La nouvelle stratégie de sécurité de Donald Trump dépeint une Europe faible et menacée d’« effacement civilisationnel »

Si certains dirigeants européens espéraient séduire le président américain à coups de flatteries et de promesses d’augmentation des dépenses de défense, la nouvelle stratégie américaine de sécurité nationale leur rappelle brutalement ce que l’administration Trump voit réellement chez eux : la mort de la civilisation européenne. Il faudra en faire davantage pour convaincre le président américain.

EURACTIV.com
President Donald J. Trump
Le président américain, Donald J. Trump. [Getty Images/Jabin Botsford_The Washington Post]

Dans un document de 33 pages publié jeudi 4 décembre aux États-Unis, l’administration Trump dit vouloir restaurer la « grandeur européenne » d’un continent qu’elle considère comme en proie au déclin économique et à la « perspective sombre d’un effacement civilisationnel ».

Chaque nouvelle administration publie traditionnellement sa stratégie de sécurité nationale au début de son mandat, afin d’orienter son budget et ses politiques pour les années à venir. Elle précède la stratégie de défense nationale, qui alimente la Global Posture Review — le plan de la Maison-Blanche concernant le stationnement (ou le retrait) des troupes américaines dans le monde, qui inquiète les Européens depuis des mois.

La majeure partie de la nouvelle approche présente des plans pour lutter contre le trafic de drogue, les migrations, la puissance économique chinoise et la supériorité de sa chaîne d’approvisionnement dans le monde. Le chapitre consacré à l’Europe se concentre davantage sur la critique du mode de vie, des habitudes de consommation et du comportement électoral des Européens.

L’Allemagne fait l’objet d’une mention spéciale dans la stratégie américaine. Fidèle au style Donald Trump, la plus grande économie du continent européen est la cible de critiques virulentes pour ses relations commerciales avec la Chine et ses achats d’énergie à la Russie.

Sur trois pages, l’administration américaine fait la promotion des « partis européens patriotiques », dénonce les « gouvernements minoritaires instables », critique la « perte d’identité nationale et de confiance en soi » et, bien sûr, prend l’Union européenne pour cible.

« Nous voulons que l’Europe reste européenne, qu’elle retrouve sa confiance en soi en tant que civilisation et qu’elle abandonne son obsession infructueuse pour la règlementation étouffante », peut-on lire dans le document. Cette formulation peut être interprétée comme un autre exemple de mépris pour les politiques technologiques de l’UE et comme une allusion à la nostalgie pour ce que le président américain considère être comme une Europe plus grandiose.

Choisir les meilleurs, abandonner les autres

Si les États-Unis dressent un portrait sombre de l’Europe, ils n’ont toutefois pas l’intention de l’abandonner. Et Washington l’indique clairement dans son document. En effet, l’Europe est essentielle à la poursuite de la domination économique des États-Unis dans l’hémisphère occidental.

Pour ce faire, il faut notamment mettre fin à la guerre en Ukraine et éviter de nouveaux conflits avec la Russie, ce qui, selon la stratégie, « stabilisera » l’économie du continent.

Mais il est évident que l’administration Trump choisira ses alliés en fonction de l’évolution de la politique, de l’économie et de la puissance militaire de chaque pays après s’être engagée à consacrer 5 % du PIB à l’armée.

En résumé : ils travailleront avec « les pays alignés qui souhaitent retrouver leur ancienne grandeur ».

Être un allié militaire de l’OTAN ou un partenaire de longue date ne suffit pas pour être considéré comme un ami « fiable » si l’on ne dispose pas d’une armée et d’une économie solides, écrivent-ils. Et si vous devenez « majoritairement non européen », ce qui, selon l’administration américaine, est inévitable pour certains membres de l’OTAN, votre alliance avec les États-Unis sera remise en question.

La stratégie des États-Unis consiste donc à amener l’Europe à voler de ses propres ailes, ce qui implique de prendre en charge sa propre défense et de s’éloigner de la Chine.

Le document donne également un bref aperçu de ce à quoi il faut s’attendre de la stratégie de défense nationale et de le Global Posture Review attendus ce mois-ci.

La présence militaire américaine dans l’hémisphère occidental sera réexaminée, et les États-Unis devront s’efforcer de mettre fin à l’expansion de l’alliance de l’OTAN, anéantissant ainsi les espoirs de l’Ukraine d’adhérer à l’organisation dans un avenir prévisible.