« Avec Angela Merkel, nous n’aurions pas eu de guerre en Ukraine », selon Viktor Orban

La guerre que mène la Russie contre l’Ukraine n’aurait pas eu lieu si l’ancienne chancelière allemande Angela Merkel était encore en fonction, a déclaré le Premier ministre hongrois Viktor Orbán lors d’une visite à Berlin, où il a rencontré Mme Merkel et le chancelier allemand Olaf Scholz.

/ / EURACTIV Allemagne / EURATIV.com
Hungarian Prime Minister Viktor Orban visits German Chancellor Angela Merkel
Angela Merkel, alors chancelière allemande, et le Premier ministre hongrois Viktor Orban arrivant pour une conférence de presse conjointe à Berlin, le 10 février 2020. [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

La guerre que mène la Russie contre l’Ukraine n’aurait pas eu lieu si l’ancienne chancelière allemande Angela Merkel était encore en fonction, a déclaré le Premier ministre hongrois Viktor Orbán lors d’une visite à Berlin, où il a rencontré Mme Merkel et l’actuel chancelier allemand Olaf Scholz.

Lorsque Mme Merkel a annoncé qu’elle se retirait de la vie politique, M. Orbán a publié une lettre sur son site web, affirmant que la chancelière allemande « nous comprenait » et que « nous la comprenions ».

L’Allemagne est le principal partenaire commercial de la Hongrie, représentant environ 27 % du volume des échanges, et quelque 3  000 entreprises allemandes sont actuellement présentes en Hongrie.

La réaction de Mme Merkel à la crise de 2014 déclenchée par l’annexion illégale de la Crimée par la Russie a été « un coup de maître », a souligné M. Orbán lors d’un événement public à Berlin mardi (11 octobre), expliquant qu’une guerre aurait pu éclater à l’époque mais a été évitée grâce aux interventions de la chancelière allemande.

« Merci, Angela ! » a-t-il ajouté.

Interrogé pour savoir si cela signifie que la guerre en cours aurait été évitée si l’ex-chancelière conservatrice de l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (Christlich Demokratische Union Deutschlands, CDU) était toujours en fonction, M. Orbán a répondu : « assurément ».

Mme Merkel, quant à elle, est critiquée depuis le début de la guerre en Ukraine pour ne pas avoir réussi à réduire la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie et avoir maintenu des liens économiques étroits avec Moscou pendant ses 16 ans au pouvoir.

Le gazoduc Nord Stream 2, qui constitue pour beaucoup le talon d’Achille de l’Europe, a constitué un dossier épineux pendant le mandat de Mme Merkel.

Ce gazoduc, qui visait à acheminer 55 milliards de mètres cubes de gaz russe vers l’Allemagne, était soutenu par l’ex-chancelière, mais le projet est désormais bloqué en raison de l’invasion russe en Ukraine.

À l’époque, les pays d’Europe de l’Est s’opposaient au projet, mais la Hongrie n’a pour sa part pas exprimé d’opposition significative.

Une guerre prévisible

Alors que les tensions couvaient entre l’Occident et la Russie, M. Orbán s’est rendu à Moscou le 1er février dans le cadre d’une « mission de paix » selon ses propres termes, au cours de laquelle il a dénoncé l’inefficacité des sanctions de l’UE et salué ses relations fructueuses avec le président russe Vladimir Poutine.

Après cette rencontre, M. Orbán a confié aux journalistes : « Les besoins de la Russie sont connus du monde entier, et il est clair que la réponse qui leur est apportée ne les satisfait pas ».

Il a maintenant maintenu sa position, affirmant que c’était une erreur que personne du côté occidental n’ait ressenti le besoin de négocier.

M. Orbán est considéré comme l’un des dirigeants les plus pro-russes de l’UE. Au cours de l’événement organisé hier, il a plaidé pour la tenue de discussions diplomatiques avec la Russie et pour l’instauration d’un cessez-le-feu le plus rapidement possible.

M. Orbán a rejeté les allégations selon lesquelles il est favorable à la Russie, affirmant que l’invasion de Moscou était un « acte d’agression »,

M. Orbán a ajouté que, lors de leur conversation en février, M. Poutine a estimé que l’armée ukrainienne était bien entraînée et équipée « par les Américains et les Britanniques », ajoutant que Washington fournissait des renseignements à Kiev.

Tout en maintenant que le dirigeant russe n’a pas ouvertement admis ses intentions de procéder à une invasion, le président hongrois a déclaré qu’il avait « constaté qu’il y avait des problèmes », rapporte le média partenaire d’EURACTIV Telex.

M. Orbán a expliqué s’être rendu à l’OTAN, où il a signalé ces problèmes. Lorsque la guerre a débuté le 24 février, « j’ai simplement dit que c’était ce à quoi nous nous attendions », a-t-il déclaré.

Son évaluation contraste fortement avec le discours des responsables européens. « Nous ne croyions pas que la guerre allait arriver », a déclaré le chef de la diplomatie du bloc, Josep Borrell, face aux ambassadeurs européens lundi (10 octobre)

Donald Trump à la rescousse

Faisant écho à de précédents commentaires, le Premier ministre hongrois a qualifié la politique de sanctions de Bruxelles contre la Russie de « primitive » dans sa conception et de « désastreuse » dans ses effets.

Il estime que la politique de sanctions doit être repensée et qu’il convient de développer un système d’approvisionnement énergétique dans lequel l’UE ne se contente pas de changer de fournisseur en remplaçant la dépendance russe par une dépendance envers les États-Unis — ce qui est politiquement « pratique mais pas bon pour autant » — mais plutôt qu’elle gagne en indépendance.

M. Orbán a ajouté que l’ancien président américain Donald Trump pourrait mettre fin à la guerre en Ukraine.

« Cela va paraître brutal, mais l’espoir de paix porte le nom de Donald Trump », a-t-il déclaré.

Un dirigeant allemand sur la sellette

Selon les médias allemands, M. Orbán a rencontré Mme Merkel dimanche, avant même ses entretiens officiels avec le chancelier actuel, Olaf Scholz, qui ont eu lieu lundi. Toutefois, aucune des deux parties n’a confirmé publiquement cette rencontre.

Dans le même temps, les informations publiques sur la rencontre du Premier ministre hongrois avec M. Scholz lundi sont elles aussi limitées. Le gouvernement allemand n’a ni tenu de conférence de presse conjointe ni publié de déclaration après la rencontre — une pratique pourtant courante lors des visites de dirigeants étrangers.

De son côté, M. Orbán a déclaré, via son compte Twitter, que M. Scholz et lui-même avaient eu « de bonnes discussions », mais qu’il leur restait « encore beaucoup de chemin à parcourir ».

Sur le plan idéologique, le Fidesz de M. Orbán est en conflit avec les sociaux-démocrates allemands.

Dans un entretien accordé à EURACTIV Italie avant les élections italiennes, Udo Bullmann, eurodéputé allemand social-démocrate et ancien chef du groupe des Socialistes et Démocrates au Parlement européen (S&D), avait déclaré qu’un « gouvernement de droite radicale en Italie pourrait ouvrir la porte à une “orbanisation” de la démocratie dans un État fondateur de l’UE », ce qui nous renverrait « au passé économique illibéral, renforçant les côtés illibéraux de la société et approfondissant les inégalités ».