Attaques des eurodéputés contre Merkel et Sarkozy avant le sommet

L'ensemble du Parlement européen a dégainé ses armes aujourd'hui, s'attaquant aux dirigeants européens face à leur tentative de contourner les eurodéputés et la Commission européenne sur la question épineuse de la gouvernance économique européenne.

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L'ensemble du Parlement européen a dégainé ses armes aujourd'hui, s'attaquant aux dirigeants européens face à leur tentative de contourner les eurodéputés et la Commission européenne sur la question épineuse de la gouvernance économique européenne.

Les dirigeants des quatre principaux groupes du Parlement européen ont lancé des attaques cinglantes à l'encontre du Conseil européen qui, selon eux, aurait ignoré les nouveaux pouvoirs des eurodéputés dans le cadre du traité de Lisbonne en permettant à Paris et Berlin de fixer l'agenda sur les questions économiques cruciales.

Les eurodéputés ont expliqué que le Conseil européen devenait rapidement un gouvernement européen autoproclamé avec la France et l'Allemagne au premier plan.

Alimentant cette querelle, le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel se sont rencontrés hier (14 juin) à Berlin où ils se sont mis d'accord sur un projet édulcoré de gouvernance économique en amont du sommet européen du 17 juin (EURACTIV 15/06/10).

Les dirigeants français et allemand ont proposé que les sommets réguliers de l'UE jouent un rôle central dans la mise en œuvre des nouvelles mesures.

Ceci les met en confrontation directe avec le Parlement, qui a explicitement fait savoir que la Commission européenne devait être responsable de la gouvernance économique.

Divisions profondes sur Europe 2020

Le Parlement a déjà provoqué les eurodéputés européens en menaçant de bloquer la stratégie économique Europe 2020 si les gouvernements continuaient leurs négociations en coulisses (EURACTIV 07/06/10).

Les eurodéputés ont affirmé que la stratégie décennale était étroitement liée aux perspectives financières – un domaine où le Parlement joue un rôle clef – et qu'ils comptaient bien utiliser leurs pouvoirs budgétaires comme levier dans leur combat avec les dirigeants européens.

Ils ont affirmé que les dernières versions de la stratégie Europe 2020 n'étaient rien d'autre qu'une version remaniée de l'Agenda de Lisbonne. Sans "bâtons ni carottes" pour s'assurer que les Etats membres respectent leurs objectifs, la stratégie sera un échec similaire à celui de l'Agenda de Lisbonne. Selon les eurodéputés, Europe 2020 devrait être plus contraignante et plus ambitieuse.

Le Parlement présente sa propre vision

Les eurodéputés devraient soutenir très largement deux nouvelles résolutions élaborées à Strasbourg qui fixe la propre feuille de route du Parlement pour sortir l'Europe de la crise économique.

Cette vision comprend un Pacte de stabilité et de croissance renforcé avec des sanctions plus efficaces contre les Etats membres dont les finances apparaissent fragilisées. L'examen des budgets nationaux par la Commission européenne ainsi que le renforcement des pouvoirs d'Eurostat – l'organisme de collecte des données de l'UE –  seront inscrits dans ce porjet robuste de gouvernance économique.

Les dirigeants des quatre principaux groupes politiques du Parlement estiment qu'un fossé grandissant se creuse entre les visions des eurodéputés et des gouvernements nationaux concernant la gouvernance économique.

Nous pensons que la Commission européenne devrait piloter la gouvernance économique – pas le Conseil européen, ni les Etats membres, a déclaré Guy Verhofstadt, dirigeant du groupe libéral au Parlement européen.

La proposition conjointe mise en avant par le Parlement demande une stratégie de croissance claire basée sur le rapport Monti relatif à la réforme du marché intérieur, ainsi que sur un plan d'investissement ambitieux dans les infrastructures pour l'Europe du sud, de l'est et du centre – financé par des prêts européens.

De nouvelles sources innovantes de financement et une collecte plus efficace des impôts au niveau des Etats membres sont également dans la liste des solutions envisagées par les eurodéputés pour sortir de la crise.

Un Fonds monétaire européen et une possible "obligation européenne" sont également proposés dans le paquet de mesures qui entraînerait une intégration plus étroite des Etats membres de l'UE.

Le Parlement prêt à une guerre avec le Conseil

Les eurodéputés ont présenté un front uni traversant l'ensemble du spectre politique. Leur appel à l'unité politique ressemble à une attaque en règle contre le Conseil européen.

Martin Schulz, dirigeant du groupe Socialiste et démocrates, a remis en question le rôle du président permanent du Conseil européen Herman Van Rompuy. Il a affirmé, d'une part, que les eurodéputés travaillaient en premier lieu avec l'Etat membre occupant la présidence tournante de l'UE et que, d'autre part, M. Von Rompuy était réticent à  prendre la responsabilité de décisions essentielles. Selon lui, il s'agit là d'une faille essentielle du traité de Lisbonne.

Le Parlement est également en confrontation avec la Haute représentante aux affaires étrangères de l'UE Catherine Ashton à propos du Service européen d'action extérieure (SEAE). Interrogé sur les rumeurs selon lesquelles Mme Ashton envisagerait le lancement du SEAE dès demain – contre la volonté du Parlement – Joseph Daul, président du Parti populaire européen, a déclaré qu'une telle initiative équivaudrait à une "déclaration de guerre".