Antonis Samaras tente de gagner du temps pour l'application des réformes
Le premier ministre grec, Antonis Samaras, lance son opération de charme européenne aujourd'hui (22 août) dans le but de persuader le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, que son pays souhaite bel et bien mettre en œuvre les réformes impopulaires, mais qu'il a besoin de plus de temps pour ce faire.
Le premier ministre grec, Antonis Samaras, lance son opération de charme européenne aujourd'hui (22 août) dans le but de persuader le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, que son pays souhaite bel et bien mettre en œuvre les réformes impopulaires, mais qu'il a besoin de plus de temps pour ce faire.
Alors que les coffres se vident et que les rumeurs sur la sortie de la Grèce de la zone euro sans aide supplémentaire reprennent, M. Samaras doit convaincre les dirigeants européens que son pays a enfin trouvé le courage politique de respecter ses engagements dans le cadre du dernier programme de renflouement.
M. Juncker, l'homme politique européen le plus influent à se rendre à Athènes depuis que le gouvernement conservateur de M. Samaras a pris le pouvoir en juin (voir « Contexte »), devrait expliquer sans détour au premier ministre que son pays se doit d'opérer les coupes budgétaires promises et que la marge de manœuvre demeure bien mince.
Le dirigeant grec devrait se voir répéter le même message lors de sa visite à Berlin vendredi. Il y rencontrera la chancelière allemande avant de se rendre à Paris pour s'entretenir avec le président français, François Hollande.
Quelques jours après avoir été élu, le gouvernement de M. Samaras avait promis qu'il tenterait d'obtenir un délai supplémentaire de deux ans pour atteindre les objectifs du programme de renflouement de 130 milliards d'euros accordé par l'Union européenne et le Fonds monétaire international.
Néanmoins, face au risque d'une faillite désordonnée sans le versement des autres tranches d'aide du programme, le gouvernement a baissé le ton et compte simplement évoquer cette idée lors des réunions de cette semaine, au lieu d'introduire une demande officielle.
« Nous devons d'abord restaurer nos relations avec nos partenaires européens, car elles ont été sérieusement endommagées », a expliqué un fonctionnaire du gouvernement sous le couvert de l'anonymat. « C'est plus que crucial. Ce n'est qu'ensuite que nous pourrons évoquer certains paramètres. »
Le plus grand contributeur européen, l'Allemagne, commence à perdre patience et a déjà annoncé qu'il ne reverrait pas à la baisse ses exigences envers la Grèce, un pays qui a déjà bénéficié de deux renflouements.
Désaccords sur les coupes budgétaires
Pour regagner sa crédibilité, la Grèce devra opérer 11,5 milliards d'euros de coupes budgétaires au cours des deux prochaines années, comme stipulé dans le programme de renflouement. Les détails de ces mesures doivent encore être peaufinés par le gouvernement de M. Samaras.
Le premier ministre et ses alliés socialistes et de la gauche modérée s'accordent sur les mesures, mais le gouvernement peine encore à finaliser les dernières mesures, car la population se rebiffe à l'idée de nouvelles réductions des retraites et de la mise à disposition des fonctionnaires avant leur licenciement.
« Nous tentons de trouver le meilleur compromis possible et d'aboutir à une distribution juste des retraites. Nous devons aussi protéger ceux qui reçoivent de très faibles retraites », a expliqué un fonctionnaire du ministère des finances. « Nous continuons également à travailler sur les réserves de main-d'œuvre. »
La réduction des salaires et des retraites aboutira à une baisse des recettes fiscales et le gouvernement devra trouver 13,5 milliards d'euros pour atteindre son objectif de 11,5 milliards d'euros, a-t-il précisé. Les partis ont trouvé 10,8 milliards d'euros jusqu'à présent.
Les mesures seront présentées à la troïka (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) pour approbation lors de son retour à Athènes au début du mois prochain. Elle devra rendre sa décision finale sur le maintien du programme.
Après que sa victoire électorale de juin a écarté le risque d'une sortie imminente de la Grèce de la zone euro, M. Samaras a reçu un signal positif de la part des gouvernements européens. Un sondage réalisé par Reuters la semaine dernière a montré que de plus en plus d'économistes pensaient que la Grèce demeurerait au sein de l'union monétaire.
Le pays surendetté est toutefois encore loin des objectifs de son renflouement et les fonctionnaires européens n'excluent pas une nouvelle restructuration de sa dette dont les coûts retomberaient sur la Banque centrale européenne et les gouvernements de la zone euro.
La Grèce justifie son retard par une récession plus mordante que prévu qu'Athènes compare à la Grande dépression américaine. Près d'un Grec sur quatre est sans emploi et des milliers d'entreprises ont dû fermer leurs portes depuis le début de la crise de la dette souveraine en 2009.