Banque centrale européenne : Christine Lagarde appelle à l'émission d'obligations vertes par l'UE

La Banque centrale européenne, la Banque européenne d’investissement et l’Agence internationale de l’énergie ont appelé à accélérer la transition vers les énergies propres, la présidente de la BCE plaidant pour une « Union des marchés de capitaux verts » et des obligations vertes de l’UE.

Euractiv.com
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Les dirigeants des institutions, qui ont rencontré des représentants des États membres et des grandes entreprises européennes au siège parisien de l’Agence internationale de l’énergie lors d’une conférence conjointe vendredi (29 septembre), n’ont pas hésité à lancer de sévères avertissements. [Olivier Matthys (EPA-EFE)]

La Banque centrale européenne (BCE), la Banque européenne d’investissement (BEI) et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont appelé à une transition plus rapide vers les énergies propres, la présidente de la BCE Christine Lagarde plaidant pour une « Union des marchés de capitaux verts » et des obligations vertes émises par l’UE.

Les dirigeants des trois institutions bancaires, qui ont rencontré des représentants des États membres et des grandes entreprises européennes au siège parisien de l’Agence internationale de l’énergie lors d’une conférence conjointe vendredi (29 septembre), n’ont pas hésité à lancer de sévères avertissements.

« Partout où nous regardons, nous constatons que les catastrophes naturelles sont de plus en plus fréquentes et de plus en plus graves », a prévenu Mme Lagarde, en rappelant que les incendies de forêt de cet été au Canada avaient brûlé l’équivalent de la surface boisée totale de la France.

L’édulcoration des ambitions vertes est contre-productive

Pour justifier l’intérêt de la Banque centrale européenne pour la transition écologique, Mme Lagarde a expliqué que les catastrophes environnementales pouvaient entraîner une volatilité des prix et des risques pour la stabilité financière. Au début du mois, par exemple, la BCE a publié les résultats d’un test de résistance climatique pour les banques, montrant qu’une transition verte plus rapide serait meilleure pour la stabilité des banques.

Cette semaine, la Banque centrale européenne a publié les résultats de son enquête auprès des entreprises européennes, dans laquelle elle les a interrogées sur les principaux obstacles aux investissements dans le domaine de l’énergie.

« Selon les entreprises, des normes climatiques plus strictes constituent une incitation plus forte à investir que l’impact physique du changement climatique », a déclaré Mme Lagarde, estimant qu’il était contre-productif de « tergiverser ».

Le président de la Banque européenne d’investissement, Werner Hoyer, est allé dans le même sens : « Parler d’atténuation, de pause ou même d’inversion de la transition verte ne fait que créer de la confusion et entraver l’investissement », a-t-il déclaré.

Coûts de financement

Selon Mme Lagarde, les coûts de financement élevés constituent un autre obstacle aux investissements verts. Cependant, comme on pouvait s’y attendre, elle n’a pas indiqué que la politique de la BCE consistant à relever les taux d’intérêt était en partie responsable de l’augmentation des coûts de financement.

Au contraire, elle a appelé à un renforcement du « marché des financements verts en Europe, qui réduirait la prime de risque et abaisserait les coûts de financement ».

Elle a également mis en évidence une « inefficacité majeure du marché », les investisseurs ayant du mal à investir dans des projets verts, tandis que de nombreuses entreprises ont du mal à trouver l’argent nécessaire à ces investissements.

« Près de 40 % des entreprises considèrent que [le] manque de volonté des investisseurs de financer les investissements verts est un obstacle très important à un moment où d’énormes pools de financement privé sont en fait à la recherche d’investissements ESG [environnementaux, sociaux et de gouvernance] », a déclaré Mme Lagarde.

Union des marchés de capitaux verts et obligations vertes de l’UE

Elle a expliqué ce manque par le fait que l’UE ne dispose toujours pas d’une Union des marchés de capitaux (UMC), mais plutôt d’un grand nombre de marchés de capitaux séparés et donc de petite taille. Tout en reconnaissant qu’une UMC ne résoudrait pas tous les problèmes, la présidente de la BCE a lancé l’idée d’une « Union verte des marchés de capitaux ».

« Comme moyen d’élargir la base d’investisseurs à laquelle les entreprises européennes ont accès, je pense qu’il vaut la peine de considérer ce qu’un marché vert de l’UMC impliquerait et exigerait », a-t-elle dit, appelant à considérer une obligation verte émise par les Européens.

Interrogé par Euractiv, un porte-parole de la BCE a précisé que Mme Lagarde parlait d’une « obligation verte émise par l’UE », comparable aux dettes de l’UE qui ont été émises pour financer le fonds de rétablissement de la pandémie « Next Generation EU ».

Ces obligations vertes de l’UE aideraient l’UE à financer sa transition écologique. Le porte-parole a cité un document de la BCE datant de mars 2023 qui examine de plus près la faisabilité d’un fonds européen pour le climat et la sécurité énergétique.

Les arguments qui lient l’UMC à l’émission d’un plus grand nombre de dettes au niveau de l’UE sont récemment devenus plus audibles de la part de la BCE. Fin août, Fabio Panetta, membre du conseil exécutif de la BCE, a appelé à l’achèvement de l’UMC, arguant qu’un actif européen sûr était un élément essentiel de tout effort en ce sens.

Mario Draghi le reprendra-t-il ?

L’European Safe Asset, qui fait également référence à la dette européenne, est controversé car il impliquerait une plus grande intégration fiscale de l’UE, ce à quoi certains gouvernements des États membres sont opposés.

Toutefois, étant donné qu’il subsiste un important déficit de financement pour la transition écologique, que les États membres de l’UE ont du mal à se mettre d’accord sur la manière de le combler et que le recours aux subventions des États membres risque de fragmenter le marché et de le rendre inefficace, la dette européenne liée aux besoins communs en matière d’investissements écologiques pourrait s’avérer être la solution pour sortir du dilemme.

L’ancien président de la BCE et ancien Premier ministre italien, Mario Draghi, était également présent à la conférence de vendredi. Au début du mois, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lui a demandé de rédiger un rapport d’ici l’été 2024 sur la manière dont l’UE peut garantir sa compétitivité future.