, non démocratique et non représentative) », a-t-il averti après avoir dégusté des frites belges et visité la boutique Tintin.
Du côté de l’UE, la résistance la plus audacieuse est venue des rangs du Parlement, notamment du libéral autrichien Helmut Brandstätter, qui a souligné les efforts de Donald Trump pour attaquer la presse libre aux États-Unis. Son courage semble toutefois avoir attiré davantage l’attention de l’administration Trump que quiconque au Berlaymont.
La seule haute responsable européenne à avoir répondu aux salves de Washington était Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne. Pourtant, à en juger par ses commentaires, elle semblait ne pas avoir lu ou ne pas avoir pleinement compris la mise en garde lancée par l’administration américaine à l’Europe.
« Bien sûr, il y a beaucoup de critiques, mais je pense que certaines d’entre elles sont également fondées », a déclaré l’Estonienne lors du Forum de Doha, en réponse à une question de Christiane Amanpour, de CNN, sur le document stratégique américain. « Les États-Unis restent notre plus grand allié », a-t-elle encore insisté.
Les propos inconsistants de Kaja Kallas ont souligné la nécessité d’un véritable leadership européen pour répondre à ce que l’un des observateurs les plus lucides de l’Europe a qualifié de « déclaration de guerre politique ».
Ne vous faites pas trop d’illusions. Il n’y aura pas de coup d’éclat, pas de moment européen pour répondre à la déclaration provocante de Donald Trump après avoir été attaqué en 2024 : « Combattez ! Combattez ! Combattez ! »
Ursula von der Leyen a peut-être prouvé au fil des décennies qu’elle savait se battre pour sa propre survie politique, mais en matière de politique, son instinct la pousse à pécher par excès de prudence.
Dans ce cas, cela signifie probablement suivre l’exemple du chancelier allemand Friedrich Merz, un autre dirigeant faible qui a toujours préféré s’incliner devant Donald Trump plutôt que de le défier.
Contrairement à ses homologues, Donald Trump — malgré sa timidité vis-à-vis de ses origines allemandes — a beaucoup mieux réussi à intérioriser l’enseignement originel de la tradition teutonique : « Ceux qui se battent peuvent perdre. Ceux qui ne se battent pas ont déjà perdu. »
La nouvelle stratégie de sécurité de Donald Trump dépeint une Europe faible et menacée d’« effacement civilisationnel »
Dans un document de 33 pages publié jeudi 4 décembre aux États-Unis, l’administration Trump dit vouloir restaurer la…
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L’auteur de cet article est le rédacteur en chef d’Euractiv.