Après la décision allemande de fermer ses frontières, Athènes accuse Berlin d’hypocrisie
Le débat sur l’immigration s’est rouvert en Europe, puisque l’Allemagne se prépare à augmenter le nombre de demandeurs d’asile qu’elle renvoie dans leur pays d’arrivée et la Grèce prévoit de soulever la question lors d’un sommet le mois prochain.
Le débat sur l’immigration s’est rouvert en Europe, puisque l’Allemagne se prépare à augmenter le nombre de demandeurs d’asile qu’elle renvoie dans leur pays d’arrivée et la Grèce prévoit de soulever la question lors d’un sommet le mois prochain.
Les Européens ont réagi aux discussions controversées qui ont eu lieu à Berlin, où certains acteurs poussent le gouvernement à refuser l’entrée aux exilés et à renvoyer ceux qui se trouvent déjà en Allemagne mais qui sont entrés dans l’Union européenne (UE) par un autre pays.
L’annonce de Berlin d’imposer des contrôles à toutes ses frontières terrestres à partir du lundi 16 septembre est la dernière d’une série de décisions prises par le gouvernement allemand pour adopter une approche plus stricte de l’immigration irrégulière.
La décision a reçu diverses réactions de la part des pays voisins. Le Premier ministre Donald Tusk (PO, Parti populaire européen), un des plus fervents critiques de cette décision, l’a qualifiée d’« inacceptable du point de vue polonais » et a proposé des consultations avec les États membres de l’UE voisins de l’Allemagne afin d’envisager une réponse « également au niveau de l’UE ».
En effet, la mise en place de cette décision augmenterait le nombre d’exilés envoyés dans d’autres États membres en vertu du règlement Dublin III, qui impose aux pays de première ligne de l’UE d’accueillir la plupart des demandeurs d’asile.
Ce règlement s’appliquera jusqu’à l’entrée en vigueur, à la mi 2026, du nouveau pacte européen sur la migration et l’asile, adopté cette année.
Berlin est particulièrement préoccupé par les mouvements dits « secondaires », c’est-à-dire lorsque des exilés ou des demandeurs d’asile quittent le pays dans lequel ils sont arrivés pour demander une protection ou une réinstallation permanente dans un autre pays.
Selon Welt am Sonntag — l’édition dominicale du quotidien allemand die Welt — qui cite des chiffres de l’Office fédéral des migrations et des réfugiés (BAMF), l’année dernière, 16 500 personnes ont demandé l’asile en Allemagne alors qu’elles avaient déjà obtenu l’asile en Grèce. Parmi elles, 12 000 ont également obtenu l’asile en Allemagne.
Selon la même source, 158 personnes ont été expulsées vers la Grèce l’année dernière.
Selon le gouvernement allemand, en 2023 l’Allemagne a également demandé à la Grèce de reprendre 5 523 réfugiés en vertu du règlement de Dublin. La Grèce a accepté 65 des cas, mais seulement trois personnes ont finalement été renvoyées.
Cependant, les circonstances politiques ne facilitent pas les discussions portant sur l’immigration.
La montée du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD, Europe des nations souveraines) fait pression sur le gouvernement de coalition à Berlin et sur le principal parti d’opposition de droite, l’Union chrétienne-démocrate (CDU, Parti populaire européen), qui plaide pour une période d’essai d’au moins trois mois pour les rejets aux frontières.
Contacté par Euractiv, le ministère allemand de l’Intérieur a déclaré que le retour des personnes en quête de protection était régi par le règlement Dublin III, qui applique directement la législation européenne.
« Le ministère fédéral de l’Intérieur et des Affaires intérieures attend de tous les États membres qu’ils se conforment au droit européen directement applicable et qu’ils remplissent leurs obligations en vertu du règlement Dublin III », a écrit le ministère dans sa réponse.
Le ministère a ajouté que le gouvernement menait actuellement un « dialogue étroit » avec la Commission et les États membres au niveau européen afin d’améliorer le retour des demandeurs d’asile vers l’État membre qui en est responsable.
Le ministère n’a pas pu fournir de chiffres « fiables » concernant le nombre de demandeurs d’asile qui se sont rendus en Allemagne via la Grèce et qui se trouvent actuellement dans le pays.
« Malgré les efforts du gouvernement fédéral pour améliorer la coopération dans le cadre de Dublin par le biais d’un dialogue bilatéral, la Commission, en tant que “gardienne des traités”, est chargée de veiller à l’application complète du droit européen directement applicable », a indiqué le ministère.
Pour sa part, la Commission européenne a publiquement adopté une approche prudente à l’égard des projets de l’Allemagne, préférant attendre avant de se positionner.
Les critiques suggèrent cependant que l’exécutif de l’UE penche vers une action coordonnée et sans actions unilatérales, mais compte tenu de l’influence de l’Allemagne dans les affaires européennes, la Commission est désormais plus prudente dans sa communication sur le sujet.
Les Grecs en colère
Pendant ce temps, à Athènes, le parti de centre droit au pouvoir, Nouvelle Démocratie, qui appartient à la même famille politique que la CDU, le Parti populaire européen (PPE), n’a pas bien accueilli la nouvelle.
« Nous aborderons la question lors du prochain Conseil de l’UE », qui aura lieu en octobre, a déclaré une source du gouvernement grec à Euractiv.
À ce sujet, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a récemment affirmé que selon lui les pays de première ligne ne devraient pas porter seuls ce fardeau.
« La Grèce a défendu les frontières européennes sur l’Évros [une région du nord-est de la Grèce à la frontière avec la Turquie], et c’était la première étape d’un effort systématique pour convaincre l’ensemble de l’UE que si nous ne pouvons pas limiter le nombre de personnes qui traversent la frontière, nous ne serons pas en mesure de traiter la question des flux secondaires », a-t-il expliqué.
Pour sa part, l’ancien ministre de l’Immigration Notis Mitarakis a accusé l’Allemagne d’hypocrisie.
« Il est hypocrite de la part de l’Allemagne d’accuser systématiquement la Grèce de protéger les frontières européennes et d’empêcher les arrivées illégales et de vouloir maintenant faire la même chose, considérant que la question de l’humanitaire relève de la responsabilité exclusive des pays de premier accueil, comme la Grèce », a-t-il déclaré la semaine dernière.
[Édité par Anna Martino]