Audition du commissaire à la Défense : investissements et compétitivité au centre des questions des députés européens
Avant d’être approuvé par le Parlement, le futur commissaire à la Défense va devoir répondre aux questions des eurodéputés sur la stratégie d’investissement que Bruxelles veut mettre en œuvre afin de renforcer la compétitivité de l’industrie de la défense de l’UE.
Avant d’être approuvé par le Parlement européen, le futur commissaire à la Défense, le Lituanien Andrius Kubilius, va devoir répondre aux questions des députés sur la stratégie d’investissement que l’Union européenne (UE) souhaite mettre en œuvre afin de renforcer la compétitivité de l’industrie communautaire de la défense sur la scène mondiale.
Selon un document interne consulté par Euractiv, les eurodéputés de la commission de l’Industrie, de la Recherche et de l’Énergie du Parlement européen (ITRE) vont axer leurs questions écrites au commissaire désigné à la Défense sur le futur Programme européen d’investissement dans le domaine de la défense (EDIP).
Le projet de texte de l’EDIP fait actuellement l’objet de discussions avec les États membres et doit être transmis au Parlement afin d’être examiné. Les Vingt-Sept se sont efforcés de trouver un équilibre entre les différents objectifs du programme, notamment la réduction de la dépendance vis-à-vis des pays tiers et le renforcement de la production et de la compétitivité de l’Union.
Andrius Kubilius devra répondre à ces questions par écrit avant un « grand oral » devant la commission ITRE. S’il parvient à convaincre le Parlement européen, il pourra rejoindre le Collège des commissaires d’Ursula von der Leyen pour les cinq années à venir.
Les questions posées par la commission ITRE — cheffe de file sur les questions de défense — montrent que la principale tâche du Lituanien sera de concilier les points de vue des États membres afin de donner vie à l’EDIP.
Lui donnant carte blanche pour définir ses ambitions et ses priorités, la commission ITRE lui demande quelles « propositions législatives et autres initiatives » il proposera au Collège des commissaires, « en particulier dans les 100 premiers jours » de la nouvelle Commission.
Ursula von der Leyen a déjà chargé la Commission de rédiger un livre blanc sur l’industrie de la défense de l’UE, dans lequel seront décrits les besoins et les exigences en la matière.
Les questions de la commission ITRE reflètent le fait que le Parlement a les mêmes préoccupations que les États membres et que les industriels.
Sur la question clé de la sécurisation des approvisionnements et des composants critiques en cas de crise — un sujet qui a fait naître des tensions entre les États et les entreprises — les eurodéputés demanderont à l’aspirant commissaire quelles mesures il envisage « pour améliorer l’accès de l’industrie européenne aux matières premières et aux composants clés et pour réduire les restrictions sur l’utilisation de certaines technologies ».
Ils poseront également la question suivante : « Comment envisagez-vous d’étendre les capacités industrielles de défense de l’UE afin de réduire les dépendances extérieures excessives, en particulier pour les petites et moyennes entreprises (PME) et les petites entreprises à capitalisation moyenne, sans préjudice du budget alloué à d’autres politiques de l’UE ? »
Ils questionneront aussi Andrius Kubilius sur l’idée d’une « spécialisation » des industries de défense à travers le continent, chacune fabriquant des pièces spécifiques — une idée qui recueille de plus en plus de soutien.
En revanche, l’idée d’encourager les fusions et les champions européens n’apparaît pas dans les questions reprises dans le document consulté par Euractiv. Elle est pourtant suggérée dans les rapports d’Enrico Letta et de Mario Draghi sur le marché intérieur et la compétitivité de l’UE.
La compétitivité des produits fabriqués dans l’UE, que l’EDIP veut stimuler, est également évoquée. La commission parlementaire demande au Lituanien quels sont ses « projets pour rendre les produits et services européens liés à la défense plus attrayants à l’achat ».
D’autres questions portent sur le chiffrage de la montée en puissance de la production de l’industrie européenne de la défense, sans mettre en péril le budget alloué à d’autres dossiers, sur la subvention de l’industrie ukrainienne, contestée par certains, et sur le rôle futur de l’agence de défense de l’UE.
Thomas Moeller-Nielsen a contribué à la rédaction de cet article.
[Édité par Anne-Sophie Gayet & Laurent Geslin]