Après la dissolution de l'Assemblée, le jeu des alliances est lancé pour les législatives
Après la dissolution de l'Assemblée nationale annoncée par Emmanuel Macron, lors d'une allocution télévisée dimanche (9 juin), les grandes manœuvres pour former des coalitions susceptibles d'emporter les législatives ont commencé.
Après la dissolution de l’Assemblée nationale annoncée par Emmanuel Macron, lors d’une allocution télévisée dimanche (9 juin), les grandes manœuvres pour former des coalitions susceptibles d’emporter les législatives ont commencé.
Un peu moins de vingt-quatre heures après la dissolution de l’Assemblée, le temps presse déjà.
Les législatives se tiendront dans trois petites semaines, les 30 juin et le 7 juillet, et les déclarations de candidatures devront être déposées avant dimanche (16 juin). Il y a donc urgence à s’entendre.
La grande alliance de l’extrême droite
Dès dimanche soir, quelques minutes après l’annonce d’Emmanuel Macron, Marine Le Pen appelait « les Français à venir [la] rejoindre, pour former autour du Rassemblement national une majorité au service de la seule cause qui guide nos pas, la France ».
En position de force après avoir obtenu 31,5 % des suffrages aux Européennes, le Rassemblement national (RN, Identité et Démocratie/ID) doit encore élargir sa base électorale pour espérer l’emporter aux législatives, lors d’un scrutin majoritaire à deux tours où il sera l’ennemi à abattre.
Nouvellement élue au Parlement européen sous la bannière du second parti d’extrême droite français Reconquête!, Marion Maréchal avait pris soin durant la campagne de ne pas attaquer frontalement sa tante Marine Le Pen.
Hier soir, elle s’est empressée d’expliquer que « la coalition des droites […] apparaît plus que jamais nécessaire » afin de remporter les prochaines élections, tout en soulignant « avoir toujours distingué les adversaires des concurrents ».
Marine Le Pen et son homme de confiance, Jordan Bardella, nouveau leader du RN, ont rencontré Marion Maréchal dès lundi, mais aucun détail n’a été divulgué dans l’immédiat.
Les Républicains menacés de désintégration
Le RN pourrait aussi profiter d’une vague de désertion chez Les Républicains (Parti populaire européen/PPE), qui élection après élection n’en finissent plus d’agoniser. Les exemples de transfuges vers l’extrême droite sont déjà nombreux, à commencer par l’eurodéputé Thierry Mariani, ancien ministre chargé des Transports de Nicolas Sarkozy passé au RN en 2019.
La tête de liste du parti pour les Européennes, François-Xavier Bellamy, avait aussi expliqué qu’il n’hésiterait pas à choisir Reconquête! face à Emmanuel Macron, si l’éventualité se présentait. « Nous n’avons évidemment pas l’intention de nous allier, de nous dissoudre, de nous renier », soulignait-il hier au Monde, sentant que l’unité de son parti pourrait peut-être vaciller.
Pour sauver ce qui peut encore l’être, Emmanuel Macron va en effet devoir débaucher l’aile gauche des Républicains. Des rumeurs circulaient depuis quelques semaines sur la nomination du président du Sénat, Gérard Larcher, au poste de Premier ministre, avant que celui-ci ne les démente. Mais les offensives de la macronie devraient reprendre.
Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné, expliquait hier que le camp du président Macron « donnera l’investiture » aux députés sortants, y compris d’opposition, « faisant partie du champ républicain » et souhaitant « s’investir dans un projet clair » autour de la majorité présidentielle.
Un « front populaire » bien fragile
À gauche, les appels à la constitution d’un « front populaire » se sont multipliés. Après l’annonce de la dissolution, quelques centaines de militants des Verts, du Parti socialiste (PS) et de La France Insoumise (LFI) se sont réunis sur la place de la République dans le centre de Paris pour demander « l’union de la gauche ».
Dans une intervention très remarquée sur BFM TV, le député François Ruffin, siégeant avec LFI mais ayant conservé une liberté de ton relativement rare au sein du parti d’extrême gauche, soulignait lui aussi qu’il fallait « arrêter les conneries » et constituer « une gauche unie », derrière « une bannière commune ».
Reste que la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (NUPES), qui avait obtenu 25,66 % des voix lors du premier tour des législatives de 2022, a éclaté depuis bien longtemps et que les divergences entre les anciens alliés se sont multipliées durant la campagne pour les Européennes, notamment sur des questions de politique extérieure comme la guerre à Gaza et la reconnaissance d’un État palestinien ou la guerre en Ukraine.
Reste aussi que le PS mené par Raphaël Glucksmann est redevenu la première formation de gauche aux Européennes, avec près de 14 % des suffrages, et que plus personne ne semble prêt à s’aligner sur les positions disruptives du patron des Insoumis Jean-Luc Mélenchon. « Un rééquilibrage est né de l’élection européenne et il faut en tenir compte », expliquait lundi (10 juin) le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, au micro de France Inter.
Tous les dirigeants de gauche sont cependant conscients qu’ils seront battus s’ils combattent isolés. Ils n’ont donc que quelques jours pour faire taire leurs différends.
[Édité par Anna Martino]