Au cœur du « supermarché » à Wroclaw, en Pologne
Dans l’ouest de la Pologne, un centre humanitaire pour l’Ukraine est ouvert 24/7. Une association française a fait le trajet depuis Paris pour acheminer des dizaines de dons dans ce lieu que tous ici appellent le « supermarché ».
Dans l’ouest de la Pologne, un centre humanitaire pour l’Ukraine est ouvert 24/7. Une association française a fait le trajet depuis Paris pour acheminer des dizaines de dons dans ce lieu que tous ici appellent le « supermarché ».
Il est 4h30 du matin lorsque le van se gare silencieusement devant un hangar perdu au milieu de Wroclaw, ville polonaise de 660 000 habitants. Un premier homme sort du véhicule, puis un second. Ce sont Lois et Ulrich, respectivement 35 et 65 ans, bénévoles à l’association Soyons un exemple. Ils viennent de faire la route depuis la France pour déposer des dons qu’ils ont récoltés grâce à l’association pour venir en aide à l’Ukraine.
À la base, Soyons un exemple milite pour l’écologie. Mais, à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février dernier, son président Corentin Lagallarde a décidé d’en faire une association humanitaire. Le but ? Acheminer des dons en Pologne et ramener des réfugiés ukrainiens en France.
« Nous avons appelé l’ambassade ukrainienne basée à Paris, ils nous ont confirmé qu’ils avaient besoin de gens pour rapatrier du monde et qu’ils avaient besoin de couvertures, de vivres, de médicaments sur place », explique Lois.
Les deux bénévoles sont partis de Paris la veille à 14h30 à bord de la camionnette de Lois. 1 500 kilomètres séparent Paris de Wroclaw. « Il faut le faire maintenant avant que l’essence ne devienne trop chère », plaisante Lois à la station-service quelques heures plus tôt. En tout, le voyage coûtera 750 euros.
Cette nuit-là devant le hangar il fait – 4 degrés et l’endroit semble désert.
Lois sort son téléphone et appelle son contact sur place Jakub, le coordinateur du centre de dons. Les deux hommes se sont parlés au téléphone pour la première fois il y a quelques heures. Une porte s’ouvre et Jakub apparaît, suivi par Bartek, bénévole de 20 ans. Le jeune homme traîne avec lui un chariot pour décharger le van.
En quelques minutes, les quatre hommes ont vidé la camionnette, pourtant pleine à craquer au départ. « Enfants », « chaussures », « nourriture pour bébé » : chaque carton est soigneusement étiqueté par les bénévoles de Soyons un exemple.
L’endroit s’appelle Czasoprzestrzen, « l’espace-temps » en français. Il est ouvert 7j/7 et 24h/24 pour pouvoir recueillir des dons ou des réfugiés à n’importe quel moment. « Cette nuit, juste avant vous, ce sont des Espagnols qui sont venus déposer des dons », confie Jakub à Lois et Ulrich, avant d’expliquer que cinq à six convois humanitaires arrivent ici chaque nuit de toute l’Europe.
Le « supermarché »
Le quatuor pénètre à l’intérieur du hangar où d’autres bénévoles s’activent. Ils trient, plient et rangent tout ce qu’ils ont pu recevoir ces dernières heures. L’endroit est gigantesque, mais méticuleusement organisé. Jakub fait visiter ce lieu, connu comme le « supermarché ».
En entrant sur la droite se trouve la zone de déchargement : c’est ici que ceux qui amènent des dons les déposent, avant qu’ils ne soient triés par des volontaires. Au centre du hangar, des cartons remplis de vêtements pour enfants et pour bébés. Chaque carton indique l’âge.
Le petit groupe continue la visite. Au fond à droite, c’est l’épicerie. Boîtes de conserve, biscuits secs, petits pots pour bébé ou encore briques de jus de fruits sont alignés sur les étagères.
Quelques mètres plus loin, la pharmacie. À ce stand, les Ukrainiens peuvent se servir en médicaments, en produits d’hygiène et en produits pour bébés.
En traversant l’allée centrale du hangar, des petites chaises et petites tables sont placées les unes à côté des autres devant une grande tente. « C’est comme une maternelle », explique Bartek, « ici, des bénévoles se relaient toute la journée pour s’occuper des enfants et jouer avec eux afin que les mères puissent faire les courses et se reposer un peu ».
Mais le hangar n’abrite pas seulement des dons pour les réfugiés. Des centaines de kits militaires sont cachés tout au fond, derrière un paravent. « Nous préparons également des colis pour ceux qui sont restés se battre en Ukraine », explique Bartek.
« Il y a des matelas, des kits de premier secours, des piles, des conserves, des couvertures de camouflages, des lampes de poche, etc. », détaille le jeune homme, « Il y a même du chocolat pour l’énergie et le moral ».
En sortant du hangar, le jour commence à se lever, il est bientôt six heures. En face, on peut apercevoir deux grands bâtiments blancs. Ce sont les dortoirs de l’université de Wroclaw où les chambres ont été réquisitionnées pour loger les réfugiés.
48 heures par chambre et par famille
Mais à Wroclaw, les capacités d’accueil manquent cruellement. Jakub explique que les Ukrainiens ne peuvent rester ici que 48 heures, pour permettre à tous ceux qui arrivent chaque jour d’avoir au moins deux nuits dans une chambre.
« Nous les redirigeons ensuite vers les institutions compétentes », ajoute-t-il.
La ville de Wroclaw est un point de passage stratégique pour de nombreux Ukrainiens : elle est facilement accessible en train et proche de la frontière allemande.
« Au début du conflit, les réfugiés que nous voyions arriver avaient de la famille en Pologne, de l’argent ou de l’expérience à l’étranger. Maintenant, nous voyons passer tous ceux qui ont été bombardés et fuient la guerre », poursuit Jakub.
Sur les trois millions d’Ukrainiens qui ont dû quitter leur pays depuis le 24 février, 1,79 million ont trouvé refuge en Pologne, selon les chiffres du Haut Commissariat aux réfugiés datant de mardi (15 mars).
« La semaine dernière, un de nos bénévoles a récupéré une dame âgée à la gare qui voyageait seule. Elle venait de faire seize heures de train. Elle a dû quitter son domicile précipitamment et portait encore sa chemise de nuit », rapporte Jakub.
Pour Lois et Ulrich, il est temps de quitter le « supermarché » de Wroclaw. Prochain arrêt dans la petite ville de Kepno, à environ 80 kilomètres. C’est là qu’ils récupèreront cinq Ukrainiens, une mère et ses deux filles ainsi qu’une tante et son neveu, afin de les ramener en France, où de la famille les attend.
Le van désormais vide démarre. Au loin, on aperçoit Hala Stulecia, la salle d’exposition de Wroclaw. Au-dessus, flotte le drapeau ukrainien. Les deux hommes se tournent une dernière fois vers le hangar. « Ce lieu m’a fait froid dans le dos », souffle Ulrich.