Armes, mandats d’arrêt, manifestations… une campagne électorale sous tension au Kosovo

En amont des élections locales prévues en octobre, le climat politique au Kosovo est marqué par une montée des tensions, alimentée par des perquisitions controversées, des accusations de répression contre la minorité serbe du pays et des difficultés économiques.

EURACTIV.com
[Getty Images/Erkin Keci_Anadolu Agency]

En amont des élections locales prévues en octobre, le climat politique au Kosovo est marqué par une montée des tensions, alimentée par des perquisitions controversées, des accusations de répression contre la minorité serbe du pays et des difficultés économiques.

Le 22 juin, une opération de police dans des propriétés liées à Aleksandar Arsenijević, leader émergent du parti Démocratie serbe (SD), a mis le feu aux poudres. Des armes lourdes, dont des lance-roquettes, auraient été découvertes dans une écurie lui appartenant, a indiqué le ministre de l’Intérieur du Kosovo, Xhelal Svečla. Absent du pays, Aleksandar Arsenijević nie les faits et dénonce un montage politique destiné à discréditer son parti, rival de la Liste serbe (SL), historiquement proche de Belgrade. Le parti SD, bien que non représenté au parlement, gagne en influence parmi les Serbes du Kosovo, lassés de la Liste serbe et des partis pro-Pristina.

« Il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’un coup monté… L’écurie est ouverte en permanence, n’importe qui aurait pu les y placer », a expliqué Aleksandar Arsenijević au média NIN. Selon son parti il refuse de retourner au Kosovo en raisons de craintes pour sa sécurité et de l’absence de procédure régulière.

Le FBI a été chargé d’enquêter sur la légalité de la perquisition. EULEX, la mission de l’UE chargée de l’État de droit, a confirmé qu’elle suivait également l’affaire.

Les perquisitions ont visé trois endroits — un dans le nord de Mitrovica et deux à Zvečan — et ont eu lieu pendant qu’Aleksandar Arsenijević et sept membres du SD étaient en voyage à l’étranger. Le vice-président du parti, Stefan Veljković, a déclaré que la police les avait informés de l’opération à leur retour au Kosovo. Aleksandar Arsenijević, qui avait quitté le groupe plus tôt pour un voyage en famille, a choisi de ne pas franchir la frontière.

Sa mère, seul membre de sa famille encore au Kosovo, n’aurait pas vu le mandat. La police n’a pas confirmé qu’un mandat avait été délivré et le parquet a refusé de commenter l’affaire, invoquant son caractère sensible. En vertu de la législation kosovare, les perquisitions sans mandat ne sont autorisées qu’en cas de menace imminente pour la sécurité publique.

Le ministre de l’Intérieur a qualifié Aleksandar Arsenijević de « criminel » et a promis de l’arrêter s’il revenait au Kosovo. L’intéressé rejette les accusations, affirmant que la campagne menée contre lui reflétait une stratégie plus large visant à intimider les Serbes qui remettent en cause le statu quo.

Une force perturbatrice

Bien que le SD ne dispose d’aucun siège au parlement kosovar, le parti a bouleversé la scène politique en offrant une alternative à la Liste serbe, soutenue par Belgrade, et aux partis de l’ethnie serbe alignés sur Pristina. Son essor reflète la frustration croissante de la population serbe du Kosovo, qui se sent isolée sur le plan politique.

La Liste serbe occupe toujours neuf des dix sièges réservés aux Serbes au parlement kosovar, mais son influence a diminué à la suite de graves accusations criminelles, notamment l’attentat de Banjska en septembre 2023, revendiquée par l’ancien vice-président de la Liste, Milan Radoičić. Depuis lors, les principaux partis ont refusé de travailler avec la Liste.

Aleksandar Arsenijević s’est fait connaître grâce aux manifestations « des sifflets », des manifestations bruyantes organisées lors des visites de hauts responsables kosovars dans les zones à majorité serbe. Il a accusé le Premier ministre Albin Kurti et le ministre Xhelal Svečla de mettre en œuvre des politiques discriminatoires et affirme avoir été arrêté plus de 20 fois, souvent de manière violente.

