Appel au soutien de l’UE pour un fond social en faveur des nations pauvres

Alors que les avantages sociaux valables tout au long de la vie sont de plus en plus confrontés à des coupes budgétaires en Europe, l’Union européenne et d’autres donateurs importants sont appelés à venir en aide à 5,1 milliards de personnes qui ne bénéficient pas d’un filet de protection sociale de base.

EURACTIV.fr
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Alors que les avantages sociaux valables tout au long de la vie sont de plus en plus confrontés à des coupes budgétaires en Europe, l’Union européenne et d’autres donateurs importants sont appelés à venir en aide à 5,1 milliards de personnes qui ne bénéficient pas d’un filet de protection sociale de base.

 

La proposition de l'UE d’une révision de l'aide à l'étranger, le programme pour le changement, appelle à un investissement des pays européens dans l'assurance sociale pour les nations les plus pauvres du monde. Lors de la mise en place de la conférence des Nations unies sur le développement durable, les 184 nations membres de l'Organisation internationale du travail (OIT), dont les 27 États membres de l'UE, ont adopté en juin une résolution qui somme tous les pays à fournir une protection sociale minimale.

 

Depuis lors, les défenseurs des pauvres ont demandé la création d'un fonds mondial afin d'aider les 80 % de la population mondiale qui vivent sans filet de sécurité.

 

Olivier de Schutter, le rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation et partisan du fonds financés par des donateurs, a déclaré que plusieurs nations pauvres ne pouvaient se permettre ni allocations de chômage, ni assurances maladie et invalidité.

 

« Les gouvernements de ces pays n'osent pas prendre le risque d'établir des régimes permanents de protection sociale parce qu'ils craignent qu'ils ne soient pas viables d'un point de vue budgétaire », a-t-il affirmé dans un entretien.

 

« Le fonds mondial pour la protection sociale est donc un mécanisme qui permettrait à la communauté internationale de soutenir ces pays pauvres, les moins avancés, afin qu'ils puissent progresser dans la création de socles de protection sociale. »

 

Budgets serrés

 

Des fonctionnaires ont toutefois reconnu qu'il ne serait pas évident de trouver des financements. Les plus grandes sources d'aide au développement (les États-Unis, le Japon et l'UE) subissent toutes une pression budgétaire et les associations de lutte contre la pauvreté craignent que l'aide à l'étranger ne soit l'une des premières victimes des mesures d'austérité à long terme.

 

« Il y a toujours des choix difficiles à faire », a déclaré Krzysztof Hagemejer, le chef du développement des politiques du département de la sécurité sociale de l'OIT. « La protection sociale fait toutefois partie du fonctionnement normal d'un État. Son importance sociale et économique est de plus en plus reconnue. Chaque économie de marché devrait disposer d'institutions qui devraient au moins offrir des régimes de protection sociale de base. »

 

« Les donateurs ont commencé à reconnaître la protection sociale comme l'un des éléments les plus importants à réaliser […] dans le cadre de leur aide au développement », a-t-il ajouté à EURACTIV depuis le siège de l'OIT à Genève. Il a souligné que l'UE avait reconnu ce concept dans son programme pour le changement.

 

Sauver les banques… et la population

 

M. de Schutter, un professeur de droit en Belgique, et sa collègue Magdalena Sepúlveda, une avocate du Chili et rapporteure spéciale des Nations unies sur l'extrême pauvreté, ont sommé les pays avancés de financer le fonds mondial pour la protection sociale que les pays en développement peuvent exploiter pour cofinancer des régimes d'assurance.

 

En développant leurs idées cet automne, les deux défenseurs des droits ont indiqué que le besoin de protection sociale s'était amplifié alors que des problèmes économiques ont touché les économies des nations les moins développées et supprimé une partie de l'aide à l'étranger.

 

« Quand la crise financière mondiale est survenue, les gouvernements sont intervenus pour soutenir les banques jugées trop importantes pour [les laisser] s'écrouler », ont-ils indiqué dans un communiqué conjoint en octobre. « La même logique doit être appliquée à la protection sociale de base, trop décisive pour être ignorée. »

 

Certaines économies émergentes, dont l'Afrique du Sud et le Brésil, disposent de filets de sécurité bien développés. Un rapport récent de l'OIT et de la Banque mondiale indique que 66 des 77 pays étudiés ont étendu les régimes de protection sociale, comme les allocations de chômage, les retraites et les soins de santé au cours de la crise économique entre 2008 et 2010.

 

« Aléa moral »

 

L'OIT estime que les filets de sécurité pourraient coûter aux pays en développement entre 2,2 % et 5,7 % de leur produit intérieur brut. La moyenne de l'UE est d'environ 3 %.

 

Conformément à l'accord de l'OIT, même les nations les plus pauvres devraient consacrer certaines de leurs dépenses à la sécurité sociale.

 

« Il existe un risque d'" aléa moral ". Certains gouvernements peu enclins à allouer des ressources nationales [disposent] d'une échappatoire à ce fond sans faire ce qu'ils devraient », a déclaré M. Hagemejer de l'OIT. « C'est là que [réside] toute la difficulté. »

 

Il a toutefois indiqué que les gouvernements avaient adopté une attitude plus sérieuse, guidée par la décision des membres de l'OIT de soutenir le développement progressif de la sécurité sociale à l'échelle mondiale. « Il y a beaucoup de choses en cours », a-t-il poursuivi.

 

« Quand j'étais en Tanzanie pour la première fois en 2005, par exemple, tout le monde [se] demandait ce qu'était la protection sociale […] Nous disposons de ces belles manières informelles d'offrir une protection sociale grâce aux communautés et aux familles. La discussion est complètement différente maintenant. On s'accorde à dire qu'en plus, une protection sociale publique est nécessaire. Le paysage est donc en train de changer. »