Audition des commissaires : la décision sur la nomination de Stéphane Séjourné pourrait prendre du temps, selon le PPE

Le Parti populaire européen (PPE) pourrait prendre un peu de temps pour se prononcer sur la nomination du commissaire désigné Stéphane Séjourné, a expliqué à Euractiv un eurodéputé du groupe de centre-droit, le plus important du Parlement européen. Le Français a été auditionné durant trois heures et demi, mardi 12 novembre.

EURACTIV.com
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Audition de confirmation de Stéphane Séjourné, Commissaire européen désigné pour la Prospérité et la Stratégie industrielle. [Parlement européen]

Le Parti populaire européen (PPE) pourrait prendre un peu de temps pour se prononcer sur la nomination du commissaire désigné Stéphane Séjourné, a expliqué à Euractiv un eurodéputé du groupe de centre-droit, le plus important du Parlement européen. Le Français a été auditionné durant trois heures et demi, mardi 12 novembre.

Ancien ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, proche allié du président Emmanuel Macron et ancien président du groupe libéral Renew, Stéphane Séjourné s’est vu attribuer un vaste portefeuille de vice-président exécutif supervisant la « Prospérité et la Stratégie industrielle » de l’Union européenne (UE).

Pour le vice-président du PPE Siegfried Mureșan, Stéphane Séjourné « n’a pas commis d’erreur majeure, il n’y a pas eu de controverse majeure, mais… il n’a pas vraiment donné plus de détails que dans ses réponses écrites ».

« Les membres [du PPE] auront besoin d’un peu de temps et nous verrons s’il est nécessaire d’apporter des clarifications supplémentaires sous la forme de questions écrites », ajoute-t-il.

Selon l’eurodéputé roumain, les réponses de Stéphane Séjourné n’ont pas apporté de détails sur les connaissances de ce dernier en matière d’économie. « On peut voir qu’il n’a pas de formation en économie [ni] en politique économique », explique Siegfried Mureșan. « Mais nous avons pu constater sa bonne volonté, et son empressement à acquérir [des connaissances] ».

Au cours d’un long débat avec les eurodéputés, le Français s’est engagé à définir une stratégie industrielle pour l’Union, en renforçant son autonomie stratégique et sa compétitivité. Sa méthode consiste à stimuler tous les secteurs industriels, de l’acier, grand consommateur d’énergie, aux technologies propres.

« Cette audition n’a pas été un échec, mais nous n’avons pas appris tous les détails que nous voulions pour pouvoir immédiatement donner une évaluation positive », assure encore le vice-président du PPE.

L’évaluation du PPE contraste avec celle du groupe des Verts/ALE, qui a apprécié l’approche fortement pro-européenne de Stéphane Séjourné. « Il s’en est bien sorti », a déclaré un porte-parole du groupe, qui a soutenu la réélection d’Ursula von der Leyen en juillet, mais qui ne fait pas officiellement partie de la majorité de la Présidente de la Commission au Parlement européen.

« Il est clairement européen et nous sommes heureux qu’il n’ait pas exprimé son soutien à la dérégulation ou qu’il n’ait pas fait marche arrière sur le Pacte vert pour l’Europe » (Green Deal), a-t-il ajouté.

Manon Aubry, co-présidente du groupe de La Gauche, a fourni une évaluation beaucoup plus négative. Selon elle, le refus de son compatriote d’exclure totalement la signature de futurs accords de libre-échange est incompatible avec sa volonté de stimuler la production industrielle de l’UE.

« C’est complètement contradictoire », explique-t-elle pour Euractiv. « Comment peut-il prétendre [vouloir] relocaliser la production et continuer à signer des accords de libre-échange ? »

L’eurodéputée de gauche a également critiqué l’incapacité du commissaire désigné à offrir une « vision holistique » pour redynamiser les industries européennes en crise. Pour Manon Aubry, Stéphane Séjourné reste « complètement déconnecté des énormes besoins industriels de l’UE ».

Lors de son audition, Stéphane Séjourné a répondu aux questions de la co-présidente du groupe de La Gauche, en affirmant qu’il n’était « pas contre le commerce international » et que « les accords commerciaux sont là pour réglementer ».

Concernant l’accord UE-Mercosur, auquel s’opposent les agriculteurs français qui craignent l’arrivée en Europe de produits agricoles moins onéreux d’Amérique latine, Stéphane Séjourné a indiqué que ce dernier ne serait pas signé « contre l’intérêt des Européens, en particulier des agriculteurs ».

Il a souligné que cette position était également celle du futur commissaire au Commerce Maroš Šefčovič, dont la nomination a été approuvée par les eurodéputés après son audition le 4 novembre et qui rendra compte directement à Stéphane Séjourné, si la nomination de ce dernier est confirmée.

Selon certaines sources, les chefs des groupe parlementaire se réuniront probablement mercredi 13 novembre pour discuter de la nomination de Stéphane Séjourné et de celles des cinq autres vice-présidents exécutifs désignés. Les réunions pourraient aussi être reportées à la semaine prochaine.

[Édité par Laurent Geslin]