La montée du leader du SD a coïncidé avec une série de mesures controversées prises par le gouvernement à l’encontre des communautés serbes. Il s’agit notamment de la fermeture d’institutions culturelles financées par la Serbie, de l’interdiction des drapeaux et symboles serbes — malgré les dispositions à ce sujet dans la Constitution — et d’expulsions liées à des privatisations contestées.

Les autorités ont également commencé à expulser les citoyens serbo-kosovars travaillant dans des institutions serbes. Si les responsables invoquent des raisons de sécurité nationale, les détracteurs de ces mesures soulignent qu’aucune des onze personnes expulsées n’a été inculpée ou condamnée. Les Albanais de souche membres des forces de police étrangères n’ont pas fait l’objet de mesures similaires.

L’un des griefs de longue date concerne la mise en œuvre toujours en suspens de l’Association des municipalités serbes, garantie par l’accord de Bruxelles de 2013 mais qui n’a toujours pas vu le jour.

Alors que le gouvernement défend ses actions comme des réponses nécessaires aux menaces sécuritaires — citant par exemple l’attaque de Banjska et l’attentat à la bombe contre le canal d’Ibra-Lepenec —, les groupes de défense des droits humains et les figures de l’opposition l’accusent d’aller trop loin. Parmi les incidents controversés, on peut citer la condamnation d’un officier d’origine albanaise qui a abattu un Serbe non armé à un poste de contrôle et le passage à tabac présumé d’un étudiant par la police.

Les tensions se sont encore exacerbées le 28 juin à Vidovdan, lorsque le vice-président du SD, Stefan Veljković, a été arrêté sur le site commémoratif de Gazimestan pour avoir porté un t-shirt à l’effigie d’Aleksandar Arsenijević avec le drapeau serbe. Bien qu’il ait été libéré par la suite, il a de nouveau été interpellé, interrogé et aurait été agressé devant son domicile. Selon le parti SD, deux hommes auraient tenté de le renverser avec une camionnette ; un suspect a été arrêté.

Marko Prelec, analyste à l’International Crisis Group, a averti que de telles actions s’apparentaient à « une sorte de nettoyage ethnique doux, visant non pas à éliminer une minorité, mais à la marginaliser ».

Un mécontentement croissant

Le climat politique reste tendu. Le parti Vetëvendosje du Premier ministre Albin Kurti n’est pas parvenu à former un gouvernement stable depuis les élections de février, après 40 tentatives infructueuses de coalition. Le mécontentement populaire grandit alors que le gouvernement par intérim peine à gérer la crise énergétique et les difficultés économiques qui touchent le Kosovo.

Les prix des denrées alimentaires ont fortement augmenté, avec jusqu’à 19 % d’augmentation pour certains produits, tandis que l’opérateur turc du réseau énergétique du Kosovo a mis en garde contre un effondrement potentiel dû à la surutilisation et au manque d’investissements. Selon les chiffres officiels, plus de 37 000 Kosovars ont émigré rien qu’en 2024.

En parallèle, le gel par l’UE de 813 millions d’euros d’aides en raison de l’enlisement du processus de normalisation avec la minorité serbe ajoute aux difficultés du gouvernement. La Serbie, en revanche, a déjà reçu son premier versement au titre du nouveau plan de croissance de l’UE pour les Balkans occidentaux.

Le gouvernement est également critiqué par la communauté internationale pour son projet de construction de deux ponts routiers à côté du pont piétonnier emblématique de Mitrovica, point de friction symbolique entre Serbes et Albanais. L’UE et d’autres acteurs internationaux ont exhorté le Kosovo à abandonner ce projet, arguant qu’il risque d’exacerber les tensions.

À l’approche des élections locales en octobre, la campagne insurrectionnelle de la Démocratie serbe et le bras de fer entre Aleksandar Arsenijević, Pristina et Belgrade pourraient entraîner une reconfiguration politique dans les zones à majorité serbe. Il n’est pas certain que le parti puisse traduire cette dynamique en sièges, mais la manière dont le gouvernement traitera la minorité serbe sera probablement scrutée de près.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]