Anne Hidalgo, candidate « profondément européenne » à l’élection présidentielle

La candidate PS à l’élection présidentielle française a dévoilé son programme le 13 janvier dernier. Celui-ci s’inscrit dans une dimension européenne, avec des propositions ambitieuses, qui ont toutes pour point commun d’affirmer la primauté du droit européen.

Euractiv France
This article is part of our special report "Présidentielle 2022 : et l’Europe dans tout ça ?"
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Anne Hidalgo souhaite faire de l’UE un instrument de souveraineté européenne et nationale. [Esther Snippe, EURACTIV/Shutterstock]

La candidate PS à l’élection présidentielle a dévoilé son programme le 13 janvier dernier. Celui-ci s’inscrit dans une dimension européenne, avec des propositions ambitieuses, qui ont toutes pour point commun d’affirmer la primauté du droit européen face aux populistes.

« Notre seul véritable outil, c’est le renforcement et l’autonomie de l’Union européenne », écrivait Anne Hidalgo dans une tribune publiée dans la revue Le Grand Continent en décembre dernier. 

Un mois plus tard, lorsque la candidate franco-espagnole dévoile son programme à Paris à l’espace du Ground Control, cette dernière insiste à nouveau sur son attachement et son engagement pour l’Europe.

Ses propositions s’articulent autour de trois grands thèmes : l’écologie, l’économie et le social. 

« Anne Hidalgo porte une candidature profondément européenne dans le cadre d’une présidence française »,  confirme l’eurodéputée (S&D) Sylvie Guillaume, contactée par EURACTIV France. Avant d’ajouter avoir eu le sentiment « d’une candidate qui nous écoutait et qui assumait son ambition européenne ».

Pour la candidate socialiste, la crise sanitaire marque un tournant. Il serait désormais urgent de « retrouver durablement la confiance des citoyens » dans les institutions du Vieux continent. Sa stratégie est claire : faire de l’UE un instrument de souveraineté européenne et nationale. 

« Anne Hidalgo ne se réfugie pas dans un débat limité aux frontières nationales, elle sait que les enjeux sont aussi au niveau européen », poursuit Sylvie Guillaume, qui a contribué à l’élaboration des propositions du programme au chapitre Europe. 

Neutralité carbone, TVA « verte » et salaire minimum

La question environnementale domine et influe le reste des propositions, notamment les propositions économiques et sociales. 

Pour tenir l’engagement européen d’atteindre la neutralité carbone en 2050, la candidate souhaite « une mise en oeuvre rapide et ambitieuse » de l’ajustement carbone aux frontières, sans donner plus de détails. 

Viennent ensuite la diplomatie climatique et l’économie verte, considérées comme deux secteurs clés pour la transition écologique, mais qui doivent encore s’adapter aux défis climatiques du XXIe siècle. 

Côté économie, Mme Hidalgo souhaite faciliter l’adoption d’une TVA réduite sur les produits dits verts et taxer les groupes énergétiques pour financer le « soutien aux énergies renouvelables » et « au pouvoir d’achat des classes moyennes et populaires ».

Déçue par l’inaction de la France à la suite de l’accord de Paris de 2015 face à ce qu’elle appelle la « diplomatie climatique », la candidate souhaite organiser un nouveau sommet en 2025, le « Paris+10 », pour ré-affirmer le rôle de la France et de l’Europe dans la lutte contre le réchauffement climatique. 

Enfin, au chapitre social, la candidate PS ambitionne de porter un « nouvel agenda », négocié avec organisations syndicales et patronales européennes, comprenant un salaire minimum européen, l’égalité entre les femmes et les hommes et la protection des travailleurs des plateformes et travailleurs précaires.

Vers l’autonomie européenne 

L’autre grand thème de campagne d’Anne Hidalgo : redorer le blason européen en allant vers plus de démocratie et en accélérant l’autonomie du continent, notamment dans le domaine de la santé. 

Production de vaccins, approvisionnement de dispositifs médicaux et de médicaments : si la candidate applaudit la stratégie de l’UE face à la crise sanitaire, elle reste lucide sur les failles d’approvisionnement de ces produits, militant également pour la levée des brevets des vaccins. 

Pour lutter contre ces pénuries, il sera nécessaire de modifier « les règles en vigueur en matière d’aide d’État et de droit de la concurrence, et  [permettre] ainsi l’investissement public et privé rapide, massif, coordonné », écrit-elle dans sa tribune au Grand Continent. 

L’autonomie européenne passera aussi par la reconquête industrielle, notamment pour « réguler les évolutions erratiques des prix liées aux goulots d’étranglement du commerce international », précise-t-elle encore dans la revue. 

Pour une Europe plus démocratique, la socialiste propose que le Parlement européen ait le dernier mot dans l’adoption de la loi, en pouvant passer outre l’opposition du Conseil, à condition d’obtenir une majorité qualifiée des deux tiers.

Mais le programme pour l’Europe d’Anne Hidalgo, vaste et ambitieux, est-il réalisable ? « Il est finançable », répond Sylvie Guillaume, selon qui le problème se trouve plutôt « dans l’inadaptation du budget européen et la manière dont les autres leaders européens vont se positionner ».

Cependant la candidate reste « consciente » que, si elle accède au poste de présidente de la République, son programme européen nécessitera « des négociations sur le moyen long terme », conclut Sylvie Guillaume.